juin 25, 2005

2, 3 choses que je sais

963S5190.jpg

Elle a des canines de vampire & des oreilles adorables. Elle est italienne & vit à New York.

Aux environs de02:21 AM

juin 21, 2005

facon postlogue

En résumé, sans s'apesantir, en vrac.
On a fini avec Giulia sur la plage cabourgeoise, on parlait de voiliers, elle sur la Mediterrannée - elle qui trouvait la mer face à Cabourg emmerdante et triste, j'ai dit romantique - moi sur l'Atlantique, elle aime ça, d'accord pour partir, la Sardaigne, parlé de l'Irlande, on s'est mis d'accord sur Valparaiso. A la fin elle veut des enfants et une vie de famille, avec son mec, aventurier parfois français, j'ai pas insisté, on a parlé de sa soeur, qu'elle aimerait tant faire sortir de Milan, brune aux yeux bleus (façon Giulia), j'ai dit c'est intéressant. Milan la haute couture et les bagnoles racées, ca me va aussi, les italiennes et leur accent aussi, à voir, Giulia.
(...)
C'est une histoire qui se termine bien, avec fin sur les sièges en cuir d'une Thunderbird rouge de 1955.

Aux environs de05:57 AM

juin 01, 2005

Anniversaire

Tina (27 à l'encre noir sur son passeport, 28-32 au bleu de son jean, photo à l'appui, jambes longues sous taille fine, peau délicieusement blanche, le souvenir du visage s'estompe doucement, restent les impressions quadri), à demeure quelque part entre Bergen et Kirkenes, sur un ferry noir et rouge, à l'ancienne façon liner ; j'aurais tant aimé voir les photos de la maison de Trondheim, la vie d'une Norvégienne ; passer une nouvelle fois le cercle polaire et s'enfermer dans les fonds, troisième hublot tribord, traverser une nuit artique dans des bras à la peau délicieusement blanche.
Le système automatisé d'un serveur situé dans une grande salle en banlieue parisienne m'informe que le domaine 'ouahad.com' arrive à expiration dans 7 jours, je ne sais plus - très exactement, avec précision - ce que veut dire tout ça, ce ouahad.com et ce qu'il abrite. L'email conseille de renouveller, un an encore, il y a un an Tina esquivait un dernier verre sur le pont N°7 du ferry au soleil de minuit, à regarder le soleil rebondir sur l'horizon et les chalutiers russes à la rouille sombre et aux vapeurs noires ; nous aurions pu continuer ces conversations dans de longs emails, j'ai convenu - pour nous - qu'il valait mieux en rester là, sur ces clichés paysagés, la scène emoustille un couple de vieux norvégiens, formidable.

Mais l'été, je crois, c'est une italienne aux grands yeux et à la peau mat qui convient, Giulia, JF bien sous tous rapports, poste à responsabilité dans une grande marque de couture, accent irresistible et expressions italiennes à embarquer pour une chambre d'hotel avec fenêtre ouverte et voile blanc, lumière douce pour réinventer la Toscane.

Aux environs de11:51 PM

avril 13, 2005

Théorème

J'ai le ventre qui brûle, ca pourrait etre toi et le manque de toi, mais non, simplement le manque de nourriture et l'alcool qui s'abime sur les parois de l'estomac, dans l'histoire d'amour bidon les symptomes de l'eternel romantisme ne sont plus que de tristes manifestations physiologiques.
Le rouge du Cosmopolitan dans ton verre, l'amer cerise, j'ai envie de mettre les lumières d'un building là-bas dans tes yeux, l'image d'un rêve : un gosse qui dit la lumière la plus forte c'est la lumière de la terre au carré, un drôle de rêve et toute la somme de la lumière dans tes yeux. Tu esquives, tu envoies 'oups, désolée', on s'est manqué de peu, une déviation d'années lumières.
Et toi de conclure par des 'bref' à n'en plus finir.

Aux environs de12:17 AM

avril 11, 2005

Confidentiel

T'es sybilline ; rien ne predisposait à ce que je t'avoue, désormais j'en ai assez de tous tes mots, désormais je préfèrerais ta voix. Devant les filles glacées sur fond dorée je devine que l'aventure se finit, timidiment, l'air de rien. Tes mots mon amour ne valaient déjà pas grand chose, j'ai cru à des abrévations. Désormais je vire les adverbes : evidemment, certainement, et toute la bande.
Pour une nuit avec toi, laisser un message après le bip.

