fict : Ca s'aime
Sur le site internet de Bouygues Telecom, les SMS sont déjà emballés, deux clics pour dire tout ce qu'on a, à dire. Des messages pour la fête des pères et des messages pour faire l'amour. C'est très pratique pour les histoires courtes. Pour une histoire de fille revue et à revoir, une fille qui s'envisage jolie, une histoire commencée par la fin qui reste à griffonner.
Il y a le message simple et direct, cocktail de bonheur en intraveineuse. Relents de Céline Dion, paroles Jean-Jaques Goldman, il y a tant et si peu à la fois.
On a beau tout rêver, tu dépasses mes rêves... Je t'aime à la folie et tu remplis ma vie.
C'était trop ambitieux de dépasser les rêves et ça sentait déjà trop la table en formica et la peinture Valentine. Faut laisser les rêves aux pauvres.
Il y a la philosophie et les collégiens qui s'y frottent. Je me souviens L'amour c'est comme un rhume, ça s'attrape dans la rue et ça se termine au lit gravé sur une table de la salle d'étude du collège inscrit au blanco, à côté des bites esquissées au marqueur semblaient sourire.
L'amour est ce je ne sais quoi, qui vient de je ne sais où, et qui finit je sais comment...
Les amours finissent en pneumonies, sans souffle ni vie. L'amour façon Leibniz, habillé de haut en bas, vient de la tête et descend, descend. Et s'égare par le coeur pour des raisons de sécurité sociale. Alors, à quoi foutre ?
Il y a le cahier rose de Stéphanie, qui avait des couettes et maintenant une frange, des cheveux blonds et qui écrivait des lettres d'amour en écoutant Roch Voisine. Au mois de juin Stéphanie avait envoyé sa déclaration en même temps qu'une invitation à sa boum pour économiser un timbre.
Je voudrais être une larme, pour naître dans tes yeux, vivre sur tes joues, et mourir sur tes lèvres... Je t'aime.
L'odyssée manque d'audace. Stéphanie a grandi et elle ne pleure plus tellement de toutes façons. Stéphanie, il t'arrive encore de dire je t'aime ?
J'ai vu les envolées en turboréacteur, ça ressemble à du Gérard Lenormand, du gros porteur en charter, pas des histoires à moitié. Lenormand a tout envoyé, des mots tendres et des sourires, les clés de l'appartement et des mèches de cheveux.
Je t'envoie des baisers, des mots tendres et des sourires. Garde-les bien au chaud dans ton coeur.
Gérard, faut rien mettre dans son coeur, ni les filles ni les baisers, ça prend de la place et tu coures moins vite.
La suite qu'on ne connaît pas est quelque part sur une bande huit pistes. Façon récidive, un coup à prendre la perpétuité, sans remise de rien. Du définitif monté à la truelle par un gang de nègres sans papier.
Je t'envoie tout mon amour, tout mon coeur et mes baisers les plus passionnés. Je t'aime à jamais.
Gérard cette fois c'est mort. A la fin dans ces histoires, tu te retrouves tout seul, devant l'appartement dont t'as plus les clés.
A un moment Indochine a joué Polnareff et dans un élan acoustique, jeté d'un trait sur le papier, comme la craie dans l'encrier et la plume dans le cul, toute une phrase sans onomatopée. Sur M6Music les bandeaux défilaient spécial dédicaces, des mots trouvés dans des chansons et des images pour mémoire. Des bandeaux roses à ruban rouge.
Les seuls beaux yeux sont ceux qui vous regardent avec tendresse... je décrocherais la lune pour ces yeux-là, les tiens.
Et la lune qu'en avait marre d'être décrochée et oubliée, elle faisait la gueule toute seule là haut, mise aux enchères sur ebay par Armstrong_95 ; décrocher la lune pour une paire d'yeux et un peu de tendresse, un moment de rage et Indochine explosait un synthétiseur Yamah DX-7 lors d'un dernier rappel.
Les rêves l'été durent moins longtemps, la faute aux nuits trop courtes, aux jupes aussi. Calogero en rêve encore et Laura minaude et sussure encore son corps dans ton corps, une sale affaire pour sûr. Alors Hélène Segara rêve qu'un vent d'amour l'emporte, c'est que paroles.net retourne 178 titres à l'entrée rêver. De l'or en barre, Hélène, cette affaire là, tu sais, la nuit vient et les rêves suivent, et restent la nuit partie, les rêves l'été passent sur des transistors en bakélite noire.
Je rêve de toi le jour, je rêve de toi la nuit. Je n'ai envie que de nous savoir réunis.
Je vais te dire, Hélène, les rêves c'est juste la vie après le sexe.
L'horloge est sur le mur et il est 22h, et la fille a dit ce soir mais ce soir c'est quand, il est 23h et la fille a dit ce soir mais c'est bientôt demain et ce soir c'est terriblement vague. Et Claude François de le chanter, un jour comme un autre, je t'ai attendue, jusqu'au petit matin, mais tu n'es pas venue, les mois ont passé et malgré moi j'attends. Claude François aurait beaucoup aimé les SMS, courts et efficaces, tout lui, ça, court et efficace.
Chaque seconde loin de toi me paraît une éternité. J'imagine si souvent que demain tu seras dans mes bras. J'attends d'être avec toi.
Dans certains pays il n'y a pas de nuit et pas de matin et la fille est venue et dans mes bras. Claude François éternel, les éternités s'accumulent dans l'indifférence et l'attente, elle, manque de cul.
C'est un paradis blanc esquissé par Berger, un truc en white satin, de la pureté en poudre blanche, une mélodie pianotée en neuf touches T9, sans abréviation ni raccourci, un full trip all inclusive au 7e ciel. Un monde meilleur comme un slogan pour téléphone finlandais.
Là où on s'aime il ne fait jamais nuit, là où on s'aime il ne fait jamais froid, je t'attends, je t'aime.
Ôte ton jean, fais glisser ta taille 28 façonnée bébé requin, sur des nuits noires et froides, alors à la fin j't'envoie : t'emballe pas mon amour, ce serait trop long, faut consommer tout de suite.
Aux environs de juillet 5, 2004 09:06 PM