fame : D'autres

C'était il y a quelques jours, sur la porte d'une station de métro : Dieu est mort. J'ai pensé à Nietzsche, l'éternel retour bien vivant, lui. Je déforme, oui, et alors ?
L'important, c'est la fille qui m'accompagne, elle ne dit rien, elle filme. C'est étonnant une fille qui ne dit rien ; elle n'entend rien, son casque sur ses oreilles, les yeux rivés sur son écran de quelques pouces, parfois elle opine discrètement, quand je lui pose une question, si l'on entend, si ça va, la lumière, le fond. Je sais que ça va. Mais je tiens à le lui demander, pour la voir opiner, pour voir.
Ce matin, beaucoup trop tôt, la fille s'est perdue, entre deux portes et le périph, je l'ai attendue. La fille ne boit pas de café, du coca, des chocolats chauds.
Elle rit, dit qu'elle est blonde - elle a une peau si claire, des yeux si bleus. Je crois qu'elle est mignonne. Vers 17h42 onlaisse un message sur mon répondeur, on s'inquiète qu'elle ne soit pas rentrée, pas encore, on s'inquiète de ne pas l'avoir vue de l'après-midi. Je la raccompagne jusqu'à son métro, elle n'est pas rassurée, il fait nuit, entre deux portes et le périph. On parle, elle n'a plus son casque, la fille, c'est bien, du bon travail, il y a de chouettes images, oui, quatre heures tout de même, presque, c'est top, mais enfin, c'est bien, demain, ok.
Elle est en maitrise de cinéma, elle est jeune, elle écrit des critiques de film, aussi. Je ne dis rien, ce serait déjà jouer un peu. Elle fait des stages, aussi, comme là, elle apprend. Elle est enchantée.
Sans doute, on reparlera ici de la fille blonde, qui ne fume pas de cigarette ni ne boit de café, une peau très claire et des yeux très bleus.

Il reste 17% d'autonomie dans la batterie de mon portable, soit 40 minutes d'énergie. Cela suffira, amplement.

L'autre fille, inévitable, opposé. L'autre fille c'est la petite brune adorable - mais voilà, adorable, il me semble l'avoir trop utilisé, alors qu'ajouter, maintenant ?
Ce n'est qu'un jeu assez bête, j'ai toutes les questions et elle les réponses, et tant que ça fonctionne tout va bien ; le problème est autre. Je souris, pour encourager la loghorrée et éviter les questions, allonger les réponses, à mon tour j'opine, je souris, c'est ce qui est prévu, naturel, mais là, devant la fille brune adorable, je souris parce que je ne sais plus quoi faire d'autre, vite, trouver la question, surtout qu'elle ne s'arrête pas de parler, sous la verrière elle a un peu de soleil sur les yeux, elle joue avec ses mains, elle fait des grimaces, en fait quinze tonnes, ce sont quinze tonnes bourrées d'adorable concentré ; ce qu'il faudrait c'est lui sauter dessus et lui dire arrête, c'est indécent, c'est impossible, tu ne peux pas, l'interdire. Elle, c'est la fille qui me rappelle plus de fantômes que tous les chateaux écossais, là ce n'est plus du hasard ni des foutues coincidences, là c'est un poil trop. Il est parfaitement envisageable que je la kidnappe.

D'elle aussi on reparlera, il faut s'y attendre, et s'y résoudre.

Aux environs de mars 9, 2004 01:36 AM
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