Aux environs de11:36 PM

avril 01, 2005

A/R Vladi

li1.jpg

li2.jpg

Histoire de script. la fille a un prenom de princesse galatée, un truc doux avec des l et des a, Lilya, qu'il faut répéter plusieurs fois sans bruit avant d'êre sûr de le prononcer correctement, sans l'ecorcher, parce qu'elle est adorable. Un sourire à tomber, cet air de savoir exactement ce qu'elle fait, pourquoi elle est precisement ici, à cet instant, et le moment d'après un peu paumée, murmurant son micro à ses lèvres et les doigts sur le casque, des mots - de trop - à un real fantôme. Lilya, il y a quelque chose avec tes apparitions et tes disparitions, t'es fringuée en noir, cachée dans le noir, t'apparais avec tes grands yeux, cheveux attachés, lunettes sur le bout du nez (et là c'est limite trop, Lilya y'a rien de plus émouvant, émouvant).

Il y a une histoire avec les scripts girls, l'air discret un peu mutin de ces filles planquées sous leur casque, de celles qui font ce qu'elles veulent comme si la scène leur appartenait, joueuses, un peu. Et si Lilya se fout de jouer ? probabilité élevée, façon quasi certitude que la princesse stellaire a d'autres preoccupations.

Lilya, le genre de fille impromptue qui disparaissent en fade out sur les génériques de happy end, à emmener dans le trans-mandchourien jusqu'à Vladi là bas, histoire d'être sûr d'avoir le temps de l'embrasser jusqu'à plus soif, avec le billet retour pour en profiter encore un peu.

'Je n'ai aucune gêne à me dire qu'on va faire l'amour dans des draps qui n'ont connu qu'Emma. C'est fini tout ça. Les scrupules, les musées vivants, les sentiments fossiles. Je garde tout, je ne renie rien, mais je fais du neuf' (Didier van Cauwelaert dans cette très drôle 'Evangile de Jimmy', Jimmy, américain de son état et clone génétique de Jesus.)

Mais si tu veux Lilya, je te raconte la suite, et tu sais, l'amour on le fait où tu veux. Je t'emmènerais bien loin, et tant pis si ca veut dire enlever ton casque d'assistante real, de script girl, ou quoi que ce soit, et qu'est-ce qu'une princesse etoilée fait avec casque sur les oreilles ?

(les images ne rentrent pas dans la page ; on pourrait mettre sur le fait que j'ai perdu l'habitude, que j'ai pas fait attention. Mais ça n'a rien d'étonnant : Lylia n'a aucune intention de se laisser faire, alors se caser dans une page, pas son genre. Je la vois bien dépasser, et c'est bien ainsi.)

Aux environs de05:39 AM

février 26, 2005

alors tu t'en vas

J'ai encore, là devant sous les yeux, cette vieille photo à la def insuffisante, le joli sourire sans grande assurance et le visage trop contrasté, brune au cheveux longs, il aurait fallu déboucher à grand coup de reflecteur, mais qui savait, alors, il y a toutes ces années ? Je redécouvre en poussant photoshop dans ses derniers retranchements des détails que j'avais oublié, un minuscule grain de beauté dans le cou, le contour des lèvres à peine irrégulier, touchant. Mais, mais on ne saura pas ce que ca aurait donné et photoshop a ses limites, peut-être dans dix ans, ce soir la photo se pique de pixels rouges, verts, bleus, paillettes qui se mélangent aux détails réapparus.
Cette autre photo, t'as autour du cou le ruban noir d'un appareil à images et un coca, avec la paille et tout, que tu tiens tout près de ta bouche.

