juin 25, 2005
2, 3 choses que je sais

Elle a des canines de vampire & des oreilles adorables. Elle est italienne & vit à New York.
juin 21, 2005
facon postlogue
En résumé, sans s'apesantir, en vrac.
On a fini avec Giulia sur la plage cabourgeoise, on parlait de voiliers, elle sur la Mediterrannée - elle qui trouvait la mer face à Cabourg emmerdante et triste, j'ai dit romantique - moi sur l'Atlantique, elle aime ça, d'accord pour partir, la Sardaigne, parlé de l'Irlande, on s'est mis d'accord sur Valparaiso. A la fin elle veut des enfants et une vie de famille, avec son mec, aventurier parfois français, j'ai pas insisté, on a parlé de sa soeur, qu'elle aimerait tant faire sortir de Milan, brune aux yeux bleus (façon Giulia), j'ai dit c'est intéressant. Milan la haute couture et les bagnoles racées, ca me va aussi, les italiennes et leur accent aussi, à voir, Giulia.
(...)
C'est une histoire qui se termine bien, avec fin sur les sièges en cuir d'une Thunderbird rouge de 1955.
juin 01, 2005
Anniversaire
Tina (27 à l'encre noir sur son passeport, 28-32 au bleu de son jean, photo à l'appui, jambes longues sous taille fine, peau délicieusement blanche, le souvenir du visage s'estompe doucement, restent les impressions quadri), à demeure quelque part entre Bergen et Kirkenes, sur un ferry noir et rouge, à l'ancienne façon liner ; j'aurais tant aimé voir les photos de la maison de Trondheim, la vie d'une Norvégienne ; passer une nouvelle fois le cercle polaire et s'enfermer dans les fonds, troisième hublot tribord, traverser une nuit artique dans des bras à la peau délicieusement blanche.
Le système automatisé d'un serveur situé dans une grande salle en banlieue parisienne m'informe que le domaine 'ouahad.com' arrive à expiration dans 7 jours, je ne sais plus - très exactement, avec précision - ce que veut dire tout ça, ce ouahad.com et ce qu'il abrite. L'email conseille de renouveller, un an encore, il y a un an Tina esquivait un dernier verre sur le pont N°7 du ferry au soleil de minuit, à regarder le soleil rebondir sur l'horizon et les chalutiers russes à la rouille sombre et aux vapeurs noires ; nous aurions pu continuer ces conversations dans de longs emails, j'ai convenu - pour nous - qu'il valait mieux en rester là, sur ces clichés paysagés, la scène emoustille un couple de vieux norvégiens, formidable.
Mais l'été, je crois, c'est une italienne aux grands yeux et à la peau mat qui convient, Giulia, JF bien sous tous rapports, poste à responsabilité dans une grande marque de couture, accent irresistible et expressions italiennes à embarquer pour une chambre d'hotel avec fenêtre ouverte et voile blanc, lumière douce pour réinventer la Toscane.
avril 13, 2005
Théorème
J'ai le ventre qui brûle, ca pourrait etre toi et le manque de toi, mais non, simplement le manque de nourriture et l'alcool qui s'abime sur les parois de l'estomac, dans l'histoire d'amour bidon les symptomes de l'eternel romantisme ne sont plus que de tristes manifestations physiologiques.
Le rouge du Cosmopolitan dans ton verre, l'amer cerise, j'ai envie de mettre les lumières d'un building là-bas dans tes yeux, l'image d'un rêve : un gosse qui dit la lumière la plus forte c'est la lumière de la terre au carré, un drôle de rêve et toute la somme de la lumière dans tes yeux. Tu esquives, tu envoies 'oups, désolée', on s'est manqué de peu, une déviation d'années lumières.
Et toi de conclure par des 'bref' à n'en plus finir.
avril 11, 2005
Confidentiel
T'es sybilline ; rien ne predisposait à ce que je t'avoue, désormais j'en ai assez de tous tes mots, désormais je préfèrerais ta voix. Devant les filles glacées sur fond dorée je devine que l'aventure se finit, timidiment, l'air de rien. Tes mots mon amour ne valaient déjà pas grand chose, j'ai cru à des abrévations. Désormais je vire les adverbes : evidemment, certainement, et toute la bande.
Pour une nuit avec toi, laisser un message après le bip.
avril 01, 2005
A/R Vladi


Histoire de script. la fille a un prenom de princesse galatée, un truc doux avec des l et des a, Lilya, qu'il faut répéter plusieurs fois sans bruit avant d'êre sûr de le prononcer correctement, sans l'ecorcher, parce qu'elle est adorable. Un sourire à tomber, cet air de savoir exactement ce qu'elle fait, pourquoi elle est precisement ici, à cet instant, et le moment d'après un peu paumée, murmurant son micro à ses lèvres et les doigts sur le casque, des mots - de trop - à un real fantôme. Lilya, il y a quelque chose avec tes apparitions et tes disparitions, t'es fringuée en noir, cachée dans le noir, t'apparais avec tes grands yeux, cheveux attachés, lunettes sur le bout du nez (et là c'est limite trop, Lilya y'a rien de plus émouvant, émouvant).
Il y a une histoire avec les scripts girls, l'air discret un peu mutin de ces filles planquées sous leur casque, de celles qui font ce qu'elles veulent comme si la scène leur appartenait, joueuses, un peu. Et si Lilya se fout de jouer ? probabilité élevée, façon quasi certitude que la princesse stellaire a d'autres preoccupations.
Lilya, le genre de fille impromptue qui disparaissent en fade out sur les génériques de happy end, à emmener dans le trans-mandchourien jusqu'à Vladi là bas, histoire d'être sûr d'avoir le temps de l'embrasser jusqu'à plus soif, avec le billet retour pour en profiter encore un peu.
'Je n'ai aucune gêne à me dire qu'on va faire l'amour dans des draps qui n'ont connu qu'Emma. C'est fini tout ça. Les scrupules, les musées vivants, les sentiments fossiles. Je garde tout, je ne renie rien, mais je fais du neuf' (Didier van Cauwelaert dans cette très drôle 'Evangile de Jimmy', Jimmy, américain de son état et clone génétique de Jesus.)
Mais si tu veux Lilya, je te raconte la suite, et tu sais, l'amour on le fait où tu veux. Je t'emmènerais bien loin, et tant pis si ca veut dire enlever ton casque d'assistante real, de script girl, ou quoi que ce soit, et qu'est-ce qu'une princesse etoilée fait avec casque sur les oreilles ?
(les images ne rentrent pas dans la page ; on pourrait mettre sur le fait que j'ai perdu l'habitude, que j'ai pas fait attention. Mais ça n'a rien d'étonnant : Lylia n'a aucune intention de se laisser faire, alors se caser dans une page, pas son genre. Je la vois bien dépasser, et c'est bien ainsi.)
février 26, 2005
alors tu t'en vas
J'ai encore, là devant sous les yeux, cette vieille photo à la def insuffisante, le joli sourire sans grande assurance et le visage trop contrasté, brune au cheveux longs, il aurait fallu déboucher à grand coup de reflecteur, mais qui savait, alors, il y a toutes ces années ? Je redécouvre en poussant photoshop dans ses derniers retranchements des détails que j'avais oublié, un minuscule grain de beauté dans le cou, le contour des lèvres à peine irrégulier, touchant. Mais, mais on ne saura pas ce que ca aurait donné et photoshop a ses limites, peut-être dans dix ans, ce soir la photo se pique de pixels rouges, verts, bleus, paillettes qui se mélangent aux détails réapparus.
Cette autre photo, t'as autour du cou le ruban noir d'un appareil à images et un coca, avec la paille et tout, que tu tiens tout près de ta bouche.
J'ai pas cessé d'esquisser des histoires formidables avec des filles exceptionnelles qui finissent toujours entre rien et pas grand chose, avec pour seule trace bien souvent un dernier sms avouant 'pas ce soir' et signifiant 'jamais', parfois elle, parfois moi. Des histoires tristes quand elles ne sont pas glauques, de celles qu'on envisage en bord de mer et qui s'oublient à prendre un dernier verre dans un café pas loin, parce que, le bord de mer, pourquoi pas, mais là, ce soir, vraiment... parfois elle, parfois moi. Le bord de mer qui nous a pas attendu lui s'en fout, pendant ce temps là que l'on s'ennuie, à se dire 'alors', à réfléchir à ce qu'on n'a pas déjà dit, ce moment difficile où l'on n'en est plus aux premiers balbutiements tout emoustillés, pas encore aux discussions routinières et rassurantes. Cet entre deux un peu vide, rien à dire, entre nous. Et l'on se retrouve à regarder les tables à côté, à dire 'et au fait', 'voila', 'bref'.
Il y a l'histoire d'une jolie blonde televisuelle, excitante comme dans un teen movie, qui envoie des sms adorables, invitations sexuelles ou romantiques, les deux souvent, et qu'on finit par retrouver au bar d'un grand hotel, un soir de saint valentin, à se demander, entre deux sourires et deux coupes de champagne, ce qu'on fout là, avec cette fille trop jolie, et l'on oublie presque toutes les autres, celles qui n'ont pas donné suite, mais tout est dans le presque. Le syndrome 'et après'. Alors la fille se lasse, retourne à ses aventures televisuelles tardives, elle se demander deux ou trois mois pourquoi cette histoire bizarre et pas finie, tant pis pour les aventures de bord de mer et le Brésil, ses chats et ses voitures resteront dans le nord ouest de Paris.
