fame : Elle minaude
Elle a un visage de chat, un nez minuscule et de longs cils. Définitivement mignonne versant plus.
Ca ne commence pas exactement comme ça. D'abord la JRI d'une chaîne cablée, croisée trop succintement espace Pierre Cardin, profil photographié pour archives mélancoliques, larcin sans trace. 7h du matin, quelques jours plus tard, les yeux embrumés, la fille a sa caméra à l'épaule Gare de Lyon ; puis elle someille dans un TGV, imperceptible duvet qui se devine soleil rasant la commissure de ses lèvres, mèche blonde sur les yeux. Mais surtout il y a juste derrière l'envoyée spéciale d'un magazine inconnu, journaliste timide au visage de chat, aux grands yeux et à l'air inabordable donc irresistible. Elle c'est Axelle et elle ne sait pas au juste pourquoi elle se retrouve dans la rame bondée d'un TGV vers les Alpes. Et c'est d'elle dont il est question.
Il faudra un peu plus de 36 heures pour la convaincre de se laisser embrasser, grands yeux masqués derrière une paire de lunettes de soleil bon marché, lipstick fraise.
Avant il faudra stratégiquement calculer la place qu'elle choisira à chaque remontée mécanique pour se retrouver à son côté, l'entraîner avant chaque dîner officiel dans une conversation sans fin pour que naturellement elle soit obligée de partager le menu, deviner l'heure à laquelle elle se réveillera pour petit déjeuner en face d'elle (elle prend du chocolat chaud et des croissants qu'elle tartine de nutella) , ce qui n'est pas le plus difficile, la salle de bain de la chambre 27 jouxtant celle de la chambre 26, il suffit d'entendre la douche et puis, plus tard, la clé dans la porte qu'elle referme.
Axelle adore New York dont elle ne se souvient pas très bien (c'est une statistique personnelle, c'est le cas de 75% des filles dont il est question). Elle part à Venise quelques jours, elle parle de Dubrovnik et de Stockholm, mais il faudra quelques heures de plus et poser les questions les plus improbables pour deviner, sans certitude, qu'elle n'y va pas accompagnée.
Il faudra attendre la fin des projections, une remise de prix ubuesque à presque trois heures du matin avant de lui proposer une dernière cigarette, puisqu'elle dit qu'on ne se reverra pas, puisqu'elle part trop tôt le lendemain, pour finalement ne pas attendre qu'elle ait fini de donner son numéro de téléphone pour la prendre par le bras et l'embrasser, fermer la porte.
C'est une drôle d'idée de partir à Venise quelques jours en décembre, elle n'aura pas besoin de son lipstick fraise là-bas, mais lundi, à Paris, peut-être qu'elle en aura.