anna : 10. Legend

Anna rechigne, sortir, encore, il fait si chaud de ce côté-ci de la fenêtre. Je ne lui fais pas remarquer que c'est elle qui aime sortir/partir/découvrir, habituellement. Anna rechigne, elle s'est allongée sur le canapé, semble décidée à ne pas en bouger. Elle joue avec son bonnet, qu'elle lance, rattrape, étire, qu'elle pose sur son pied, sur l'autre, trop froid, définitivement, Anna dit. Et la neige, qui a tout recouvert, la neige, hé bien, Anna se fout de la neige, la neige c'est juste avoir encore plus froid aux pieds, la neige c'est juste la boue qui stagne le long des trottoirs, la neige c'est juste les taxis qui vous en aspergent, la neige ce n'est pas fait pour les villes, dit Anna, avant d'ajouter qu'il n'y a rien à faire, elle a déjà vu, elle connaît, la neige qui tombe des toits avec le vent, les stalactites qui tombent des panneaux, le soleil de midi qui plonge entre les immeubles et se reflète sur les trottoirs enneigés, aveuglant.

Au Blue Note, sans Anna, 15$ au bar contre 25$ à une table, Anna n'est pas là. L'italien Enrico Rava emmène un quintet, s'amuse sur Nature Boy, pour Nicole Kidman, en espérant qu'elle écoutera un jour, mais elle s'en fout, finit sur Duke Ellington.
A une centaine de mètres, sur Bowery Street, la façade rouge et blanche du CBGB, la musique que l'on entend de la rue, il faut entrer, tant pis si dans les quelques personnes qui sont là ce soir il y a davantage de petites étudiantes qui s'amusent que de punks en goguette, le club n'a pas changé, et depuis quand, il y a toujours ces murs recouverts et d'affiches et d'autocollants, et pour quoi, on ne sait pas, qui se déchirent par morceaux, il y en a partout, jusqu'au bar branlant, jusqu'aux tables faites de palettes, jusqu'au plafond noir d'on ne sait quoi. Ce qui n'a pas changé, c'est la musique, ce soir guitare/voix et basse et une piste éléctro-rythmique, difficile de dire à quoi ça ressemble, la voix passé dans une montagne d'effets et de vocoders en tous genres, c'est du rock, américain, plus grunge que punk s'il fallait aller plus loin, mais non, ce qui est sûr c'est que ça fonctionne.

Anna le soir et toujours allongée sur son canapé, ne semble pas avoir bougé, pas d'un pouce, son bonnet posé sur le haut de son front recouvre aussi ses yeux, je ne sais si elle dort.

Aux environs de janvier 16, 2004 06:18 PM
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