fict : a little late

Peut-être suffit-il de raconter, linéairement, le déroulement des événements - quels qu'ils soient.

Mercredi soir, dans un bar à la réputation usurpée de la rue Amelot, trop de bière fade mais réconfortante, comme une limonade d'été, une fille blonde, suédoise sur paris de tablée, jolie non, ce qui importe est de trouver la plus jolie fille de l'endroit, de la rame de métro, de la salle de cinéma ou de cette soirée improvisée. La fille finit par partir, quelle heure était-il, déjà ? plus tard dans un taxi il ne reste qu'à discuter itinéraires, trucs de taxis, les lumières défilent trop vite par la fenêtre, compter les minutes qui passent et bouffent les heures qui restent, fragiles.

Jeudi matin, relire plusieurs fois les articles, il ne faut pas compter sur la lucidité, les informations réveillent en fond, de jeunes ministres batifolent matinaux. Se recoucher avec Clark, compter les heures par dizaines, 24, 36, 48, la semaine s'étiole, était-ce hier ou bien plus tôt, lundi, déjà, lundi la fille lisait ses mails sur caramail, secrètement, que je ne vois pas son mot de passe, moi lui répondant que dans cet hôtel, sur caramail, ce que je sais d'elle, non, il n'y aurait pas grande difficulté à le découvrir, elle sourit, mardi, quelques heures plus tard, elle prend des photos, elle décadre, explique qu'elle aime, décadrer, je lui montre comment conserver la mise au point, sa main sur la bague, mise au point, la mienne par dessus, mercredi, la fille... et puis.

Jeudi plus tard, midi, à la radio les informations réveillent, des analystes analysent les jeunes ministres du matin, il sera toujours tant de manger plus tard. J'ai toujours rêvé de bosser dans un endroit où l'on boît du Coca à volonté, sur les quais, l'Est parisien ressemble de plus en plus à l'Ouest, des tractopelles s'affairent, construisent. La fille dort allongée sur le dos, le plus simple pour l'embrasser serait de pencher un peu la tête, mais il faut se plier à des contorsions extravagantes pour rester convenable. Le temps passe, la fille s'ennuie au bord des larmes, perturbée désabusée, il fait nuit depuis longtemps, dehors, les avenues s'enfilent, sur St Germain il ne s'agit plus que de surfer sur la fin de la marée verte des feux synchronisés, j'aimerais prendre à droite rue de Sèvres, c'est sans objet.
Il est à peine une heure, le café chauffe, désabusé je regarde les 4 K7 miniDV de 60minutes, la nuit passe, les sujets griffonés sur le carnet prennent forme sur la timeline les uns après les autres, il est dix heures j'exporte ; ne pas dormir une heure, ne pas prendre la voiture, ni bière ni cigarette, il fait jour depuis longtemps.
Traverser Paris vers l'ouest, là le Coca n'est plus gratuit mais le café n'est pas si cher, réunion informelle ; partir se coucher et finalement non, aller voir la fille, station Roosevelt, station Bayard, passer devant chez Fendi les yeux baissés, une autre histoire mal terminée. Tout ça pour rien, sourire à la fille en lui glissant bonjour princesse, enfin, comme promis, sourire à d'autres, l'AP est là, la fille s'en va, je reste un peu, il ne reste plus qu'à traîner, ici ou là ça ne changera pas grand chose, la journée est plus que foutue. Quelle heure est-il ? Ca n'a aucune importance, il s'agit d'enregistrer une nuit, entre Daniel Darc et Lou Reed, 4 heures sont mises en boîte en 20 minutes. Trois heures, quatre heures, rentrer dormir quelques heures, sur les Champs Elysées une meute de photographes se presse devant le Gaumont Marignan, j'ai envie de m'enfermer dans une salle de cinéma, dormir mal installé dans un fauteuil et dans le noir, se réveiller deux heures plus tard sans rien savoir de plus, du film, du reste. Finalement marcher, fumer une cigarette de plus, écouter de la musique, le ciel est gris mais peu importe, ne devrait-il pas faire nuit ?
Il est minuit, un autre demain, la moitié de la semaine se serre dans un sirupeux fondu enchaîné. Les batteries sont dans les chargeurs. Compter les heures, si peu, avant de revoir la fille.

Aux environs de avril 3, 2004 12:00 AM
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