anna : 9. Showtime
Anna a gardé son bonnet. Ca se passe dans le Queens. A Astoria, sur Steinway Bld. C'est encore New York, mais ça n'y ressemble plus. Les rues sont larges, les bâtiments sont bas. Les garages sont plus larges que les maisons. Les parkings des supermarchés ressemblent à des pistes de kart. Devant le lycée, des bus jaunes et des 4x4 de la police. Derrière, les gamins jouent au soccer sur de l'herbe synthétique. Au loin, à travers le réseau anarchique de fils électriques aériens, on aperçoit les tours du nord d'Harlem.
Anna ouvre l'emballage de papier qui entoure son Bacon Doublecheesburger.
Le meilleur cinéma art et essai de la ville est sur Houston Street. Le Film Forum projette La bataille d'Alger. Production italienne, le film avait été censuré à sa sortie, en 67. Après le départ du Général de Gaulle, la France se précipita dans les salles, la censure ayant été levé. Anna acquiesce. Elle dit qu'ici c'est une autre histoire, il paraît que Rumsfeld se serait fait projeter le film avant de lancer la campagne d'Irak pour voir comment se passait une bataille dans une ville arabe. Je souris, il y a quelques années, pour motiver l'incorporation de nouvelles troupes, le Pentagone mettait à la disposition d'Hollywood l'armée américaine et prêtait, au besoin, quelques conseillers techniques ; voilà désormais les faucons de Washington désireux d'apprendre l'art de la guerre en allant au cinéma. Pire, dit Anna, les voilà qui s'imaginent Bagdad comme Alger. Il reste la traque, je lui dis, celle d'Ali la Pointe dans le film, de Saddam Hussein en Irak. Dans la salle pleine, les américains rient lorsque le colonel Matthieu évoque un article de Sartre.
Sur l'écran plasma du Mc Donald, une vidéo du dernier Disney tourne en boucle. Au Film Forum sera bientôt diffusé le first world hit de Catherine Deneuve, dit la bande annonce. A l'image on la voit qui marche derrière un train, la caméra recule et, apparaît sur la doite de l'écran, le panneau Express Saint-Lazare, Cherbourg.
Dans le Queens il fait presque -20°. Anna enroule son écharpe de telle façon qu'on ne voit plus que ses yeux qui brillent. Le ciel se charge de nuages de neige.