anna : 8. In

Anna ne dit pas un mot. Le ciel est gris. A un moment, une mini tempête de neige change pour quelques minutes la rue.
Dans Soho, il y a cette galerie, une affiche, Paris, New York, Hong Kong et trois photos floues. La porte semble fermée, quelqu'un s'empresse de l'ouvrir en s'excusant. New York à gauche, Paris à droite, Hong Kong en bas. Il n'y a personne. L'endroit est superbe. Au milieu de la pièce principale un lecteur cd diffuse du jazz. Pour descendre en bas il faut trouver l'interrupteur qui allume la lumière. Les photos sont superbes, floues, nuageuses. Manhattan in my mind est la partie la plus intéressante du travail.
Plus tard. Anna s'attarde devant les photos. Le photographe est celui qui nous a ouvert la porte. Il parle français. C'est un travail de neuf années, trois dans chaque pays. On lui a prêté cet espace, il cherche une fondation pour faire voyager son exposition, les tirages se vendent quelques milliers de dollars, il envisage une vente aux enchères. On parle de Damart et de Babette, la tireuse de Dupon, à Montmartre. Le meilleur labo photo du monde, 17.000$ pour l'ensemble des tirages, avec autant de corrections que je veux et l'expédition ; à New York c'était 33.000$ et avec seulement une correction par tirage. Anna apparaît, il nous invite à revenir, vendredi, il fait une sorte de deuxième vernissage, on ira prendre un café, après, ou un autre jour. Anna lui sourit.
Au Blue Note on nous demande si nous sommes sur la liste. Anna dit quelque chose. Le mec est jeune et semble sortir tout droit de l'université voisine. Il explique que ce soir c'est spécial, un openning, avec des musiciens italiens, il y a là tout ce que New York compte d'Italiens, une soirée spéciale, un peu plus cher, 100$, avec le dinner. Anna répète, cent dollars, elle demande à voir le menu. Je la regarde, elle rappelle le serveur, dit que nous reviendrons.
Au Groove, live rythm and blues, ce n'est pas la même chose. Les cheeseburgers dégoulinent de graisse, il n'y a que de la bière, en bouteille. La serveuse bouge comme Jennifer Lopez, on ne voit que le haut du tatouage qui descend dans son jean. Elle sort de son tablier des dizaines de sachets de ketchup, moutarde et mayonnaise, qu'elle fait tomber sur la table. Sur scène les quatre blacks commencent à jouer. Ils enchaînent des standards, se laisser aller à quelques improvisations. Ca ressemble à du funk. La petite blonde du groupe qui les a précédés, Jackie, vient les rejoindre pour une chanson, elle a une voix du tonnerre, elle bouge dans tous les sens dans son gilet noir et son jean, trop sages.
Je dis à Anna que c'est formidable. Elle se tourne vers moi, en levant un peu les sourcils, demande, quoi, qu'est-ce qui est formidable ? Tout, ça, là, je lui dis. Dehors la température descend. La serveuse s'approche, Anna montre la bouteille de bière sur la table, lève deux doigts.

Aux environs de janvier 14, 2004 04:32 PM
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