Et puis cette histoire qui n'en finit pas, où l'on parle un peu d'être amoureux, un peu plus qu'un peu même, cette histoire sans fin (deux ans, darling : "Cette histoire mal commencée a des conséquences inattendues de jour en jour, rebondissements, surprises, révélations, je te confirme ton caractère d'aventurière indisciplinée"), qui se finira peut-être tout aussi mal, par un sms auquel on ne répondra pas, par un email laconique, par un dernier rendez vous à la brasserie pas loin, mais qui, tout de même, pas mal, pas mal. On en fait quoi de cette histoire ? elle aime pas en parler, elle aimera pas que j'en parle.
décembre 24, 2004
Elle minaude
Elle a un visage de chat, un nez minuscule et de longs cils. Définitivement mignonne versant plus.
Ca ne commence pas exactement comme ça. D'abord la JRI d'une chaîne cablée, croisée trop succintement espace Pierre Cardin, profil photographié pour archives mélancoliques, larcin sans trace. 7h du matin, quelques jours plus tard, les yeux embrumés, la fille a sa caméra à l'épaule Gare de Lyon ; puis elle someille dans un TGV, imperceptible duvet qui se devine soleil rasant la commissure de ses lèvres, mèche blonde sur les yeux. Mais surtout il y a juste derrière l'envoyée spéciale d'un magazine inconnu, journaliste timide au visage de chat, aux grands yeux et à l'air inabordable donc irresistible. Elle c'est Axelle et elle ne sait pas au juste pourquoi elle se retrouve dans la rame bondée d'un TGV vers les Alpes. Et c'est d'elle dont il est question.
Il faudra un peu plus de 36 heures pour la convaincre de se laisser embrasser, grands yeux masqués derrière une paire de lunettes de soleil bon marché, lipstick fraise.
Avant il faudra stratégiquement calculer la place qu'elle choisira à chaque remontée mécanique pour se retrouver à son côté, l'entraîner avant chaque dîner officiel dans une conversation sans fin pour que naturellement elle soit obligée de partager le menu, deviner l'heure à laquelle elle se réveillera pour petit déjeuner en face d'elle (elle prend du chocolat chaud et des croissants qu'elle tartine de nutella) , ce qui n'est pas le plus difficile, la salle de bain de la chambre 27 jouxtant celle de la chambre 26, il suffit d'entendre la douche et puis, plus tard, la clé dans la porte qu'elle referme.
Axelle adore New York dont elle ne se souvient pas très bien (c'est une statistique personnelle, c'est le cas de 75% des filles dont il est question). Elle part à Venise quelques jours, elle parle de Dubrovnik et de Stockholm, mais il faudra quelques heures de plus et poser les questions les plus improbables pour deviner, sans certitude, qu'elle n'y va pas accompagnée.
Il faudra attendre la fin des projections, une remise de prix ubuesque à presque trois heures du matin avant de lui proposer une dernière cigarette, puisqu'elle dit qu'on ne se reverra pas, puisqu'elle part trop tôt le lendemain, pour finalement ne pas attendre qu'elle ait fini de donner son numéro de téléphone pour la prendre par le bras et l'embrasser, fermer la porte.
C'est une drôle d'idée de partir à Venise quelques jours en décembre, elle n'aura pas besoin de son lipstick fraise là-bas, mais lundi, à Paris, peut-être qu'elle en aura.
décembre 19, 2004
Parme
Ines a des robes aussi échancrées devant que derrière, des robes noires qui la cachent à peine, qu'elle recouvre alors de fourrure quand elle hèle un taxi, fin de soirée. Ines cokée à 16 ans, quel âge maintenant, aucune idée, elle alterne les sourires soulignés de ses yeux qui brillent et des absences assorties de moues inquiétantes, Ines allume, consomme parfois, elle se déhanche passée l'entrée, un peu mannequin, un peu junkie, un peu paumée, sait pas où elle va mais semble vouloir y aller, trop vite. Ines n'est pas jolie mais follement excitante, une bouche qui forcerait à quitter ses yeux pour s'y poser, la dévisager, elle semble s'ennuyer, mère à ses côtés, boit, des minets russes tournent autour, fricotent. Ines a la conversation courte, se lasse, balance 'gimme fire' avant de traverser la rue en courant, de s'engouffrer dans un taxi, il fait pas beaucoup plus de zero, la fourrure à peine sur le cul, ses jambes blanches qui dansent dans le noir. Ines a des airs de fille de la nuit et des canines pointues qui la feraient passer pour un vampire échappé d'un film de Carpenter.
décembre 05, 2004
Velours noir
A reprendre des séries d'histoires d'amour courtes, on en reviendrait là, Fanny, vingt ans pas beaucoup plus, aucun souvenir de ce qu'elle fait, ivre et paumée au cocktail rouge VIP d'un cirque russe de la peripherie est. Quelques heures plus tôt l'idole adulescente a fait le patin trop fardée sans chanter, sourire aux lèvres, culotte sortie, voila pleine page dans Voici, idem Hola. Fanny s'en fout, alterne les coupes de champagne avec des vodka orange, se demande si l'actrice qui a fait la couv d'Elle part prendre de la coke. Elle revient, bouscule, paumée, ses yeux brillent, Fanny rit. Sent l'alcool. Fanny sous son chapeau cache une frange et ressemble à la môme Gainsbourg, limite jolie, une jolie fille est emmerdante à regarder mais une fille presque jolie est émouvant, Fanny n'en est pas là mais mignonne, jupe sur jean, trop d'argent, parle de son père. Deux mannequins à côté et JF, photographe d'agence les photographie à grand coup de flashs, elles rient et s'approchent ; Fanny les trouve jolie, JF finit par arracher un numéro de téléphone sous le pretexte de photos, comment s'appellent ces filles ? je ne suis pas d'accord avec Fanny sur laquelle des deux est la plus jolie, Fanny pense qu'elles sont ensemble, de toutes façons, elle laisse tomber ça comme une conclusion, quelque chose de définitif, les filles s'en vont.
Fanny a sombré à un moment de l'histoire et n'a pas donné suite, elle souriait pourtant en insistant sur son numéro de téléphone, faisait un effort pour se souvenir de chaque chiffre, répétait, finissait par l'entrer elle-même, c'est une règle importante et qui se vérifie chaque fois, il faut toujours embrasser les filles tant qu'il en est temps.
novembre 24, 2004
Unisafe
Après tout bien sûr c'est sans doute elle qui a raison et moi qui m'en fous un peu.
Il sera toujours temps d'attendre, tes manifestations chroniques seront pour plus tard.
Ce soir, alors, j'envisageais Agathe. A Saint Germain Les Deux Magots sont relookés aux couleurs de Montblanc, en pretexte se pose l'Unicef, l'illetrisme, les enfants. Peu importent qui se presse sous les tentes et les étrangers désabusés qui s'en iront un peu plus loin. Agathe a froid, enrubannée d'une grande étole, puis d'un manteau, il faut lui ramener quelques coupes de champagne. Il est assez difficile de savoir avec exactitude de savoir ce qu'elle fait là, stagiaire attachée de presse, débarquée à Paris il y a un mois à peine, un peu perdue et pas très au fait de ce qu'il faut faire, dire, définitivement désabusée quand le présentateur JT passe sans lui répondre, terrorisée quand une mini bande de mec en solitaire vient essayer de foutre la merde à l'entrée.
Il faut préciser - même si ça paraissait évident - qu'Agathe a tout du genre adorable, grands yeux noirs et mèche qui les cache à moitié quand elle se tient de profil, lèvres qui brillent sans gloss à croquer.
Agathe s'envisage et il y aurait à dire, mais plus au calme ce serait mieux et les miroirs des Deux Magots sont pleins d'emmerdants et de vieilleries en tout genre, Agathe, on se tire, d'ailleurs elle a le temps avant huit heures demain et ses cours à la Bastille, d'ailleurs elle ne bosse pas demain soir, non, pour aller prendre un verre, ah, mais son copain n'est pas d'accord, dit Agathe qui détourne la tête en riant, un peu gênée, je me tire seul, pas grand chose en poche, une photo d'Agathe, qui appelera peut-être. Les chances sont extrêmement minces.
novembre 23, 2004
message
Darling,
je ne sais pas, peut-être viens tu ici parfois.
Que reste-t-il à faire ? situation desespérée.
Puisqu'il ne suffit pas de demander à voir, que l'histoire est une litanie de fiascos et d'idées géniales finalement foireuses, qu'évidemment tu n'as aucune confiance, et pas plus en toi qu'en moi,
je n'ai plus rien à ajouter. Peut-être.
Désolé aussi pour le côté enième bouteille à la mer, appelle tout de même, j'attends toujours mais le dis plus.
