fict : Post in translation

Le principal est d'aller écouter la chronique de Nicolas Rey, sur la radio...

Un jeudi matin comme un autre et c'est en cela qu'il est particulier. Les jeudis, dorénavant, ne sont plus ces affreuses rentrées hebdomadaires qui jouxtaient prétentieusement les mercredis. Non, depuis que les mercredis ne sont plus comme des journées de vacances volées, les jeudis, eux, sont redevenus comme tous les autres jours, peut-être un peu plus près du week end que les autres, avec la permission de se coucher un peu plus tard, parce que la semaine se termine, parce que le vendredi ne compte pas vraiment.
Le jeudi matin, il fait beau, et, à 9h50, alors que l'émission de Pascale Clark est presque terminée, c'est au tour de Nicolas Rey, le chroniqueur vaguement sportif d'intervenir. Nicolas Rey qui sonne comme le réalisateur de films américains. Chroniqueur sportif, et aussi écrivain, critique littéraire, à la mode, dans les soirées. Nicolas Rey a l'aventure amoureuse précoce, lycéenne et perverse, un établissement provincial, la grande pelouse qui ressemble juste à un champ, et toutes les histoires d'amour et désespérées, entre la cafétéria aux grandes baies vitrées et le bâtiment H2, derrière lequel se fume un peu n'importe quoi, derrière lequel se prépare de grands plans d'évasions diurne, d'invasions nocturnes, allez savoir.
Ce matin, il fait beau, le son si particulier de France Inter, toute la vie d'un ingénieur du son, qui passe ses journées derrière des racks d'effets et des consoles, pour donner ce son si particulier, ce léger écho qui rend les voix encore plus légères, l'identifiant de France Inter, que l'on prend l'habitude de reconnaître, le matin, pour savoir s'il s'agit de la revue de presse d'Europe 1 ou de France Inter, s'il est 8h30 ou 8h40. Le matin, chaque radio de chaque pièce est réglée sur une station différente, et dans chaque pièce on parle d'un autre sujet, alors il faut avoir des repères précis, le son, les minutes, les voix.
A 9 heures, une à une, il faut caler les radios sur France Inter, pour Tam Tam, etc. l'émission quotidienne de Pascale Clark, qui se cache derrière des micros et des caméras, que l'on ne croise qu'aux projections de presse. Pascale Clark à qui il faut dire non, qui cherche les toilettes et à qui il faut dire non, les toilettes sont fermées, la preuve, sinon on lui dirait autre chose, sinon on ne serait pas non plus là, devant cette porte bêtement fermée.

Il faut, ce matin, écouter la chronique de Nicolas Rey, l'histoire formidable de Bruno Murray devant un match Saint Etienne - Sochaux, l'apparition troublante de Caroline qui porte un pantalon blanc à faire mourir Britney Spears, les bouts de moquettes qui transitent dans les centres postaux, et surtout, aller jusqu'à la fin, où l'on apprend pourquoi dans les palaces les oreillers sont plus grands ; pour pleurer.
Je déteste Nicolas Rey.

Aux environs de février 5, 2004 11:14 AM
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