J'ai pas cessé d'esquisser des histoires formidables avec des filles exceptionnelles qui finissent toujours entre rien et pas grand chose, avec pour seule trace bien souvent un dernier sms avouant 'pas ce soir' et signifiant 'jamais', parfois elle, parfois moi. Des histoires tristes quand elles ne sont pas glauques, de celles qu'on envisage en bord de mer et qui s'oublient à prendre un dernier verre dans un café pas loin, parce que, le bord de mer, pourquoi pas, mais là, ce soir, vraiment... parfois elle, parfois moi. Le bord de mer qui nous a pas attendu lui s'en fout, pendant ce temps là que l'on s'ennuie, à se dire 'alors', à réfléchir à ce qu'on n'a pas déjà dit, ce moment difficile où l'on n'en est plus aux premiers balbutiements tout emoustillés, pas encore aux discussions routinières et rassurantes. Cet entre deux un peu vide, rien à dire, entre nous. Et l'on se retrouve à regarder les tables à côté, à dire 'et au fait', 'voila', 'bref'.

Il y a l'histoire d'une jolie blonde televisuelle, excitante comme dans un teen movie, qui envoie des sms adorables, invitations sexuelles ou romantiques, les deux souvent, et qu'on finit par retrouver au bar d'un grand hotel, un soir de saint valentin, à se demander, entre deux sourires et deux coupes de champagne, ce qu'on fout là, avec cette fille trop jolie, et l'on oublie presque toutes les autres, celles qui n'ont pas donné suite, mais tout est dans le presque. Le syndrome 'et après'. Alors la fille se lasse, retourne à ses aventures televisuelles tardives, elle se demander deux ou trois mois pourquoi cette histoire bizarre et pas finie, tant pis pour les aventures de bord de mer et le Brésil, ses chats et ses voitures resteront dans le nord ouest de Paris.

Et puis cette histoire qui n'en finit pas, où l'on parle un peu d'être amoureux, un peu plus qu'un peu même, cette histoire sans fin (deux ans, darling : "Cette histoire mal commencée a des conséquences inattendues de jour en jour, rebondissements, surprises, révélations, je te confirme ton caractère d'aventurière indisciplinée"), qui se finira peut-être tout aussi mal, par un sms auquel on ne répondra pas, par un email laconique, par un dernier rendez vous à la brasserie pas loin, mais qui, tout de même, pas mal, pas mal. On en fait quoi de cette histoire ? elle aime pas en parler, elle aimera pas que j'en parle.

Aux environs de11:04 PM

décembre 24, 2004

Elle minaude

Elle a un visage de chat, un nez minuscule et de longs cils. Définitivement mignonne versant plus.

Ca ne commence pas exactement comme ça. D'abord la JRI d'une chaîne cablée, croisée trop succintement espace Pierre Cardin, profil photographié pour archives mélancoliques, larcin sans trace. 7h du matin, quelques jours plus tard, les yeux embrumés, la fille a sa caméra à l'épaule Gare de Lyon ; puis elle someille dans un TGV, imperceptible duvet qui se devine soleil rasant la commissure de ses lèvres, mèche blonde sur les yeux. Mais surtout il y a juste derrière l'envoyée spéciale d'un magazine inconnu, journaliste timide au visage de chat, aux grands yeux et à l'air inabordable donc irresistible. Elle c'est Axelle et elle ne sait pas au juste pourquoi elle se retrouve dans la rame bondée d'un TGV vers les Alpes. Et c'est d'elle dont il est question.
Il faudra un peu plus de 36 heures pour la convaincre de se laisser embrasser, grands yeux masqués derrière une paire de lunettes de soleil bon marché, lipstick fraise.
Avant il faudra stratégiquement calculer la place qu'elle choisira à chaque remontée mécanique pour se retrouver à son côté, l'entraîner avant chaque dîner officiel dans une conversation sans fin pour que naturellement elle soit obligée de partager le menu, deviner l'heure à laquelle elle se réveillera pour petit déjeuner en face d'elle (elle prend du chocolat chaud et des croissants qu'elle tartine de nutella) , ce qui n'est pas le plus difficile, la salle de bain de la chambre 27 jouxtant celle de la chambre 26, il suffit d'entendre la douche et puis, plus tard, la clé dans la porte qu'elle referme.
Axelle adore New York dont elle ne se souvient pas très bien (c'est une statistique personnelle, c'est le cas de 75% des filles dont il est question). Elle part à Venise quelques jours, elle parle de Dubrovnik et de Stockholm, mais il faudra quelques heures de plus et poser les questions les plus improbables pour deviner, sans certitude, qu'elle n'y va pas accompagnée.
Il faudra attendre la fin des projections, une remise de prix ubuesque à presque trois heures du matin avant de lui proposer une dernière cigarette, puisqu'elle dit qu'on ne se reverra pas, puisqu'elle part trop tôt le lendemain, pour finalement ne pas attendre qu'elle ait fini de donner son numéro de téléphone pour la prendre par le bras et l'embrasser, fermer la porte.
C'est une drôle d'idée de partir à Venise quelques jours en décembre, elle n'aura pas besoin de son lipstick fraise là-bas, mais lundi, à Paris, peut-être qu'elle en aura.