C'est même pas sûr que tu reviennes ici, mais ça vaut la peine, dire que tu manques.
Parce que non, darling, c'est pas juste pour coucher avec toi, j'envisage aussi le réveil et la journée qui passe l'air de rien.
septembre 30, 2004
Concordance des temps.
L'envie se lasse aussi.
Je recycle, aussi, tout ça date d'une semaine et ce n'est que maintenant que j'extirpe ces bribes des drafts dans lesquelles elles se trouvaient plongées. Les situations n'évoluent pas plus vite que les sentiments, il reste du vrai. La musique change. Franz Ferdinand s'amuse sur Cheating on you. Mais pas très fier, finalement. Ce qui veut tout dire. Et sur OuïFM en grande banlieue parisienne j'entends Noir Désir et les Strokes. Ambiance.
Il y a une semaine, donc, c'était :
Inventaire.
Musicalement, Joey Ramone n'en finit plus de s'enguimauver sur Bye bye Baby et Sandy Shaw se dandine pieds nus implorant un improbable pardon en chantonnant Rosegarden. Ella Fitzgerald dialogue avec Duke Ellington de Mack the Knife
Laisser une fille prendre son avion après l'avoir retrouvée dans le hall sordide du terminal charter. Troublée de l'imprévu - et ce que je fais là, je me suis posé la question, lent retour, embouteillages et taxis diesels, allure de marche funèbre sur l'A1 - effrayée par les avions sur le tarmac dont on n'aperçoit que les queues.
Elle s'endort bord de piscine. Il n'y a plus un nuage. Et dans le ciel les trainées qu'on devine ne sont pas pour elle, elle qui ne rentre pas dans l'immédiat, qui délaye, délaye. Elle informe langoureuse que tout va bien, ici - là bas.
A Paris une fille annonce desespérée qu'elle n'est pas admise au conservatoire - mais il est tant de filles à Paris qui rêvent d'être actrices qu'il faudrait en faire le sujet d'un film. Je connais des actrices qui travaillent dans des laboratoires pharmaceutiques et d'autres qui passent leurs journées dans les magasins de luxe de l'avenue Montaigne, des actrices qui servent le soir dans les bars et d'autres qui traversent Paris un parapluie de guide à la main. Elle oublie sa déception dans du rhum sucré, journée chaude et moite, surprenante. Mais ce n'est pas encore tout à fait certain.
Il y a une semaine, c'était elle qui donnait des nouvelles. Situation ubuesque, fille perdue dans un cybercafé marocain. Fille perdue à Djerba - et autant de raisons de détester l'île. Alors même qu'une autre s'envole pour - coincidences d'aéroport. Souvenirs tunisiens, egyptiens, marocains. Vous m'emmerdez à la fin avec tout votre soleil et vos envies de vacances. Je n'aime que l'océan, très peu pour moi vos mers fermées.
Tout ça pour essayer de dire - il y a une semaine mais ce n'est pas mieux aujourd'hui - que ça m'a fait plaisir, avoir de tes nouvelles, quelques mots, toutes ces conneries. Tout ça pour te dire aussi que je n'en pense pas un mot, que ce n'est pas assez. Que je veux pas de tes nouvelles, que tes nouvelles m'emmerdent. Je te veux toi. Même en transit et même, pas sûre de l'embarquement.
Tout ça pour dire. Proposition pour WE au bord de la mer. Soleil pas garanti mais dépaysement assuré. Offre limitée à ta personne. Tu signes ?
(Je réclame l'inscription d'un droit au larmoyant dans toutes vos constitutions.)
septembre 25, 2004
In the legs
Je t'imagine sur une chaise en plastique du terminal T9, attendant un vieux Boeing 737 ou approchant, sièges grinçants et lumières hésitantes au décollage.
J'ai pensé m'attacher sur la piste avec "Love Story" à la flûte de pan en boucle. A cinq heures le pilote aurait à peine ressenti le sursaut du train avant. Et le lecteur mp3 de survivre, Francis Lai de faire la une ?
T'es désolée (partir ainsi) mais moi aussi. Mais pas tant que ça et les tunisiens baisent mal, voilà l'info de source sûre, tu gagnes pas au change. La Suède t'a pas suffit ?
Dans Paris les autres s'embrassent même quand il pleut : les lieux ne changent pas, je n'ai rien dit, il n'y a pas de loi contre ça.
Un lundi au soleil, peut-être avec toi, c'était si près.
75% des filles d'ici parties voir la mer et Paris est gris et celle qui reste ne répond pas.
Et celle qui manque, Tina. A quoi ressemble Tina, ravissante norvégienne ? Morceaux choisis.

Il est 2h du matin à Alesund, les deux propulseurs d'étrave éloignent lentement la proue du quai, il est question de marsouins, comment dit-on marsouin en anglais ? Porpoise.

Sur le pont supérieur désert, Tina veut rester quelques instants, et puis redescend, il fait froid, elle a froid. Trop de vent dans ses yeux, fait briller ses yeux.

Il est 11h du soir, elle a fini son service, enfin, à la passerelle, a-t-elle le temps, pour un verre ?

Début d'après midi, Levi's taille 28 32, ces sourires grand format accompagnés de "yes, yes, yes" vont me manquer. Il était question que Tina vienne à Paris. Tina, qui vient d'acheter une maison avec son boyfriend, ne donne désormais plus beaucoup de nouvelles.
septembre 23, 2004
Camisole
Elle - la fille, il en est question - provocatrice, se barre, départ en vacances, elle laisse un mot laconique : Djerba. Cette saloperie d'île, où il fait trop chaud, où la mer est grasse et grise comme une piscine bulle municipale. Plus de mauvais souvenirs que de jours passés à y tourner en rond - et que faire sur une île quand on n'y règne pas ?
Elle s'en va, une fois de plus (une fille de plus). Envie de voir une fille qui esquive, donner rendez-vous à une autre - un film français ? et Tom Cruise, alors ?? - une troisième écoute le claquement des drisses contre le vent. Pas de BMS aux Sables d'Olonne ?
A quelques minutes sur un plateau, une fille de 23 ans maquillée pour en paraître 16, minaude. En rappelle d'autres.
Et si tu lis toujours tout ça.. tu me détestes ? mais si t'étais là, aussi, je serais plus sage.
Et les photos se dissolvent, l'adorable ixus d'avoir rendu l'âme entre un patrouilleur de la marine et un ponton anglais. Et moi avec, mais la fille exquise s'en fout, alors.
Errements d'un mois de septembre moite.
août 31, 2004
Finale
Finistère course au large. A Port-la-Forêt trois Anglais discutent, sur la table les clés d'un bateau. En face les mats sans un bruit, vent nul. Tour de Bretagne au départ de Cowes ? Dans quinze jours je fais la traversée en sens inverse, traversée des plus inattendues sur une frégate de la Royale.
Une chambre, je me demande à quoi pense un VRP à ce moment là, de quel côté du lit dormir ? Combien de chaînes sur la télé 36 cm ? Peu importe finale de Koh-Lanta.
600 km plus tôt, coïncidence à la façon de celles dont on fait les histoires ici-même. L'ange blond, la fille à l'éclat doré dans l'oeil gauche, rencontre imprévue. Rue Bayard, en face de la radio, la fille déjeune, elle fait du shopping, rentre de tournage au soleil, émission réelle, rien d'inhabituel. Quatrième rencontre, amusant hasard. Elle a encore du sel plein les cheveux. Une idée s'impose, petit à petit. Proposition : vol en monomoteur au coucher du soleil, jeudi soir, que fait-elle ? Un ange au septième ciel, facile. Peu importe, je ne pilote pas et ne fais que profiter.
Les filles se mélangent. Je ne pense pas que Raphaël tienne longtemps debout sur son poteau. Drôle d'histoire.
août 28, 2004
Un soir etc.
Il ne reste que quelques heures avant de partir. Dans trois heures exactement direction Fécamp, la mer et les grands multicoques. Peut-être que la chance sera là, qu'un autre chavirera et qu'il y aura d'autres images à faire, des photos à facturer.
A Vincennes nous avons écouté Delerm larmoyer sur des considérations norvégiennes et d'autres histoires de thés et d'autres histoires anciennes, c'était inattendu - et vous, mademoiselle, vous vous souvenez de ce SMS envoyé un dimanche après midi, reçu aux Buttes Chaumont, il y avait du soleil.
Dans ce grand appart trop blanc et trop grand nous avons parlé de vieilles histoires. Un taxi est venu à 1h20 et tout a changé ; tout à coup valait-il mieux les maréchaux ou le périphérique ou encore l'intérieur ?
Ce soir. Une fille qui n'en finit pas de s'effacer, une fille avec une histoire un peu d'amour - rien à foutre - une fille cutic - she says so - a sad story - nyc and the maine, anyway, anywhere. Une autre qui n'en finit pas de partir, cabotage de port en port, descend la côte et de Bretagne vers le sud, un bassin, Archachon, non. Que faire - j'envoie exquise esquive, sans réponse. Une autre encore qui ne sait pas, coincée dans un second arrondissement trop petit et je n'en sais pas plus, une invitation à goûter des pâtes (facile), un week end reporté, baisers un peu manqués, monter cinq étages, embrasser, descendre, monter, etc. Vautré sur les draps en satin, lire Elle.
