fict : Mater Harry

Madame, Monsieur, cher confrère - permettez-moi, j'ose !

J'ai lu votre annonce, parue dans Libération : « Mon loup, vient vite, tu nous manques, Dédé et Gégé. (SE). » Bien entendu j'ai immédiatement déchiffré votre message et me permets par conséquent de vous proposer mes services. Habitué de l'agencement - à tendance secret - je suis, pour ainsi dire, rompu à toutes les ficelles du métier. Planqué de nature, j'excelle particulièrement dans la surveillance discrète, avec ou sans vraies jumelles. Mais les aventures exotiques et érotiques ne me font pas plus peur : s'il s'agit d'être dans le cou, croyez-moi, je suis votre homme. Vous l'aurez compris : j'ambitionne l'excellence, feutrée si possible, délicate de toute évidence.

Ainsi que vous l'aurez compris, j'exerce depuis plusieurs années déjà l'excitante profession d'agent secret pour mon propre compte - ce qui ne m'a jamais empêché, bien au contraire, d'observer les règles essentielles qui font l'unicité de notre profession. Spécialisé dans le quartier Nord Ouest des Halles (HON, selon la terminologie officielle), je me fais un honneur, non seulement d'en connaître les moindres subtilités, jusqu'aux réseaux les plus secrets, mais encore de pouvoir vous y introduire sans peine, vous en sachant absent. Je me fais un devoir de glaner ci et là tous les renseignements utiles : de nuits passées dans les bars, vision double pour agent trouble, aux soirées rouges, imper et passe, j'ai pris tous les clichés les plus éculés.

Mais, aujourd'hui, il me faut bien l'avouer - et ce n'est pas à vous que j'apprendrais ce que cela peut me coûter ! - il n'est guère de gloire à garder un secret quand on est seul. Aussi, la perspective d'entrer dans une grande famille, d'anonymes certes, de servir un Etat, d'esprit peut-être, voilà aujourd'hui, cher confrère, ce qui m'anime.

Nous pourrions, dans un premier temps, envisager une collaboration épisodique. Freelance pour les plus grandes puissances, je vous assure être rompu à ce genre d'exercice - j'ai notamment été impliqué dans l'affaire du Bretzel, dans l'échappée à mobylette : bref, je vous invite à vous reporter à mon CV, ci-joint.

Et pourquoi pas, si cela vous convient, travailler comme agent double ? Je pourrais ainsi, dans le respect de la déontologie de notre profession, trahir mes propres secrets d'agent solitaire, à votre profit. J'ai des informations, vous en voulez : brisons la glace, entendons-nous autour d'une Vodka-Martini. Et ne tardons pas, ce n'est pas à vous que je l'apprendrais : on ne vit que deux fois.

J'attends, confiant, votre réponse. Bien entendu, ma ligne est cryptée et mon pigeonnier ouvert. Je vous laisse donc le choix des armes - si vous me permettez l'expression.

Très discrètement,

L'ordure.

Aux environs de avril 13, 2004 12:31 AM
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