Aux environs de08:34 PM

décembre 19, 2004

Parme

Ines a des robes aussi échancrées devant que derrière, des robes noires qui la cachent à peine, qu'elle recouvre alors de fourrure quand elle hèle un taxi, fin de soirée. Ines cokée à 16 ans, quel âge maintenant, aucune idée, elle alterne les sourires soulignés de ses yeux qui brillent et des absences assorties de moues inquiétantes, Ines allume, consomme parfois, elle se déhanche passée l'entrée, un peu mannequin, un peu junkie, un peu paumée, sait pas où elle va mais semble vouloir y aller, trop vite. Ines n'est pas jolie mais follement excitante, une bouche qui forcerait à quitter ses yeux pour s'y poser, la dévisager, elle semble s'ennuyer, mère à ses côtés, boit, des minets russes tournent autour, fricotent. Ines a la conversation courte, se lasse, balance 'gimme fire' avant de traverser la rue en courant, de s'engouffrer dans un taxi, il fait pas beaucoup plus de zero, la fourrure à peine sur le cul, ses jambes blanches qui dansent dans le noir. Ines a des airs de fille de la nuit et des canines pointues qui la feraient passer pour un vampire échappé d'un film de Carpenter.

Aux environs de11:35 PM

décembre 05, 2004

Velours noir

A reprendre des séries d'histoires d'amour courtes, on en reviendrait là, Fanny, vingt ans pas beaucoup plus, aucun souvenir de ce qu'elle fait, ivre et paumée au cocktail rouge VIP d'un cirque russe de la peripherie est. Quelques heures plus tôt l'idole adulescente a fait le patin trop fardée sans chanter, sourire aux lèvres, culotte sortie, voila pleine page dans Voici, idem Hola. Fanny s'en fout, alterne les coupes de champagne avec des vodka orange, se demande si l'actrice qui a fait la couv d'Elle part prendre de la coke. Elle revient, bouscule, paumée, ses yeux brillent, Fanny rit. Sent l'alcool. Fanny sous son chapeau cache une frange et ressemble à la môme Gainsbourg, limite jolie, une jolie fille est emmerdante à regarder mais une fille presque jolie est émouvant, Fanny n'en est pas là mais mignonne, jupe sur jean, trop d'argent, parle de son père. Deux mannequins à côté et JF, photographe d'agence les photographie à grand coup de flashs, elles rient et s'approchent ; Fanny les trouve jolie, JF finit par arracher un numéro de téléphone sous le pretexte de photos, comment s'appellent ces filles ? je ne suis pas d'accord avec Fanny sur laquelle des deux est la plus jolie, Fanny pense qu'elles sont ensemble, de toutes façons, elle laisse tomber ça comme une conclusion, quelque chose de définitif, les filles s'en vont.

Fanny a sombré à un moment de l'histoire et n'a pas donné suite, elle souriait pourtant en insistant sur son numéro de téléphone, faisait un effort pour se souvenir de chaque chiffre, répétait, finissait par l'entrer elle-même, c'est une règle importante et qui se vérifie chaque fois, il faut toujours embrasser les filles tant qu'il en est temps.

Aux environs de09:50 PM

novembre 24, 2004

Unisafe

Après tout bien sûr c'est sans doute elle qui a raison et moi qui m'en fous un peu.
Il sera toujours temps d'attendre, tes manifestations chroniques seront pour plus tard.