Dans Elle, un reportage sur Tel Aviv.
Souvenirs d'une fille, les plages de Tel Aviv, maillot bikini et verres de vodka déguisés, peau blanche et dorée, mèche et yeux plissés, trop de soleil mademoiselle. Bien commencée, une histoire foireuse baclée en 150 pages déposées dans une boîte aux lettres. Elle est désormais diplomée, métiers du livre et édition (bdx, 2 juillet 2004, Google). Je vous emmerde.
Des parenthèses amoureuses - non, rien. Truc amour esquissé - elles lisent, précautions rigoureuses - des histoires sans trop d'avenir. C'est presque septembre et je ne sais pas à quoi bon embrasser les filles. Encore ?
Trop de vin et trop de cigarettes et trop de vendredi soir. Et de samedi matin. Partir dans trois heures. A Fécamp les trimarans attendent.
Message personnel pour une fille, cheveux blonds et collection de lunettes de soleil : Fécamp tu connais pas non plus, si ? Demain sur une vedette, vent et mer agitée (sel dans les cheveux et sur les cils, lèvres sèches et yeux qui pleurent). Tu viens ? Tu manques encore, parfois.
Jeune fille, c'est quoi le temps à Arcachon ?
août 05, 2004
Norvegian Wood
Darling Tina,
ainsi je vous l'avais promis mais nous ne nous y attendions pas, encore moins vous, surprise autant que mal à l'aise, attachant vos cheveux en vous mordillant la lèvre - était-ce le stress ou bien pour la rougir ? - vous finissiez par vous plier à l'excercice et quelques instants j'ai fait de vous ce que je voulais (ne vous méprenez pas, c'est une expression.)
Ainsi, même si vous n'avez, semble-t-il, pas pu m'obtenir cette cabine à bord en permanence - et pourtant nous aurions pu partager cette suite, non ? j'aurais même fait semblant, les premières nuits, de me contenter du canapé bleu - ainsi donc, votre visage souriant et la veste que vous aviez enfilé - celle aux galons argentés - darling, vous imprimée en quadri, il faut croire que vous donnez envie (encore une fois, il ne s'agit que d'une expression, même si.)
Ce que je préfère, je crois, cette chouette barette toute simple que vous mettiez pour retenir votre frange.
Ainsi, mais vous l'aviez admis vous même vous êtes incontournable à bord, cette photo sur laquelle vous souriez et me regardez, en page combien ? Désirez-vous la légender ? Tina, adorable responsable des excursions, parle aussi bien allemand qu'anglais, murmure quelques mots de français. Vous venez à Paris ? Allez-vous changer les statistiques ? pensez-vous que vous participerez à accueillir davantage de passagers français ? Voyez comment cette histoire d'amour se termine.
Darling, vous savez que vous n'êtes pas la seule fille amoureuse de New York et même à Paris, sur les bords de Seine, il est si facile de parler de Coney Island. Vous venez ? Vous avez quitté Stamsund à 19h30, arriverez à Svolvaer à 21h et puis ? Avez-vous d'autre passager qui vous offre des verres à 23h et vous attend parfois jusqu'à 1h ? Prenez garde aux italiens.
Il y a en ce moment même une fille coincée dans les embouteillages et nous allons parler de fjords et de soleil de minuit et de villes qui ne dorment pas de l'autre côté de l'Atlantique, assis en bord de Seine. Darling Tina, j'ai toujours autant de questions, et pourquoi n'y a-t-il pas de volets aux fenêtres norvégiennes ? J'ai beau zoomer, aucune réponse dans vos yeux.
août 04, 2004
Remix, donc
Alors c'est désormais une évidence, le retard s'accumule et les histoires vanish avant même d'être esquissées, la faute à cet été branlant aussi, où l'on ne sait plus quoi faire, la question n'en finit pas :mais est-ce qu'il fait beau, mais quelles sont les questions que l'on se pose l'été, et pourquoi les filles sont elles en jupe est-ce que ce sont les mêmes, et si les jours sont plus longs alors pourquoi le temps passe-t-il plus vite, les histoires sont plus faciles non, celle d'une fille adorable et jolie aussi revenue de Berlin sur de la pop allemande, qui veut voir les fjords norvégiens et pourquoi pas le transsibérien, une fille qui murmure qu'elle aime bien les White Stripes, alors il faut l'embrasser sur un remix d'Alizée, ça fait beaucoup en coincidences, clichés roses - goût de fraise - mais enfin, tout à fait le genre/adorable.
L'histoire d'une chouette fille aux yeux qui brillent - évident - avec ou sans suite et peut-être avec elle - il faut écrire vite et ne pas lui laisser le temps de lire - mais aussi la fille blonde qui ne s'attache pas les cheveux, un chat sur son tee shirt, ça n'a l'air de rien mais on sait à quoi ça tient, ces histoires, sans compter qu'un peu plus tard, sans compter la script qui s'appelle Steph et promettait des calins un mercredi soir un peu triste, il faudra terminer tout ça d'une façon ou d'une autre. C'est triste un mercredi et c'est vrai que Paris est endormi et les portables eux-mêmes sont en vacances, il n'y a pas grand chose à faire mais laisser aller. Comme la pop allemande, on ne comprend pas grand chose mais c'est sucré, ça suffit.
juillet 23, 2004
Façon
Hey p'tite blonde.
t'as vu l'histoire qu'on se fait là, les plans qu'on se traîne ? Tu vois bébé - mais t'as pas une gueule à t'appeler bébé, t'es la fille la plus chiante, sur Paris et alentours j'ai pas trouvé mieux, t'es à me faire balancer des téléphones contre les murs et des roses sur ton interphone, pétales sur l'alu brossé, tu vois l'image au ralenti. Dis-moi tes idées pas possibles, ce qui y'a et ce qui empêche.
Parce que là c'est pas une histoire de serveuse, le bar est pas fermé et quand tu bois - quoi ? - un truc sucré avec rhum et zeste, tu penses pas à moi ? Et tes clopes dorées de duty free - que t'es allée chercher où ? - tu penses pas à cette nuit en fumant tes lights américaines ? T'en as pris combien des cartouches sous ta casquette dans l'autre grande ville, là-bas tu pensais à quoi, je t'ai pas croisée, un peu imaginée, marchant en plan séquence, t'allais bien là-bas, je te voyais les mèches coincée sous un bonnet, j'ai pas cherché une casquette - à quoi ça tient, les grandes histoires. Miss perdue comme Sue dans ce film, ton plan déplié et toi paumée, à quelques blocks, à quelques heures, tu fous quoi dans cette rue, tu fois quoi dans la vie. Maintenant ? Après ?
Des verres et des clopes, et tu vides ton verre dans le mien, je te regarde et tu lèves pas les yeux et parfois croisement furtif, tu soutiens pas, tu te souviens pas ? Des soirs et des nuits et des matins et un moment où t'as décidé qu'il fallait partir. Arrêter. Comme un jeu ? Façon il faudrait tout recommencer, une histoire à réinventer tous les mois, un truc qu'en finit pas, on aurait pu trouver ça bien, j'ai mal compris. J'ai plus dormi chez toi et sur tes murs blancs tu dis que t'as rien accroché. Blanc c'est bien, mais c'est triste. Toi en noir sur fond blanc, je t'éclairerai bien, sur la mèche là, juste un reflet, mignon, façon Harcourt. Façon BB dans le film, façon Capri et ses murs blancs, je crois que t'aimes les contrastes.
Je t'envoie quoi, tu me manques et moi vouloir dormir avec toi - et t'es chiante même quand tu dors, là façon bébé, écartant les bras, sur le ventre, grognement. Une autre nuit, mademoiselle, pour vérifier. Je te taperais que ça en valait la peine, y'a ton odeur sur le tee shirt trop grand et ça pue le shampoing dans toute la salle de bain et t'as laissée la cafetière allumée. Les filles oublient des pulls noirs, mais elles s'en foutent parce qu'elles en on plein. Elles le font exprès mais elles le disent pas. Elles l'enlèvent un soir sur un canapé et elles le laissent pas loin d'un lit. T'as fait exprès ce soir là ?
L'histoire on la changera plus, tant pis pour le pas terrible, demain, bébé - c'est vendredi? - tu fais quoi ? Tu connais Ouistreham ? J'ai jamais vu mais sur la carte c'est pas si loin, Ouistreham, bébé, on bouffera des huîtres en buvant du vin blanc et sans payer. T'aimes les huîtres ? Tu crois qu'il y en aura, là bas ? Oui, évidemment. Deux heures à peine et on ira faire un tour sur ces voiliers que t'as manqué y'a deux ans, tu vois, n'importe quoi cette histoire à facettes sur une boule qui tourne trop vite.
