fame : Words
J'aurais préféré t'envoyer des mots, écrits un à un, j'suis pas bon à l'oral, tu sais, j'aime pas. J'aurais pu écrire ce que je n'aurais jamais à te dire. J'ai pas envie qu'on se parle, peur que ça gâche tout, quoi, dit le sarcastique qui n'est jamais loin, mais je l'emmerde celui-là, le vieux con désabusé. J'aurais pu t'écrire, petite fille, des mots doux aux phrases tristes, te faire croire à des chansons sentimentales, te parler de bateaux dans les rames de métro et de tramways vers les étoiles, toutes ces conneries qu'on dit parfois quand on les sait, que j'écris, ressasse, tenace. J'aurais pu te laisser des mots coincés sous des essuis glaces usés de trop de pluie, comme des papillons bleus, là on s'égare et dire que je n'ai rien bu, des post it jaunes accrochés près du verrou d'une porte fermée. Mais voilà, parler m'emmerde et le téléphone qui gueule est pire que tout, redoutable adversaire, c'est pas gagné, pathétique, tu dis, en ris.
J'avoue, je n'ai même pas pensé à écrire ces mots-là. Ils disparaissent. Sans intérêt. Les jolies filles, naïves et délurées, les ingénues que j'appelle les adorables, me laissent las aussi, est-ce le temps qui a passé, cet invisible enfoiré qui laisse désabusé et assèche les souvenirs. Petite fille, je ne veux pas te parler, mais tous ces mots, tu vois, je ne les ai pas écrit non plus. A quoi bon essayer de vivre ce qu'on a même pas eu envie d'imaginer ? Tu vois, le cynisme revient, toujours le même, peau de chagrin qui protège et détruit tout à la fois. Je ne les aime que toujours plus éthérées ; prendre les femmes pour ce qu'elles ne sont pas et les laisser pour ce qu'elles sont, disait le vieil ivrogne, mais celui-ci aimait tant la contradiction qu'il est difficile de s'y fier, tout ça est un vaste foutoir.
Mais je m'en fous, demain, s'il le faut, il suffira d'effacer ces mots là et, alors, ce sera comme si rien n'avait été dit, comme si tout était encore à faire.
Aux environs de juillet 29, 2003 11:58 PM