fame : Train de vie

Teaser V

En attendant l'Eurostar qui avait du retard. Elle avait eu quelque chose à me dire, mais non, ça n'était pas grave, assis sur les marches du grand escalier avant les guichets. Voilà, c'est juste que je ne sais pas comment ça va être, quand on va rentrer, nous deux. Rentrer où, à Paris ? Oui, à Paris, ce soir, demain, les autres soirs à venir, ce n'est pas toi, pas même nous, c'était génial ce week-end, et peut-être que je dis ça parce que je suis fatiguée, oui, sans doute qu'il y a de ça, mais pas seulement, je ne me sens pas capable, je n'arrive pas à m'imaginer avec quelqu'un, qu'on s'appelle le soir, qu'on se voit aussi, se laisser des messages sur le répondeur, voir des copains ensemble, sortir, je ne peux pas, ce n'est pas une question d'engagement, on ne l'est même pas encore, on n'est pas amoureux, on est juste contents de passer du temps avec l'autre, non ? je pensais que... je pensais que ça passerait, me disais que ça marcherait peut-être pour une fois, que je ne serais pas effrayée d'être avec toi, qu'on serait comme les autres, mais tu vois, là, après ces deux jours ensemble et dans cette gare où on est tous les deux comme les autres justement ça me fait peur, je ne suis pas à l'aise, avec ton bras autour de mes épaules, mais non, arrête, ce n'est pas qu'une question de contact, c'est tout ce qui va avec, je ne peux pas m'empêcher d'y penser, peut-être la peur d'avoir mal à nouveau un jour, oui, peut-être, mais il y a plus que cela, si on me pose la question je me sens incapable de répondre que je suis avec quelqu'un, que je suis attachée, que je dépends de toi, même si ce n'est pas une question d'engagement, je te l'ai déjà dit, tu me prêtes ton feu ? merci, je ne te dis pas que je suis désolée, je le suis encore plus que tu ne le penses, oui, triste un peu, parce qu'encore une fois ça ne marche pas alors qu'il me semble qu'il n'y a aucune raison pour que ça merde, je sais, je ne devrais pas dire des mots comme ça, maman dit toujours que ce n'est pas joli dans la bouche d'une fille, mais si ça merde dans trois mois, à quoi ça nous aura avancé, on souffrira encore plus et on le regrettera davantage encore, alors que là, terminer sur ce week-end et rester l'un contre l'autre quelques heures encore dans le train qui rentre très vite sur Paris, dormir peut-être dans tes bras parce qu'on est tous les deux crevés et se dire au revoir, sans se demander quand on se revoit, sans se promettre de s'appeler en arrivant, sans se sentir gênés de rentrer chacun de son côté, je pense que c'est mieux, plus simple, pour tous les deux, non, je t'assure, tu ne crois pas ? tu vois, on est d'accord, tu n'es pas amoureux au moins ? alors ça va, on est juste attachés l'un à l'autre, ça passera vite, et on ne se fera pas de mal, c'est dommage, je sais, parce que ça se passait bien, mais on s'est vu quoi, cinq ou six fois ? on a dormi deux fois ensemble et passé un week-end à Londres, tu admettras qu'on ne se connaît pas vraiment, que tout ce qui nous attache l'un à l'autre ce sont nos désirs puérils d'amour, tu vois je sais être aussi cynique que toi, ce n'est pas notre train qui part, là ? non, c'en est un autre, on sera sans doute amis, je ne te dis pas qu'il vaut mieux qu'on reste amis, que c'est mieux comme ça parce que je n'ai plus envie de toi, c'est autre chose, peut-être que ça aurait marché nous deux, bien au delà de trois mois, peut-être que c'est toi et moi, tu vois, je peux parler aussi comme dans les films, comme tu dis, mais même, ça ne changerait rien, je ne pourrais pas me faire à l'idée d'être avec quelqu'un, j'en suis incapable, c'est tout, une pauvre petite fille perturbée comme tu dis, mais plus que tu ne le crois, il y a des choses que tu ne sais pas, et que je ne te dirais pas de toute façon, parce que ça ne te regarde pas et que ça ne me regarde même plus moi-même, il y a des rêves et des cauchemars dont je ne parlerai pas non plus, il vaut mieux qu'on arrête alors qu'on peut encore se quitter sans se retourner l'un sur l'autre, on n'en pleurera pas, je m'en veux tu sais de tout te dire comme ça, dans une gare, quand tu ne t'y attends pas, mais je ne le savais pas il y a une heure encore, et merci, c'est con à dire comme ça, mais merci pour ce week-end et les autres que j'aurais aimé passer avec toi, malgré ce que je viens de dire, il n'y a pas de contradictions dans les histoires d'amour, tout se superpose et se percute en même temps, on peut penser oui et non en même temps, c'est juste que parfois on est plus fort que d'autres, que parfois c'est le non qui prend un peu plus de place, ou auquel on attache un peu plus d'importance, qu'on préfère faire des conneries qu'on pense rationnelles que de s'oublier à d'autre trop sentimentales, là c'est vraiment notre train qui part, il faut qu'on y aille, c'est toi qui a les billets je crois ? Oui.

Aux environs de mai 12, 2003 11:16 PM
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