Là le soir sur des chaises en plastique il restera l'odeur de frite et sur tes doigts l'odeur de clope et sur les miens la tienne, peut-être aussi un reste de shampoing, un parasol qui s'envole, et la lumière qui tombe sur les huîtres. Demain, une vingtaine d'heures, pour vérifier que ça vaut la peine. Ouistreham, mon amour, c'est pas le bout du monde mais c'est un bon départ. Un port, tout est possible tu vois, et même l'improbable, et si t'as le mal de mer, ou à cause des huîtres, tu dormiras dans le carré, t'auras moins de place pour faire le bébé mais je te promets de lofer sur les crêtes pour pas que ça bouge trop.
Tu vois l'histoire entremêlée, la grande ville là-bas sous la neige et les pontons à Ouistreham, peut-être que ça aurait de la gueule, comme ça, avec ta mèche, p'tite blonde. Mais qu'est-ce que t'es chiante. Tu m'en veux ? Tu viens ?
juin 29, 2004
Summer Route
Darling,
j'ai bien reçu votre email. Vous passez le 70° parallèle et utilisez l'Inmarsat, facturé quelques dollars à votre compagnie. Vous me parlez du ciel gris et je vous imagine derrière votre bureau, occupée à taper ces quelques lignes tandis que quelques passagers allemands ou italiens attendent, discutant haut et fort, vous ne les remarquez pas. Vous parlez de descendre vers le sud et je me demande si vous avez ce matin attaché vos cheveux ou ramené votre frange sur la gauche à l'aide d'une simple barrette bleu métallisé. Peut-être aussi le vent a-t-il tout emmêlé et vers 7 heures ce matin avez-vous finalement pensé qu'une queue de cheval serait plus appropriée.
Ainsi you came back onboard the very day I wrote you and it was nice to hear from me because you had a lot to do then.. Vous ponctuez cette phrase de ces deux petits points, ce qui vous semblera un détail, une amusante coïncidence dont je ne vous parlerai pas. Ces deux points sont en cela plus évocateurs que trois qu'ils laissent vos mots en suspens, un murmure sans conclusion.
Vous m'imaginez déjà à New York où vous aimeriez tant retourner, la ville vous manque, pourquoi n'en avons-nous pas davantage discuté, là-bas il ne pleut pas et les coques d'acier brûlent sous le soleil, voulez-vous marcher pieds nus alors je vous imagine accoudée au bastingage sur cette photo que nous n'avons pas faite, alors je vous revois votre main posée sur le front, visière improvisée pour vos yeux bleus au soleil, en officier de la marine marchande, un peu plus bas en témoignaient sur votre bras, ces quelques gallons argentés brodés. Mademoiselle je suis bien loin de vous et de New York. C'est une terrasse parisienne et il ne reste qu'une question qui ne trouve pas de réponse, porteriez-vous ce jean bleu clair taille 28-32 et cet adorable pull mauve sur une chemise blanche ? Je vous en prie, répondez-moi. Laissez à bord cet autre pull en laine, j'ai commandé pour vous un thé, il refroidit, dépêchez-vous. Vous espérez pouvoir venir à Paris prochainement, vous mettez définitivement trop de conditionnel dans cette phrase, vous ne devriez pas conclure par ce smiley perturbant.
Darling, vous me semblez décidée à accrocher dans votre cabine et dans le grand salon du pont N°7 ces photos que je vous ai envoyé, avec l'autorisation du commandant. Je ne sais que penser de votre idée, je préfère ne pas vous avouer que j'ai, quant à moi, quelques photos de vous scotchées sur un mur blanc.
Vous venez de quitter Kirkenes et la frontière russe, vous faites route vers Vardo, que vous atteindrez à 16h00. Vous ne quitterez pas le bord, ce n'est qu'une île ; il n'y a pas un arbre et le pub est hors de prix, croyez-moi. Vous redescendrez vers le sud et je penserai à vous à Alesund, nous ne nous y croiserons pas, pensez-vous toujours que c'était un moustique que vous aviez écrasé dans votre main cette nuit là ? Darling, vous n'aviez pas encore parlé de votre boyfriend ni de cette maison que vous veniez d'acheter. Nous parlions de rideaux aux fenêtres et de votre mère, d'un détail sans importance, de ces maisons sans volets. Les escales nocturnes se succédaient, à 8h15 nous quittions Floro pour Bergen, je vous avouais que vous alliez me manquer et vous riiez, dans ce petit pull mauve.
Je vous laisse à vos 687 passagers, votre thé à refroidi depuis longtemps. J'espère que vous n'avez pas de pluie.
juin 23, 2004
aléas
Elle a bougé, entre ses mains la bouteille froide humide, elle dit c'est la dernière, la bouteille à ses lèvres, on entend le silence et les bulles qui éclatent contre sa langue.
Le bruit sec de la bouteille sur le parquet, elle s'allonge, écarte les draps, elle regarde dans le noir. Elle veut aller là-haut, murmure à peine, façon soupire. Là-haut où ? Dans les étoiles américaines. T'as pas les milliards je lui dis, pour t'emballer comme ça, les étoiles sont plus jolies vues d'ici, oublie. L'ombre sur le mur, elle lève une jambe. Elle dit les pieds près des étoiles comme une avenue américaine, crever le ciel histoire d'y voir un peu plus clair. Oublie le romantisme du clair de lune, pas de chandelles là-bas. Le froissement d'oreiller, sa tête qui se tourne lentement. Le bruit du briquet, la lueur de la cigarette. Tu vois, darling, les bougies ne s'allument pas. Trop près des rêves, elle demande ? Un bête problème d'apesanteur, mon amour, efface les bougies de ta mémoire.
Sur le mur les images se languissent, un goût de Daiquiri dans la tête, des souvenirs de port. A la fin de l'histoire l'attaché de presse formidable se marrie ; à la fin de l'histoire l'ange blond au casque envoie des calins par sms ; à la fin de l'histoire la petite chanteuse se suicide dans un bruissement de larmes.
Je te dis je sais pas si tu reviendras, ici et dans mon lit. Je te dis faut pas mais je pense que j'aimerais bien. J'échange suédoise un peu mignonne contre chouette norvégienne.
Hier soir, 19h42 à quelques mètres de la ligne 6, une fille adorable court sous la pluie avec un sac Habitat et un autre Cyrillus. La suite est toujours la même, j'ai à peine le temps de l'aider à passer le tourniquet, d'entendre son merci, la fille disparaît direction Etoile, et de la rame qui s'en va vers Nation, sur le quai en face, à travers les vitres sales et rayées, je ne quitte pas ses yeux noirs et sa frange brune, sans suite. Et j'aurais tant aimé savoir ce qu'elle foutait avec son sac Cyrillus ?
Rangée 19 siège D, une fille dort dans un vieux 737 au dessus de Zagreb. La carlingue grince dans les turbulences. Lumières éteintes à 30000 pieds, une fille qui ne dit rien et tremble sur le tarmac en pleine nuit. Une histoire en transit qui se termine près d'un tapis à bagage de CDG. Elle fait la gueule mais quelle gueule, je lui dis que je m'en fous, sur le parking il pleut et l'autoroute est déserte. Sur les maréchaux les feux sont rouges et je griffone sur un carnet ces histoires d'amours transatlantiques.
C'était la dernière, tu sais, il n'y a plus de bière. De la vodka je demande ? Elle dit oui, plus tard, demain, on a le temps. Le temps, le temps, je réponds, elle tend sa cigarette, ses doigts sur ma bouche. Je sais qu'il est temps d'appeler l'ange blond, il faut absolument que je lui demande si parfois il arrive qu'elle se fasse une queue de cheval. Alors, peut-être...
juin 08, 2004
fin de soir
Port Royal, les yeux d'une fille au carré blond derrière la vitre sale d'un taxi. Il est une heure du matin et le feu passe au vert, nuit sans lune, yeux de la fille qui s'éloigne vers l'ouest, le boulevard est désert, elle rentre.
Une semaine auparavant dans un petit port de Norvège, Tina explique qu'elle préfère nager dans la mer, des raisons de flotabilité en relation directe avec le principe d'Archimède ; il y a quelques heures maintenant, Tina raconte New York, quelques mots pour cinq mois, ajoute qu'elle vient d'acheter une maison avec son boyfriend, l'air de rien, entre deux phrases, alors peut-être finalement qu'il ne fallait pas l'embrasser, peut-être que si, sans doute on ne saura jamais.
Paris, encore, une fille qui envoie des bisous pimentés du Mexique ne répond pas, une fille qui porte parfois un casque audio à moitié sur l'oreille gauche, une vieille histoire qui se finit ce soir, à Port Royal.
Les questions norvégiennes se terminent ce soir là, précisement.
avril 26, 2004
en fumée
L'histoire commence à cause d'une paire de lunettes fumées. Une histoire de fille qui porte ces lunettes. Je ne savais plus. Quel est le terme exact qui définit ces lunettes façon Beyonce ou Kenza du Loft. Ce ne sont pas réellement des lunettes de soleil, n'est-ce pas, mais elles cachent un peu les yeux ; je referme le livre de l'écrivain chroniqueur qui parle de lunettes fumées et je sais que c'est ça. Il aime les filles qui commandent des White Russians et les filles qui sont serveuses mais pas vraiment. Ce n'est pas d'une grande originalité.
