anna : Dismissed

Anna apparaît, ensommeillée. Elle porte un de mes tee-shirt sur un de mes caleçons, je ne fais aucun commentaire. Dans le verre à sa main je devine un jus de tomate, ne lui demande pas si elle l'a accompagné de vodka. Elle commence à lire. A haute voix.

"J'enchaîne des Black Russian dont le prix justifierait l'appellation d'or noir. L'effet se fait attendre. En fait de la House Garage promise il ne s'agit que de bons vieux tubes, les mêmes que ceux des coupes pubs M6. Des filles dansent en buvant des cocktails dans des verres en plastique J&B. Des bières Fosters. Les paquets de clope sont dorés et lights, invariablement. J'ai gardé la veste trouvée dans un surplus sur la chemise blanche bon marché GAP. J'ai un jean foncé Levi's un peu sale, ce qui ne se voit pas. Des filles dansent, aguicheuses. Une me tourne autour depuis une dizaine de minutes, s'en va et revient, plusieurs fois. Je reste debout, observant, en apparence détaché, joue le jeu de celui qui cherche. Quelques filles me demande du feu. A côté deux autres dansent depuis une vingtaine de minutes, ce sont des gamines, elles bougent vulgairement. La première revient, habillée en noir, une broche à l'échancrure, elle est baisable. Je souris, finis un énième Black Russian, n'ai plus suffisamment d'argent pour rentrer en taxi après. La fille se retourne et danse presque contre moi. Je ne bouge pas, elle s'en va embrasser son copain, l'enlace en me regardant. Beau mec, plus grand, rasé, il a visiblement trop chaud dans sa chemise de coton guindée. Je regarde les filles. Je n'aperçois leurs visages que dans les flashs de l'éclairage décevant. Je ne peux juger que les corps qui se découpent à contre jour, les formes qui bougent, m'en contente. La fille revient, une énième fois, je souris à nouveau de son jeu, elle me regarde sans jamais poser ses yeux sur moi, je me lasse. Je préfère répondre au sourire d'une autre dont les yeux clairs se détachent dans la lumière rouge. Elle n'a pas de seins mais se laisse regarder. Elle me sourit et embrasse à son tour son mec. Je me rends compte qu'elle fait partie du même groupe que celle qui danse toujours devant moi. Je continue d'en sourire, cherchant la plus jolie fille, qui semble ne pas être là. Une petite serveuse blonde en body moulant apporte une grande coupe en argent emplie de glace et de trois bouteilles de champagne à une table. Elle déclenche un spectacle pyrotechnique en allumant les fusées qui terminent les bouteilles. Deux types en costume noir et chemise blanche se lèvent pour recevoir leur commande, les filles qui les entourent sont moches, engoncées dans leurs moulants blancs, leurs cuisses débordent des banquettes. Vulgaire. Ce n'est pas d'alcool que je souris, n'ai pas assez bu. Une fille me demande une clope, elle aimerait savoir comment je m'appelle. Je ne réponds pas, n'aperçoit pas son visage à contre jour, n'ai pas envie de le découvrir. Je souris vaguement en lui allumant sa clope avec un petit bic bleu. Elle continue de se trémousser, tristement, je regarde ses hanches, un peu larges. Je m'aperçois que derrière des filles ont envahies les banquettes sur lesquelles elles dansent maintenant debout. A une table trois jeunes en costume noient de l'Absolut dans du jus d'orange. Je rentre."

C'est ça, être dégueulasse, dit Anna. Je crois deviner une question, non, Anna, j'aurais été dégueulasse si j'étais rentré avec une de ces filles. Ce n'était pas une question, raconter ça, c'est dégueulasse. Cynique, si tu veux, je te l'accorde, je réponds. Tu joues sur les mots. Et les filles. Ce sont elles qui jouent, dit Anna. Alors je ne suis pas dégueulasse. Tu en veux trop, fait-elle, dépitée, détournant les yeux vers la fenêtre, derrière laquelle le ciel gris manque d'étoile. Tu ne m'en donnes pas assez, je lui réponds. Tu t'en lasserais, conclut Anna. Elle termine son verre et passe la langue sur ses lèvres, provocante. Elle allume le téléviseur et le décodeur câble qui se remet de façon automatique sur MTV. Anna monte le son du single de Madonna, regrette, contrariée, que le clip ait été censuré. Je reste à distance, elle sourit, attend "Dismissed".

Aux environs de mai 12, 2003 11:37 AM
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