fict : Clap
Bonjour Pascale Clark,
comment allez-vous ? Je vous écris du plus lointain de mes rêves, comme disait Claude Villers, disparu de l'antenne, un peu avant vous. Des rêves interrompus, combien de matin, au son de votre voix ? Combien de réveils à vos côtés, trois années de tam tam incessant, des matinées à n'en plus finir dans cette brousse urbaine. Vos mots en stéréo. Des fins de nuits à trois autour d'une table en formica, vous et un invité et la gorge sèche de sommeil. Des journées qui commencent timidement aux échos de vos questions. Comment allez-vous Pascale Clark ? Je vous avoue, les matins ne seront plus les mêmes sans vous. Je vous avoue encore, elles sont nombreuses les filles qui ont entendu ça, je ne pensais pas un jour vous l'écrire.
Combien d'heures passées ensemble sans que vous le sachiez, coincé dans les embouteillages, parfois aux abords de la maison ronde, plus rarement sur des routes de bord de mer, quelquefois à l'autre bout du monde par internet. Des émissions flânées sur une terrasse, un café au goût amer, la première cigarette de la journée, le flash de 10 heures pointe, il est temps de remballer, vous quitter avec le regret du journal qu'on replie.
Je me souviens, pour plus tard. Des barouds en Irak partagés avec Nicolas Poincarré, des festivals entre paillettes et pacotilles, Kurosawa sous les applaudissements de Christine Masson, des virées amoureuses tardives et tragiques emmenées par les lamentations d'un Nicolas Rey trop réveillé.
Je me souviens, pour plus tard. Vos éditos quotidiens prenaient le large de la tranche info, à l'heure des premiers coups de téléphone, comment avez-vous fait, dire et redire, chaque jour, réagir, des élections, des télévisions, des guerres, du quotidien. Combien de quotidiens ? Ca se quantifie le quotidien ? Trois journées pas trop difficiles s'il vous plaît, et puis mettez moi tout finalement ; ça se fait réchauffer le quotidien ?
On a dit que tout ça n'était qu'une litanie de name-dropping, façon intelligentsia panaméenne, des interviews téléphonées, l'extension de la lutte à la sauce Libé, Télérama Inrocks. Etes-vous incorrecte, Pascale ? Est-ce vous que j'écoutais tous les matins ou vos invités ? Tribune libre sous couvert d'anonymat, finalement c'était nous les invités, tant pis pour les autres, artistes et politiques et journalistes et assimilés qui s'installaient tous ces matins beaucoup trop tôt sur ces fauteuils bleus. Les fauteuils des radios, comme ceux des plateaux télés, tout est bleu, peut-être le bleu est-il plus lisse, aviez-vous remarqué ?
Le seul compliment qu'il faut vous faire, Pascale ; Paris l'été il manquait vous, ce rendez-vous matinal qui sentait un peu plus que l'évasion.
Je me lèverai un peu plus tard, me coucherai un peu plus tôt, entre neuf et dix heures il faudra penser à dormir.
Pascale Clarck, vous quittez France Inter pour des raisons personnelles. Puisque nous en sommes aux confidences, sachez qu'au Sentier des Halles, rue d'Aboukir, la serveuse a tout d'une fille adorable. Ca ne change rien au monde mais ça aide à passer les jours.
Au revoir Pascale Clark, portez-vous bien.
Aux environs de juillet 1, 2004 12:35 AM