A 14 heures et 23 minutes, devant la porte à battants de l'hôtel, le début. La fille dont on parle descend de la voiture, plus loin le soleil chauffe, la fille en contre-jour, je m'en fous, derrière mes lunettes de soleil elle ne sait pas que je la regarde, tant que je veux, derrière les siennes, fumées, je distingue mal ses yeux, ce qu'elle regarde, elle, parfois rien, parfois moi, aucune certitude là-dessus, probabilité à 50/50.
Ca commence à cette seconde très précise, quand elle se recule, soulève ses lunettes et demande si je l'ai bien appelée princesse, oui, bonjour princesse, ça lui va bien, tant pis si j'en fais trop, elle sourit, elle dit merci, autre chose encore, c'est mignon ou ça lui fait plaisir, un truc de fille. Elle a ce haut blanc pas très joli, ce pantalon beaucoup trop large qui lui va bien, ces vieilles tennis noircies qu'elle garde pour son style, sans plus, dans lesquelles, je sais, elle a des petites chaussettes blanches, façon sport, précis. Petite culotte blanche, autre sujet lors d'une autre histoire.
C'est un jour de profil. Je la regarde de profil, nez et oreilles adorables, à la fin sorti de l'arène peut-on les emporter ? Ses dents aussi, mais s'il faut parler des dents des filles, alors ça devient très compliqué. Il y a déjà tant et tant de dit ; passer le sujet. A un moment très précis, je la regarde elle rit, de profil elle a sa veine qui se dessine à peine, quand elle baisse la tête, sur le côté gauche de son cou, à quelques centimètres, très douce et très droite, un truc formidable, une histoire de vampire, là il est difficile de résister, et, toutes les grandes paroles, les promesses, envolées, juste parce qu'elle rit de profil à quelques centimètres, sa veine adorable, juste pour ça.
Elle demande une vodka pomme, with ice ; et moi un simple coca. Trop de bières déjà, surtout pour un dimanche soir, surtout avant de rentrer, elle aussi mais c'est une fille, et elle s'en fiche, on l'a appelée princesse aujourd'hui, elle s'en fiche des histoires d'alcool et des histoires d'autoroute. Vodka pomme, ce n'est pas formidable, trop sucré, mais le goût de la pomme sur ses lèvres, oui, peut-être que c'est formidable. Je ne sais pas ce que l'on dit à une fille qui porte des lunettes fumées. Je connais celles d'avant, celles qui mettent des lunettes de soleil. C'est presque facile. Elle pioche dans les cacahuètes, fais glisser ses doigts les uns contre les autres pour en faire tomber le sel. Elle attrape des cacahuètes grillées, enrobées - ça a un nom - je lui dis juste ,c'est bon ça, elle répond oui. Tout reste à faire, définitivement. Elle se rapproche, près, trop près, elle s'emmêle les jambes, contre les miennes, un truc étrange, il faudrait à ce moment exact trouver quelque chose à dire, le genre de choses que l'on dit à une fille qui vient se coller contre vous à s'en emmêler les jambes et qui porte maintenant sur le front des lunettes aux verres fumées. Elle est juste à droite, à un toucher de main, pas plus, juste un profil, je cherche cette veine, il faudrait la faire rire. Maquillée les yeux soulignés de noir, terrible, les lèvres brillent, parfum pomme et sirop alcoolisé. Elle est tellement à côté, ce qu'il faudrait faire, ce qu'il faudrait dire, se pencher et l'embrasser, sur le cou sur cette veine, et les lèvres au goût de pomme, lui demander, sourire, c'est quand qu'on fait l'amour. Cette fille, c'est une garce.
avril 21, 2004
Cross Road
Est-ce que l'on promène un chat en laisse à 2h37 ? C'est ce que semble vouloir dire la jolie jeune fille au chat beige et blanc, croisement Glacière Arago.
avril 13, 2004
Corail, 3311
Dans un train. J'aime bien l'Allemagne, ça laisse des souvenirs.
Allemagne, l'année du mur une ville du Nord, la pluie sur les toits verts, bruine sur le port, ruelles et béton, le sous-sol d'un supermarché et des linéaires de bières. Allemagne 92, la Bavière au mois de mai, promenades en vélo, Goethe et le Rhin, Eva et Domeneka, blonde et blonde, qui parlaient mieux français que moi allemand. Baiser échangé en haut du toboggan d'une piscine de plein air, des cours qui se terminent à 13h, à 7h le matin déjà en retard, le raccourci sous la clôture, le tupperware déjà gras pas même ouvert, charcuterie, jus de raisin, pomme. Les châteaux de Louis II dans la forêt noir et les après-midi dans un sauna, soirées allemandes, bières et vodka, expérimentales.
L'Allemagne à 17 ans, Gare de l'Est, Julie, cheveux auburn, couleur bon marché, adorable Julie, quelques mauvais poèmes écrits cette année-là, Julie suit des études scientifiques, Julie travaille - google - dans la recherche. Arrivée, Frankfurt am Main, je crois, au milieu de nulle part, à peu près. Centre ville piétonnier, c'est l'Allemagne l'été, des soirées à attendre Julie sur un quai de U-Bahn, rentrer à pied, une heure à marcher, j'achetais Le Monde, parlais anglais. Des lagers allemandes dans des après-midi chauffés au soleil ; Julie avait souvent ce petit haut blanc, chemisier façon garçonne, un truc mignon, un truc à faire des souvenirs. Il fait chaud, goutte de sueur perle sur la lèvre supérieure, elle passe sa langue.
Année commémorative, cinquante ans de débarquement, célébrations communes. Des discussions jusque tard aux terrasses des cafés avec Markus, prof de français, qui me ramène ensuite, une heure de moins à marcher, dix minutes dans sa vieille Golf bleue marine, je lui indique sur mon plan de métro les quartiers de Paris. On parle de l'essentiel, les relations franco-allemandes, la réunification, pas assez de Julie. Comment s'appelait cette fille, blonde et un peu vulgaire, mignonne, juste trop maquillée, jolis yeux bleus, comment s'appelait-elle ? Je ne pensais pas qu'un jour on oubliait les prénoms. Je n'ai retenue que Julie, rentrée avant moi, on a dû se quitter à une fête, je me souviens avoir trop bu, lui avoir promis je ne sais quoi, elle voulait faire du cinéma, un truc comme ça, elle faisait du théâtre et suivait des études scientifiques. Axelle Red venait de sortir Sensualité, j'écoutais Dire Straits et les Who. Cet été là j'ai lu Dumas et Sartre, assis sur la banquette du U-Bahn, revenant de voir Julie, du centre ville piéton, qu'a-t-on fait d'autre, est-ce tout ? Schiller, d'autres promenades en vélo, je n'ai aucune photo de cet été là, quelques images, seulement, suffisantes. J'achetais des cônes à la vanille au McDo, le Studio de juillet-août avec en couv Sophie Marceau. Julie écrivait un peu, je l'aidais quand elle se lançait dans une grille de mots croisés ; elle avait un copain qu'elle n'aimait pas tant que ça, un autre qui s'en fichait, alors moi, en plus, ça aurait fait un peu de trop, j'ai pas goûté la perle de sueur sur sa lèvre, on s'est écrit quelques temps, après. Je crois qu'elle mâchait souvent des chewing-gums.
J'ai jamais su parler Allemand, je ne suis pas retourné en Allemagne. Mais Camille est à Berlin. Et la jeune fille blonde, à côté, place 23, absolument adorable.
mars 26, 2004
fil d'ange
C'était devenu une histoire à suivre, que je croyais finie, l'histoire de la fille au casque, aux cheveux blonds, que j'aimais bien, et elle aussi. Je lui avais dit pour de vrai, qu'elle allait me manquer, on avait dit qu'on se rappellait, comme toujours, je ne l'ai pas fait, à quoi bon ; oui, mais, après tout, finalement ; bof, je sais pas ; j'ose pas, c'est trop tôt, et puis, après, c'est trop tard ; je repensais à elle et puis rien, tant pis Steph.
L'ange blond était là, elle a ouvert les bras et je me suis précipité dedans, un truc presque comme ça, ça y ressemblait, l'ange blond a écarté les bras et ne s'est pas envolé, on se croirait dans une chanson là, pas terrible.
Elle a dit que j'ai pas rappelé, c'est vrai, j'ai dit j'ai pas osé, pas avoué que j'étais pas sûr, de moi. Elle me perturbe, à ce moment-là, est-ce que j'aurais su quoi lui dire, ailleurs, autrement ? Ca frole l'histoire sérieuse là, non, il s'agit d'un truc tout simple, une fille un peu blonde et mignonne, c'est tout.
La fille, elle revient de tournage, loin, très loin, elle a pas le droit de dire où, un truc secret, un truc d'été, mais à sa peau on sent le soleil, à ses yeux la mer - ça continue pour la chanson. Trois semaines, elle enchaîne, elle revient, elle repart. Je sais pas quand ; faudrait l'appeler.
mars 24, 2004
Milk Shake
Des images de la fille, 1/250e de seconde au 600mm, chaque mèche frémit, elle hésite, capricieuse, une larme, deux, comme chaque fois.
