fame : Corail, 3311

Dans un train. J'aime bien l'Allemagne, ça laisse des souvenirs.
Allemagne, l'année du mur une ville du Nord, la pluie sur les toits verts, bruine sur le port, ruelles et béton, le sous-sol d'un supermarché et des linéaires de bières. Allemagne 92, la Bavière au mois de mai, promenades en vélo, Goethe et le Rhin, Eva et Domeneka, blonde et blonde, qui parlaient mieux français que moi allemand. Baiser échangé en haut du toboggan d'une piscine de plein air, des cours qui se terminent à 13h, à 7h le matin déjà en retard, le raccourci sous la clôture, le tupperware déjà gras pas même ouvert, charcuterie, jus de raisin, pomme. Les châteaux de Louis II dans la forêt noir et les après-midi dans un sauna, soirées allemandes, bières et vodka, expérimentales.
L'Allemagne à 17 ans, Gare de l'Est, Julie, cheveux auburn, couleur bon marché, adorable Julie, quelques mauvais poèmes écrits cette année-là, Julie suit des études scientifiques, Julie travaille - google - dans la recherche. Arrivée, Frankfurt am Main, je crois, au milieu de nulle part, à peu près. Centre ville piétonnier, c'est l'Allemagne l'été, des soirées à attendre Julie sur un quai de U-Bahn, rentrer à pied, une heure à marcher, j'achetais Le Monde, parlais anglais. Des lagers allemandes dans des après-midi chauffés au soleil ; Julie avait souvent ce petit haut blanc, chemisier façon garçonne, un truc mignon, un truc à faire des souvenirs. Il fait chaud, goutte de sueur perle sur la lèvre supérieure, elle passe sa langue.
Année commémorative, cinquante ans de débarquement, célébrations communes. Des discussions jusque tard aux terrasses des cafés avec Markus, prof de français, qui me ramène ensuite, une heure de moins à marcher, dix minutes dans sa vieille Golf bleue marine, je lui indique sur mon plan de métro les quartiers de Paris. On parle de l'essentiel, les relations franco-allemandes, la réunification, pas assez de Julie. Comment s'appelait cette fille, blonde et un peu vulgaire, mignonne, juste trop maquillée, jolis yeux bleus, comment s'appelait-elle ? Je ne pensais pas qu'un jour on oubliait les prénoms. Je n'ai retenue que Julie, rentrée avant moi, on a dû se quitter à une fête, je me souviens avoir trop bu, lui avoir promis je ne sais quoi, elle voulait faire du cinéma, un truc comme ça, elle faisait du théâtre et suivait des études scientifiques. Axelle Red venait de sortir Sensualité, j'écoutais Dire Straits et les Who. Cet été là j'ai lu Dumas et Sartre, assis sur la banquette du U-Bahn, revenant de voir Julie, du centre ville piéton, qu'a-t-on fait d'autre, est-ce tout ? Schiller, d'autres promenades en vélo, je n'ai aucune photo de cet été là, quelques images, seulement, suffisantes. J'achetais des cônes à la vanille au McDo, le Studio de juillet-août avec en couv Sophie Marceau. Julie écrivait un peu, je l'aidais quand elle se lançait dans une grille de mots croisés ; elle avait un copain qu'elle n'aimait pas tant que ça, un autre qui s'en fichait, alors moi, en plus, ça aurait fait un peu de trop, j'ai pas goûté la perle de sueur sur sa lèvre, on s'est écrit quelques temps, après. Je crois qu'elle mâchait souvent des chewing-gums.
J'ai jamais su parler Allemand, je ne suis pas retourné en Allemagne. Mais Camille est à Berlin. Et la jeune fille blonde, à côté, place 23, absolument adorable.

Aux environs de avril 13, 2004 05:35 PM
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