fame : aléas

Elle a bougé, entre ses mains la bouteille froide humide, elle dit c'est la dernière, la bouteille à ses lèvres, on entend le silence et les bulles qui éclatent contre sa langue.
Le bruit sec de la bouteille sur le parquet, elle s'allonge, écarte les draps, elle regarde dans le noir. Elle veut aller là-haut, murmure à peine, façon soupire. Là-haut où ? Dans les étoiles américaines. T'as pas les milliards je lui dis, pour t'emballer comme ça, les étoiles sont plus jolies vues d'ici, oublie. L'ombre sur le mur, elle lève une jambe. Elle dit les pieds près des étoiles comme une avenue américaine, crever le ciel histoire d'y voir un peu plus clair. Oublie le romantisme du clair de lune, pas de chandelles là-bas. Le froissement d'oreiller, sa tête qui se tourne lentement. Le bruit du briquet, la lueur de la cigarette. Tu vois, darling, les bougies ne s'allument pas. Trop près des rêves, elle demande ? Un bête problème d'apesanteur, mon amour, efface les bougies de ta mémoire.

Sur le mur les images se languissent, un goût de Daiquiri dans la tête, des souvenirs de port. A la fin de l'histoire l'attaché de presse formidable se marrie ; à la fin de l'histoire l'ange blond au casque envoie des calins par sms ; à la fin de l'histoire la petite chanteuse se suicide dans un bruissement de larmes.

Je te dis je sais pas si tu reviendras, ici et dans mon lit. Je te dis faut pas mais je pense que j'aimerais bien. J'échange suédoise un peu mignonne contre chouette norvégienne.

Hier soir, 19h42 à quelques mètres de la ligne 6, une fille adorable court sous la pluie avec un sac Habitat et un autre Cyrillus. La suite est toujours la même, j'ai à peine le temps de l'aider à passer le tourniquet, d'entendre son merci, la fille disparaît direction Etoile, et de la rame qui s'en va vers Nation, sur le quai en face, à travers les vitres sales et rayées, je ne quitte pas ses yeux noirs et sa frange brune, sans suite. Et j'aurais tant aimé savoir ce qu'elle foutait avec son sac Cyrillus ?

Rangée 19 siège D, une fille dort dans un vieux 737 au dessus de Zagreb. La carlingue grince dans les turbulences. Lumières éteintes à 30000 pieds, une fille qui ne dit rien et tremble sur le tarmac en pleine nuit. Une histoire en transit qui se termine près d'un tapis à bagage de CDG. Elle fait la gueule mais quelle gueule, je lui dis que je m'en fous, sur le parking il pleut et l'autoroute est déserte. Sur les maréchaux les feux sont rouges et je griffone sur un carnet ces histoires d'amours transatlantiques.

C'était la dernière, tu sais, il n'y a plus de bière. De la vodka je demande ? Elle dit oui, plus tard, demain, on a le temps. Le temps, le temps, je réponds, elle tend sa cigarette, ses doigts sur ma bouche. Je sais qu'il est temps d'appeler l'ange blond, il faut absolument que je lui demande si parfois il arrive qu'elle se fasse une queue de cheval. Alors, peut-être...

Aux environs de juin 23, 2004 02:16 AM
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