Une chanson de France Gall, ce n'est pas Bébé Requin, pas 24x36.
Une moue dubitative, un haussement d'épaule dont je ne vois que le mouvement du sourcil gauche. Le jean trop court rappelle l'été, les baskets usées et les socquettes, le débardeur blanc un peu déchiré à l'épaule.
Shirley a 19 ans et un nez américain, si petit que lorsqu'elle tourne la tête, il disparaît, caché derrière la frange, petit bout de visage masqué, disparu. Shirley est capricieuse, un peu chiante même, elle a retiré ses talons hauts et marche pieds nus sur la promenade des anglais, se fout des voitures qui passent et à quatre heures du matin, Shirley s'assoit sur le troittoir, dit qu'elle dort là, qu'elle est bien, là.
Shirley sourit pour une photo, elle prend une position étrange, pied droit rentré, pointant l'intérieur, une position adorable, on dirait qu'elle va tomber, sur la photo elle n'en finit pas de tomber.
La fille psssshit un coke light, le porte à ses lèvres. A 600mm tout est flou derrière la fille, bulles de lumières roses et bleues très sixties. Terrible.
mars 22, 2004
+ loin
J'ai eu peur, de devoir tout arrêter, de fermer pour de bon. J'ai eu peur d'être un peu tombé amoureux de la fille, pour de vrai. C'aurait été n'importe quoi, alors, ici, un foutoir pas possible, un mélange de tant de genres qu'un Allemand y aurait perdu sa grammaire, ça m'aurait porté préjudice, et pas qu'un peu, plus qu'à l'Allemand, du vrai terrible. J'ai mis les choses à plat et tout bien reconsidéré. Bof. J'exagère, mais c'est thérapeutique.
mars 09, 2004
D'autres
C'était il y a quelques jours, sur la porte d'une station de métro : Dieu est mort. J'ai pensé à Nietzsche, l'éternel retour bien vivant, lui. Je déforme, oui, et alors ?
L'important, c'est la fille qui m'accompagne, elle ne dit rien, elle filme. C'est étonnant une fille qui ne dit rien ; elle n'entend rien, son casque sur ses oreilles, les yeux rivés sur son écran de quelques pouces, parfois elle opine discrètement, quand je lui pose une question, si l'on entend, si ça va, la lumière, le fond. Je sais que ça va. Mais je tiens à le lui demander, pour la voir opiner, pour voir.
Ce matin, beaucoup trop tôt, la fille s'est perdue, entre deux portes et le périph, je l'ai attendue. La fille ne boit pas de café, du coca, des chocolats chauds.
Elle rit, dit qu'elle est blonde - elle a une peau si claire, des yeux si bleus. Je crois qu'elle est mignonne. Vers 17h42 onlaisse un message sur mon répondeur, on s'inquiète qu'elle ne soit pas rentrée, pas encore, on s'inquiète de ne pas l'avoir vue de l'après-midi. Je la raccompagne jusqu'à son métro, elle n'est pas rassurée, il fait nuit, entre deux portes et le périph. On parle, elle n'a plus son casque, la fille, c'est bien, du bon travail, il y a de chouettes images, oui, quatre heures tout de même, presque, c'est top, mais enfin, c'est bien, demain, ok.
Elle est en maitrise de cinéma, elle est jeune, elle écrit des critiques de film, aussi. Je ne dis rien, ce serait déjà jouer un peu. Elle fait des stages, aussi, comme là, elle apprend. Elle est enchantée.
Sans doute, on reparlera ici de la fille blonde, qui ne fume pas de cigarette ni ne boit de café, une peau très claire et des yeux très bleus.
Il reste 17% d'autonomie dans la batterie de mon portable, soit 40 minutes d'énergie. Cela suffira, amplement.
L'autre fille, inévitable, opposé. L'autre fille c'est la petite brune adorable - mais voilà, adorable, il me semble l'avoir trop utilisé, alors qu'ajouter, maintenant ?
Ce n'est qu'un jeu assez bête, j'ai toutes les questions et elle les réponses, et tant que ça fonctionne tout va bien ; le problème est autre. Je souris, pour encourager la loghorrée et éviter les questions, allonger les réponses, à mon tour j'opine, je souris, c'est ce qui est prévu, naturel, mais là, devant la fille brune adorable, je souris parce que je ne sais plus quoi faire d'autre, vite, trouver la question, surtout qu'elle ne s'arrête pas de parler, sous la verrière elle a un peu de soleil sur les yeux, elle joue avec ses mains, elle fait des grimaces, en fait quinze tonnes, ce sont quinze tonnes bourrées d'adorable concentré ; ce qu'il faudrait c'est lui sauter dessus et lui dire arrête, c'est indécent, c'est impossible, tu ne peux pas, l'interdire. Elle, c'est la fille qui me rappelle plus de fantômes que tous les chateaux écossais, là ce n'est plus du hasard ni des foutues coincidences, là c'est un poil trop. Il est parfaitement envisageable que je la kidnappe.
D'elle aussi on reparlera, il faut s'y attendre, et s'y résoudre.
mars 08, 2004
L'histoire de la fille, 2 couettes 1 frange.
Je suis en retard. Mais, aussi, les histoires s'accumulent, le temps passent, les nuits plus vite que les jours, qui sont longs, toujours si longs.
Alors la fille, celle de vendredi, vite, façon express, hop.
Dans un décor, studio d'enregistrement, consoles, rock, hop.
Pour l'histoire, la fille. Pas très grande, deux couettes et une frange, mais cheveux bruns. "Mais" parce que sinon, la fille, elle m'en rappelle une autre, facile, c'est ça l'histoire, dire qu'il n'y a pas de hasard, non, juste de simples coincidences, des putains de coincidences, toujours, comme si, ce jour-là, sur une chanson de Goldman, il fallait une fille qui te ressemble, toi qui chantais Goldman, un soir.
Voilà, tu vois, on en revient là, tant pis, moi j'ai pas promis une grande histoire, non, juste une fille avec deux couettes et une frange.
Une fille, dans le marketing - mais la vrai question est : combien y-a-t-il de filles qui travaillent dans le marketing ?
Cette fille, surtout, elle a ton regard, tes yeux, ce sourire, le tien, cet ensemble, un air, non ? C'est troublant, je lui souris, elle aussi, rien de plus, inutile.
Ca pourrait être toi.
Tu permets, je déballe un peu, de toute façon l'histoire de la fille à frange n'était qu'une excuse - et tant pis si l'expression fille à frange était jolie, dire que j'avais horreur des franges, petit, c'est con, parfois, les choses, j'aimais pas la Guinness, j'aimais pas les blondes, encore moins les blondes à franges, aujourd'hui je me demande juste si tout ça changera encore.
Le hasard, non, ces foutues coincidences. Palmolive (je m'en fous, je ne suis plus référencé chez Google, alors tu sais...), cette pub que je vois ce soir, coincée entre deux plans de l'asteroide d'Armageddon, affalé dans un canapé (sur lequel...), à boire une vodka - dans un verre formidable, pour les bateaux, doté d'un fond convexe qui lui permet de suivre le roulis comme le tanguage - à écrire mes articles quotidiens, quelques mails, rien de passionnant, la vodka aide, les images aussi, je t'expliquerai. La pub c'est pour Palmolive SPA, gel douche innovant - révolutionnaire, non, pas retenu au panel ? - un gel douche qui procure les sensations d'un massage SPA. C'est drôle. J'ai vu cette expression, cet acronyme - je ne sais pas - SPA, à New York, sur tous les instituts de beauté. Alors j'ai cherché : une chaîne, un produit révolutionnaire, une technique de bain de boue ou de masque avant la sieste. Je n'ai pas trouvé. Depuis, deux mois, à peine, je le vois partout.
Ca aussi, ça a quelque chose à voir avec les coincidences, quelque chose d'amusant, on découvre quelque chose et d'un coup on le retrouve partout. Voilà, moi c'est SPA, je ne sais pas ce que ça signifie, je n'ai pas cherché dans Google. Mais ton gel douche Palmolive, j'aimerais bien l'essayer. Problème de concordance des temps, j'aurais bien aimé. Maintenant, je m'en fous, oui.
Ce que j'en dis ? Oh. Ce que j'aimerais dire : si tu savais. Mais au fond je m'en fous, n'ai rien à prouver, plus rien, finalement. On est juste rien, même si parfois je pense à toi, encore.
mars 05, 2004
Nu
Comme rien n'est jamais laissé au hasard, il est prévu de raconter la formidable histoire de cette fille (deux couettes, une frange), troisième photo en partant du haut. Une histoire vraie ? Pas tout à fait, un passage dans photoshop suffit à transformer un visage. En mieux ? Là, rien n'est moins sûr.
mars 03, 2004
Samedi 14
Agathe.