Ce soir, alors, j'envisageais Agathe. A Saint Germain Les Deux Magots sont relookés aux couleurs de Montblanc, en pretexte se pose l'Unicef, l'illetrisme, les enfants. Peu importent qui se presse sous les tentes et les étrangers désabusés qui s'en iront un peu plus loin. Agathe a froid, enrubannée d'une grande étole, puis d'un manteau, il faut lui ramener quelques coupes de champagne. Il est assez difficile de savoir avec exactitude de savoir ce qu'elle fait là, stagiaire attachée de presse, débarquée à Paris il y a un mois à peine, un peu perdue et pas très au fait de ce qu'il faut faire, dire, définitivement désabusée quand le présentateur JT passe sans lui répondre, terrorisée quand une mini bande de mec en solitaire vient essayer de foutre la merde à l'entrée.
Il faut préciser - même si ça paraissait évident - qu'Agathe a tout du genre adorable, grands yeux noirs et mèche qui les cache à moitié quand elle se tient de profil, lèvres qui brillent sans gloss à croquer.
Agathe s'envisage et il y aurait à dire, mais plus au calme ce serait mieux et les miroirs des Deux Magots sont pleins d'emmerdants et de vieilleries en tout genre, Agathe, on se tire, d'ailleurs elle a le temps avant huit heures demain et ses cours à la Bastille, d'ailleurs elle ne bosse pas demain soir, non, pour aller prendre un verre, ah, mais son copain n'est pas d'accord, dit Agathe qui détourne la tête en riant, un peu gênée, je me tire seul, pas grand chose en poche, une photo d'Agathe, qui appelera peut-être. Les chances sont extrêmement minces.

Aux environs de01:28 AM

novembre 23, 2004

message

Darling,

je ne sais pas, peut-être viens tu ici parfois.
Que reste-t-il à faire ? situation desespérée.
Puisqu'il ne suffit pas de demander à voir, que l'histoire est une litanie de fiascos et d'idées géniales finalement foireuses, qu'évidemment tu n'as aucune confiance, et pas plus en toi qu'en moi,
je n'ai plus rien à ajouter. Peut-être.
Désolé aussi pour le côté enième bouteille à la mer, appelle tout de même, j'attends toujours mais le dis plus.
C'est même pas sûr que tu reviennes ici, mais ça vaut la peine, dire que tu manques.
Parce que non, darling, c'est pas juste pour coucher avec toi, j'envisage aussi le réveil et la journée qui passe l'air de rien.

Aux environs de04:17 PM

septembre 30, 2004

Concordance des temps.

L'envie se lasse aussi.
Je recycle, aussi, tout ça date d'une semaine et ce n'est que maintenant que j'extirpe ces bribes des drafts dans lesquelles elles se trouvaient plongées. Les situations n'évoluent pas plus vite que les sentiments, il reste du vrai. La musique change. Franz Ferdinand s'amuse sur Cheating on you. Mais pas très fier, finalement. Ce qui veut tout dire. Et sur OuïFM en grande banlieue parisienne j'entends Noir Désir et les Strokes. Ambiance.
Il y a une semaine, donc, c'était :


Inventaire.
Musicalement, Joey Ramone n'en finit plus de s'enguimauver sur Bye bye Baby et Sandy Shaw se dandine pieds nus implorant un improbable pardon en chantonnant Rosegarden. Ella Fitzgerald dialogue avec Duke Ellington de Mack the Knife

Laisser une fille prendre son avion après l'avoir retrouvée dans le hall sordide du terminal charter. Troublée de l'imprévu - et ce que je fais là, je me suis posé la question, lent retour, embouteillages et taxis diesels, allure de marche funèbre sur l'A1 - effrayée par les avions sur le tarmac dont on n'aperçoit que les queues.
Elle s'endort bord de piscine. Il n'y a plus un nuage. Et dans le ciel les trainées qu'on devine ne sont pas pour elle, elle qui ne rentre pas dans l'immédiat, qui délaye, délaye. Elle informe langoureuse que tout va bien, ici - là bas.

A Paris une fille annonce desespérée qu'elle n'est pas admise au conservatoire - mais il est tant de filles à Paris qui rêvent d'être actrices qu'il faudrait en faire le sujet d'un film. Je connais des actrices qui travaillent dans des laboratoires pharmaceutiques et d'autres qui passent leurs journées dans les magasins de luxe de l'avenue Montaigne, des actrices qui servent le soir dans les bars et d'autres qui traversent Paris un parapluie de guide à la main. Elle oublie sa déception dans du rhum sucré, journée chaude et moite, surprenante. Mais ce n'est pas encore tout à fait certain.

