fame : en fumée
L'histoire commence à cause d'une paire de lunettes fumées. Une histoire de fille qui porte ces lunettes. Je ne savais plus. Quel est le terme exact qui définit ces lunettes façon Beyonce ou Kenza du Loft. Ce ne sont pas réellement des lunettes de soleil, n'est-ce pas, mais elles cachent un peu les yeux ; je referme le livre de l'écrivain chroniqueur qui parle de lunettes fumées et je sais que c'est ça. Il aime les filles qui commandent des White Russians et les filles qui sont serveuses mais pas vraiment. Ce n'est pas d'une grande originalité.
A 14 heures et 23 minutes, devant la porte à battants de l'hôtel, le début. La fille dont on parle descend de la voiture, plus loin le soleil chauffe, la fille en contre-jour, je m'en fous, derrière mes lunettes de soleil elle ne sait pas que je la regarde, tant que je veux, derrière les siennes, fumées, je distingue mal ses yeux, ce qu'elle regarde, elle, parfois rien, parfois moi, aucune certitude là-dessus, probabilité à 50/50.
Ca commence à cette seconde très précise, quand elle se recule, soulève ses lunettes et demande si je l'ai bien appelée princesse, oui, bonjour princesse, ça lui va bien, tant pis si j'en fais trop, elle sourit, elle dit merci, autre chose encore, c'est mignon ou ça lui fait plaisir, un truc de fille. Elle a ce haut blanc pas très joli, ce pantalon beaucoup trop large qui lui va bien, ces vieilles tennis noircies qu'elle garde pour son style, sans plus, dans lesquelles, je sais, elle a des petites chaussettes blanches, façon sport, précis. Petite culotte blanche, autre sujet lors d'une autre histoire.
C'est un jour de profil. Je la regarde de profil, nez et oreilles adorables, à la fin sorti de l'arène peut-on les emporter ? Ses dents aussi, mais s'il faut parler des dents des filles, alors ça devient très compliqué. Il y a déjà tant et tant de dit ; passer le sujet. A un moment très précis, je la regarde elle rit, de profil elle a sa veine qui se dessine à peine, quand elle baisse la tête, sur le côté gauche de son cou, à quelques centimètres, très douce et très droite, un truc formidable, une histoire de vampire, là il est difficile de résister, et, toutes les grandes paroles, les promesses, envolées, juste parce qu'elle rit de profil à quelques centimètres, sa veine adorable, juste pour ça.
Elle demande une vodka pomme, with ice ; et moi un simple coca. Trop de bières déjà, surtout pour un dimanche soir, surtout avant de rentrer, elle aussi mais c'est une fille, et elle s'en fiche, on l'a appelée princesse aujourd'hui, elle s'en fiche des histoires d'alcool et des histoires d'autoroute. Vodka pomme, ce n'est pas formidable, trop sucré, mais le goût de la pomme sur ses lèvres, oui, peut-être que c'est formidable. Je ne sais pas ce que l'on dit à une fille qui porte des lunettes fumées. Je connais celles d'avant, celles qui mettent des lunettes de soleil. C'est presque facile. Elle pioche dans les cacahuètes, fais glisser ses doigts les uns contre les autres pour en faire tomber le sel. Elle attrape des cacahuètes grillées, enrobées - ça a un nom - je lui dis juste ,c'est bon ça, elle répond oui. Tout reste à faire, définitivement. Elle se rapproche, près, trop près, elle s'emmêle les jambes, contre les miennes, un truc étrange, il faudrait à ce moment exact trouver quelque chose à dire, le genre de choses que l'on dit à une fille qui vient se coller contre vous à s'en emmêler les jambes et qui porte maintenant sur le front des lunettes aux verres fumées. Elle est juste à droite, à un toucher de main, pas plus, juste un profil, je cherche cette veine, il faudrait la faire rire. Maquillée les yeux soulignés de noir, terrible, les lèvres brillent, parfum pomme et sirop alcoolisé. Elle est tellement à côté, ce qu'il faudrait faire, ce qu'il faudrait dire, se pencher et l'embrasser, sur le cou sur cette veine, et les lèvres au goût de pomme, lui demander, sourire, c'est quand qu'on fait l'amour. Cette fille, c'est une garce.
Aux environs de avril 26, 2004 01:09 AM