fame : Escapade
4h du matin. Envie d'écrire, pas de dormir.
Image de Monaco, une histoire encore inédite. Sur la place, elle a un nom, royal sans doute, aucune idée, celle sur laquelle donne le Grand Casino, et le Café de Paris, à côté de De Beers, arrêtée la Clio, au milieu, des flics monégasques, un simple renseignement à demander - un peu ivre, déjà, mais quelle importance ? - eux : vous ne pouvez pas rester là, je ne me démonte pas, le renseignement, c'est la boîte pas loin, j'ai le nom de la rue mais déjà que je ne connais pas celui de la place, alors la rue, bien sûr, je n'en sais rien, j'ajoute, c'est le minsitre d'état (avec des majuscules, flemme d'appuyer sur la touche) qui nous invite, qui nous y a donné rendez-vous, les flics ne bronchent plus, indiquent l'endroit, à 20 mètres, ce qui ne veut rien dire, Monaco est un caillou. Ils saluent, je tourne le dos. Toujours faire semblant.
Flash back. Au Grand Casino, je me suis promis de gagner. J'observe, à la roulette, les machines ne m'ont jamais intéressé. Elle, elle joue à la machine, elle perd, une centaine d'euros, elle a enlevé ses chaussures, joue pieds nus, avachie sur sa chaise haute, un pied posé contre la machine, elle me demande de l'aider, je l'aide : parie gros, faut pas jouer petit, elle tire la manette, appuie sur le bouton, fait varier le plaisir, elle a vidé son seau. Me rejoint à la roulette. A la table des gros joueurs jettent des plaques de plusieurs dizaines de milliers d'euros, j'ai deux plaques de cinquante euros et un paquet de marlboro, eux fument des cigares, ils s'emmerdent, pas moi, j'observe. Il y a un truc pour gagner systématiquement à la roulette, interdit. On ne gagne pas beaucoup, mais on gagne. Il faut se focaliser sur pair ou passe ou rouge, ou noir etc. Et rejouer chaque fois le double + 1 de ce que l'on a joué. Les croupiers n'aiment pas ce jeu, finissent par demander de sortir. A la table, une vieille commence à discuter sur le placement de ses jetons à cheval. Le croupier lui répond qu'elle en fait trop, il a déjà dû lui laisser le bénéfice du doute. La moquette est épaisse, ça n'empêche pas les cendres de s'y écraser. J'attends le moment parfait, elle commence à s'emmerder aussi, veut rentrer, va se chercher une flute de champagne. La bille tombe pour la quatrième fois de suite sur un chiffre noir. Je ne compte même pas sur la chance, ça va tomber sur rouge, forcément, je pose mes deux plaques de cinquante, rouge, je pense à une fille, jolie en jupe rouge, faîtes vos jeux, etc. la bille tourne, rouge, gagné, je souris. Elle s'en fout, elle a fini son champagne, on s'en va ? On s'en va, je laisse un jeton de vingt euros, pour le personnel, j'avais toujours rêvé de faire ça. Je change les plaques, je l'emmène boire du Champagne, grand seigneur, on claque l'argent du casino, façon film en noir et blanc. Au Café de Paris le hall est envahi de machines à sous électroniques, ferme les yeux.
Retour dans la boîte, Monaco, Johnny gueule en musique, non, c'est un mec, un karaoké au fond. Il va falloir rester un peu, je compte les clopes dans le paquet, je m'assois à côté d'elle, le réal français d'un film à fx la drague, elle me sourit, t'inquiète pas, elle dit, je m'en fous tu sais, il est mieux et a du fric, vas-y. Quelqu'un prend une bouteille d'Absolut. Je mélange, au Schweppes, je n'aime pas ça, j'avale cul sec, il ressert, même scène, encore, ça monte vite, avec les bulles. Je vais danser sur la piste, une fille m'enlève ma ceinture, elle se la passe autour de la taille, on danse, je ne me souviens plus de la musique, le temps passe plus vite à présent, l'alcool, il est quel heure, on est combien dans cette boîte, je ne me souviens même plus par où est la sortie, on danse n'importe quoi sur du n'importe quoi, une fille chante, maintenant, cet endroit dispute le ridicule à la décadence, il faut être décadent avec classe, ivre mais fauché, ici les dorures sentent la thérébentine. Tout tourne, je retourne m'asseoir, le réal l'accapare, elle, je lui prends le bras et je l'embrasse. Elle ne dit rien, elle se laisse faire, je m'écarte, elle m'embrasse à son tour, me sers un verre, encore, combien, je n'en peux plus, elle m'emmène danser, tout le monde la regarde, pas moi, je m'en fous, je l'embrasse, je ne sais pas danser, suis bourré, mais la jolie fille danse avec moi, pas avec les autres. Je suis malade, je lui dis, elle m'emmène aux chiottes, dans celles des mecs, il y a du monde, les gens boivent trop, tous, à trois cent euros la bouteille, c'est n'importe quoi, elle est avec moi dans les chiottes des mecs, merde, j'ai l'air de quoi, ça n'a pas d'importance, elle me tient la tête, me passe la tête sous l'eau, me rhabille à peu près, et ma ceinture elle demande, faut que je la récupère, oui, une fille qui danse, sur la piste, je crois, j'irais la récupérer plus tard.
Plus tard, alors. Des asiatiques tiennent l'hôtel, l'ascenseur est petit, je suis collé à elle, elle ne me laisse pas monter jusqu'au troisième, on s'arrête au premier, elle m'emmène dans sa chambre, je l'embrasse contre la porte, je lui demande si elle a à boire, oui. Petite suite, pour grande fille. Elle ouvre la fenêtre, dans le port les yachts sont illuminés, la côte bétonnée noire, en face, en haut, le palais dont on ne voit que la muraille, c'est moche, sauf les bateaux. Elle ouvre deux bières, t'as rien d'autre, si, mais ça vaut mieux pas, et le réal, je lui demande, il est con, elle répond, ok.
Il fait jour. La gorge sèche, pas de mal de tête, l'avantage du champagne et de la vodka. On prend du café, puis l'hélico, puis l'avion, et on est à Paris. Je lui dis merci, elle ne comprend pas, pour hier soir, elle a l'habitude, elle répond, ça me vexe, moi aussi, je précise, alors. Je t'emmènerai dîner, un soir, quand tu veux, elle dit, d'accord, je lui parle de mon restaurant new-yorkais près d'Etienne-Marcel, avec de vraies serveuses américaines dedans, elle ne connaît pas, je lui dois toujours ce dîner.