Ce que l'on sait d'Agathe : c'est une très jolie fille. Ce que l'on peut dire d'Agathe, c'est qu'elle est grande, et quand il s'agit de lui dire bonjour - et encore plus quand il faut lui dire au revoir - elle est si grande qu'on ne peut s'empêcher, très secrètement, de jeter un oeil à ses pieds, ne porte-t-elle pas de hauts talons, Agathe ? Non, Agathe est grande, très grande.
Agathe, aussi, a une très jolie voix, il faut pour le savoir l'entendre parler, murmurer, plutôt, elle a une voix fragile, très douce, c'est formidable, cette voix, encore maintenant je me souviens de cette voix, qui semble timide sans l'être tout à fait, on s'en doute, douce, douce, que dire d'autre sur une voix, jolie timbre, des mots comme ça, non, c'est bien plus, indéfinissable, Agathe a la voix des filles qui murmurent bonne nuit le soir avant de s'endormir, une voix comme ça, terrible. Alors, en entendant sa voix, on l'imagine à l'arrière d'un taxi poser sa tête sur votre épaule et dire merci, de jolies choses.
Agathe fait une grande école, ce genre d'écoles tellement grandes qu'on n'en sort jamais totalement ; Agathe son style c'est les intellectuels de gauche, il faut admettre l'un comme plus difficile que l'autre, mais pour Agathe, toute perversion semble acceptable, au diable les conséquences, il se dit qu'Agathe sortait avec un rédacteur du Monde ; il semble qu'Agathe rêve de travailler dans le cinéma.
Un appartement dans le cinquième et personne, Agathe arrive, c'est un début d'histoire comme une autre, mais voilà, l'appartement est trop petit et pour voir Agathe il faudrait déranger tant de monde.
Il faut quitter Agathe, quelques mots échangés sur un trottoir, un mot qu'elle ne trouve pas, que peut-elle bien vouloir dire, ça n'a aucune importance.
Envoyer, plus tard, un SMS à Agathe, charmé, oui, absolument charmé, vous avoir rencontré, mademoiselle, etc. ce genre de choses. Elle qui se souvient, c'est déjà ça, de ces trois mots échangés, elle qui parle de laisser faire le hasard - mais, saloperie de hasard, non, inutile d'attendre - elle qui joue le jeu, un peu.
Samedi matin, 14 février, cette invitation pour deux personnes, au Balzac, projection et brunch en présence du réalisateur, avec Schpolianski et les habitués qui viennent finir une nuit et manger, souvent. Agathe, le cinéma, les coulisses, lui raconter des histoires, la sortie de Pierrot le Fou dans la salle, la sortie de Sous le sable, il y a deux ans, la sortie des salles, l'exclu, tout ça. Lui murmurer à l'oreille, assis confortablement dans un fauteuil rouge, lui murmurer Godard et Ozon, extrapoler un peu, le cinéma américain, digression, les salles, quelques mots sur les Etats-Unis, formidable etc. Agathe alors qui murmure à son tour c'est chouette, Schpolianski présente le film et après des croissants et du coca dans des flutes en plastique, peut-être un perrier, pour mademoiselle, et du citron, vous n'oubliez pas le citron, hein.
Seulement, le 14 février, déjà trop de souvenirs, de trucs à exorciser (etc.), mauvais jour, fête des fleurs et pas des cinémas, déplacé.
Seulement - et c'est là tout l'essentiel - ça n'a jamais marché avec les filles des grandes écoles de commerce, même quand elles sont grandes et jolies, même quand elles ont une très jolie voix.
Alors, le samedi 14 février, j'ai dormi, après je ne sais plus quelle nuit, et en buvant du coca dans une flute en plastique, j'ai regardé les messages personnels dans Libé.
février 24, 2004
Last Show
Pourquoi pas ce soir ? Quoi, demande A.
L'histoire de cette fille, un prénom au pays des merveilles, princesse capricieuse et toutes les raisons de l'être. Un programme ? Oui, tout un programme.
Le plus difficile, c'est le point de départ. Elle ne sait pas ; aller dans cette boîte ; près de l'Etoile ; souterrain. Je ne sais pas dire non, pourquoi pas, oui, nous ne connaissons pas, elle dit, avant de monter dans la voiture, que son père lui a toujours dit de ne pas monter avec des inconnus, c'est la première fois, qu'elle fait ça. Je lui demande si elle n'a pas peur, elle dit non, ça va, elle sourit, Alice, simplement, elle n'a pas besoin de dire son nom.
La petite fille riche regrette qu'il n'y ait pas la climatisation, elle entrouvre sa vitre, filet d'air tiède. Elle dit qu'il faudra qu'elle trouve un taxi, ensuite, pour rentrer, elle n'a pas pensé à prendre sa voiture, bien sûr, c'est évident, la jolie fille demande si je vais également la ramener, c'est presque - et tout est toujours dans ce presque, quand on ramène une fille - sur mon chemin. Elle raconte, petite, elle venait à pied, de chez elle, jusque ici, elle avait dix huit ans et rentrait à pied, oh, quinze, vingt minutes, elle ne s'en souvient pas, au juste.
Pourquoi pas ce soir, l'occasion de créer cette category très à propos, juste un endroit où balancer des débuts. Débuts de tout et de n'importe quoi.
février 19, 2004
HS2
Alors.
Je lui souhaite bon courage, je suis perdu sans elle, c'est terrible. Elle dit non, tout va bien. L'histoire prend une autre tournure, désormais tout est plus simple. Je suis toujours perturbé par ces filles qui disent je t'embrasse, les filles disent ça, est-ce qu'elles savent tout ce que ça veut dire, non, certainement pas, il faut toujours deviner, ce que c'est et ce que ce n'est pas. Elle dit que c'est adorable. Elle aussi. Elle espère qu'on aura l'occasion de se voir. Moi aussi.
C'est en temps réel, avec les silences et les délais. Mais ça ne s'arrange pas pour autant.
HS
C'est d'abord étonnant. L'absence de l'ange blond. L'explication arrive plus tard. Partie, ras le bol, des mots qui volent avant les chaises, situations de ce genre. Ah. Officiellement, encore plus tard, on m'explique juste qu'elle est partie, non, elle ne travaille plus ici. C'est la fille qui pleurait qui explique ça, en quelques mots, sans en rajouter. L'engueulade c'est entre elles deux. Ah. Je ne lui dis pas que je le sais déjà.
Ca devait être une histoire compliquée, mais pas autant. Elle se termine mal, tout de même, comme prévu. Parfois il faudrait que les choses ne se déroulent pas toujours comme prévu.
février 17, 2004
H/F
C'est une histoire d'amour à suivre, dont voilà la suite. La fille porte des Converse blanche, ça n'a l'air de rien, mais il faut les voir à ses pieds, pour comprendre. Elle n'a plus depuis longtemps son casque sur la tête et c'est tant mieux pour l'embrasser. Est-ce qu'elle ressemble à une actrice ? Il faut toujours chercher à qui ressemblent les filles, pour s'en souvenir, en conserver une image, c'est plus efficace que toutes les photos. Mais, elle, je ne sais pas. Quand elle passe je la regarde, je lui demande si ça va, c'est un manque certain d'originalité, mais enfin, ça la fait sourire alors elle pose sa main sur mon épaule, j'appuie sur pause et les images sur l'écran s'arrêtent, mais elle s'en va déjà, je la regarde, disparaître, avant j'ai le temps : sur les Converse un jean qui tombe, un pull noir et une écharpe blanche, dans la pièce il fait une chaleur dingue, une chaleur certaine, les AVID et les BETA, les ventilos pulsent, je la regarde, elle aussi, ça la fait sourire.
C'est terrible cette histoire, comme si tout était terminé bien avant que d'avoir commencé. On se frôle dans les bureaux enfumés, un moment elle part, ou moi, et c'est terrible, parce qu'il faudrait rester, se voir, encore, parler peut-être même. On se frôle, souvent, elle a écrit son numéro de téléphone portable sur un post-it bleu ciel, mais vingt heure passé il est trop tard, vraiment trop tard.
Les histoires qui commencent si fort ne tiennent pas la distance, tout le monde le sait, elle comme moi, il n'y a rien à faire. C'est inéluctable, cette histoire se terminera mal.
Je lui envoie un email, lui dis qu'elle est un ange, un ange aux cheveux blonds, résolument adorable - je n'y peux rien, un faible pour les filles adorables.
février 15, 2004
B-day
Je vais tricher un peu, retourner quelques heures en arrière pour garder cette date du 15 février 2004.
C'est un hasard que ouahad change radicalement aujourd'hui. Troublant, son anniversaire, la jolie fille qui est à l'origine de tout ça, 5 ans de cela, 22 ans aujourd'hui. La fille de Bordeaux, Laura, pas vue depuis 3 ans. Je ne sais toujours pas comment raconter cette histoire, par où commencer, distinguer ce qui a eu lieu et ce qui n'est jamais arrivé.
Tant de mots faisaient ici allusion à elle et sont aujourd'hui disparus. C'est un minuscule hasard, un tout petit signe qui ne veut rien dire. Bon anniversaire, Laura. Ne t'inquiète pas, n'y prête pas attention, on s'en fout tous les deux.
C'est ici, pas loin, qu'il faudra un jour que je crée le cimetière des amours mortes.