fict : Communs

Je me suis trompé de bus.
En traversant le Louvre, j'ai d'abord pensé que c'était une bonne idée que le bus passe par là, c'était beaucoup plus joli. Et puis non, j'ai du prendre le 27, je changerai à Saint Michel, ou plus tard, pas grave. Et puis non, le 27, il est articulé. C'est quoi le 68 ?
Merde.
Alors je me suis promené, un peu.
Sur le Pont des Arts, des couples s'embrassaient, des jeunes filles lisaient des livres et des vieux sortaient des gateaux apéritif sur un banc. Un peu plus loin deux lycéens sifflaient des blanches de Bruge (!) en fumant des roulées (à travers lesquelles je voyais le filtre en carton, peut-être n'étaient-ce pas des roulées).
J'ai vu le 21 et je l'ai eu.
J'aurais voulu prendre une Leffe à une terrasse. Je n'avais pas assez avancé dans le livre commencé (au titre improbable, premier roman dont on me dit du bien, que je lirais peut-être en entier) pour avoir envie de le poursuivre comme ça, pas encore.
Quai du Louvre, par dessus les étals des bouquinistes, un couple en rouge, la Seine reflète le bleu du soleil, la pierre est dorée et un arbre vert. Je n'ai pas mon appareil, aucun appareil, comme toujours. L'ixus fait des photos floues, les diapos sont fastidieuses à développer puis à scanner, le petit nouveau est encore trop neuf pour que j'envisage de l'avoir toujours avec moi.
Quai du Louvre, de jolies images à faire.

Un peu avant j'étais entré dans une librairie. Je ne sais jamais quoi chercher une fois dedans, je n'aime pas fouiner, regarder les titres sur les tranches, les prières d'insérer, feuilleter. J'aime entrer, trouver et ressortir, mais pas hésiter.
L'hésitation ne va pas avec l'achat. Je consomme de l'immédiat, toujours.

(cigarette)

J'ai avalé un paquet de truc de crabe, du surimi qui est en fait du colin broyé je pense. Et 3/4 d'un caprice des dieux, sans pain. Avec une bière.
En regardant le Règne du feu, improbable film de série B, qui me rappelle le mois d'août. Un soir du mois d'août. Elle était partie en WE, ou en vacances. J'étais entré dans un des cinémas du boulevard, il y a le choix : Paramount, Opéra Français, Opéra Premier, UGC Opéra. J'enchaîne parfois les séances, jusqu'à trois parfois.
En attendant le début de la séance j'avais vu deux jolies filles, l'une après l'autre, pas ensemble, au téléphone, attendant quelqu'un.
Je les avais regardé avec envie, comme déjà j'aurais observé l'assiette de l'autre. Ca ne change pas.
En regardant les Turbulences de l'eau, improbable film canadien surréaliste, au charme étrange mais attachant.
J'aime bien le cinéma, tout de même, finalement.

Dans le bus, le 21, je suis passé comme toujours à côté de la rue Saint Hippolyte. Ou Hyppolite ? Non, Hippolyte. Ou alors...
En passant j'ai repensée à elle, non, une autre, la fac de droit, l'annexe, devant laquelle je ne t'ai jamais croisée, tu descendais ligne 7, Gobelins, parfois ligne 6, Glacière, oui, aussi près. Tu m'avais même dit que tu avais souvent pensé appeler, juste pour passer. Tu en avais dit des choses, beaucoup trop, évidemment.

Demain je vais écrire un article et des sms. Forfait de 154 sms/mois. Sans réponse ni accusé de réception. Pas d'incompréhension entre nous. Juste du fric.
Demain un contrat à signer, il ne sera pas question d'argent.
Demain des réunions auxquelles je n'aurai pas grand chose à dire, j'espère, une jolie fille à regarder, une fille improbable qui répond aux mails, parce que c'est professionnel, voyez-vous.
Demain je vais appeler quelques journalistes pour leur dire qu'au mois de juin ils n'auront plus besoin d'aller à des projections. Ou pour d'autres, mais plus pour moi, ou pas ce titre. L'aventure aura duré 4 ans. Je ne pense pas avoir le courage de la relancer ailleurs.
Demain je n'appellerais sans doute pas, je vais laisser passer un peu de temps.

C'est un peu triste quand ça s'arrête. Je n'aime pas les histoires qui se terminent mal.

Je suis descendu du bus, ai acheté Libération dont j'avais parcouru une partie sur le net, surtout le portrait de Plantu, génial et génialement drôle, rapport à.
Sur la terrasse avec Libé et une cigarette et une bière, blonde américaine mais fréQuentable, rapport à.
Le soleil s'est endormi, sur la terrasse au loin, la cigarette a fini de se consumer, j'ai refermé Libé et la soirée à commencé.

Aux environs de avril 1, 2003 12:53 AM
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