Il y a une semaine, c'était elle qui donnait des nouvelles. Situation ubuesque, fille perdue dans un cybercafé marocain. Fille perdue à Djerba - et autant de raisons de détester l'île. Alors même qu'une autre s'envole pour - coincidences d'aéroport. Souvenirs tunisiens, egyptiens, marocains. Vous m'emmerdez à la fin avec tout votre soleil et vos envies de vacances. Je n'aime que l'océan, très peu pour moi vos mers fermées.

Tout ça pour essayer de dire - il y a une semaine mais ce n'est pas mieux aujourd'hui - que ça m'a fait plaisir, avoir de tes nouvelles, quelques mots, toutes ces conneries. Tout ça pour te dire aussi que je n'en pense pas un mot, que ce n'est pas assez. Que je veux pas de tes nouvelles, que tes nouvelles m'emmerdent. Je te veux toi. Même en transit et même, pas sûre de l'embarquement.

Tout ça pour dire. Proposition pour WE au bord de la mer. Soleil pas garanti mais dépaysement assuré. Offre limitée à ta personne. Tu signes ?

(Je réclame l'inscription d'un droit au larmoyant dans toutes vos constitutions.)

Aux environs de09:35 PM

septembre 25, 2004

In the legs

Je t'imagine sur une chaise en plastique du terminal T9, attendant un vieux Boeing 737 ou approchant, sièges grinçants et lumières hésitantes au décollage.
J'ai pensé m'attacher sur la piste avec "Love Story" à la flûte de pan en boucle. A cinq heures le pilote aurait à peine ressenti le sursaut du train avant. Et le lecteur mp3 de survivre, Francis Lai de faire la une ?
T'es désolée (partir ainsi) mais moi aussi. Mais pas tant que ça et les tunisiens baisent mal, voilà l'info de source sûre, tu gagnes pas au change. La Suède t'a pas suffit ?
Dans Paris les autres s'embrassent même quand il pleut : les lieux ne changent pas, je n'ai rien dit, il n'y a pas de loi contre ça.
Un lundi au soleil, peut-être avec toi, c'était si près.
75% des filles d'ici parties voir la mer et Paris est gris et celle qui reste ne répond pas.
Et celle qui manque, Tina. A quoi ressemble Tina, ravissante norvégienne ? Morceaux choisis.

a.jpg
Il est 2h du matin à Alesund, les deux propulseurs d'étrave éloignent lentement la proue du quai, il est question de marsouins, comment dit-on marsouin en anglais ? Porpoise.

b.jpg
Sur le pont supérieur désert, Tina veut rester quelques instants, et puis redescend, il fait froid, elle a froid. Trop de vent dans ses yeux, fait briller ses yeux.

c.jpg
Il est 11h du soir, elle a fini son service, enfin, à la passerelle, a-t-elle le temps, pour un verre ?

d.jpg
Début d'après midi, Levi's taille 28 32, ces sourires grand format accompagnés de "yes, yes, yes" vont me manquer. Il était question que Tina vienne à Paris. Tina, qui vient d'acheter une maison avec son boyfriend, ne donne désormais plus beaucoup de nouvelles.

Aux environs de09:17 PM

septembre 23, 2004

Camisole

Elle - la fille, il en est question - provocatrice, se barre, départ en vacances, elle laisse un mot laconique : Djerba. Cette saloperie d'île, où il fait trop chaud, où la mer est grasse et grise comme une piscine bulle municipale. Plus de mauvais souvenirs que de jours passés à y tourner en rond - et que faire sur une île quand on n'y règne pas ?
Elle s'en va, une fois de plus (une fille de plus). Envie de voir une fille qui esquive, donner rendez-vous à une autre - un film français ? et Tom Cruise, alors ?? - une troisième écoute le claquement des drisses contre le vent. Pas de BMS aux Sables d'Olonne ?
A quelques minutes sur un plateau, une fille de 23 ans maquillée pour en paraître 16, minaude. En rappelle d'autres.
Et si tu lis toujours tout ça.. tu me détestes ? mais si t'étais là, aussi, je serais plus sage.
Et les photos se dissolvent, l'adorable ixus d'avoir rendu l'âme entre un patrouilleur de la marine et un ponton anglais. Et moi avec, mais la fille exquise s'en fout, alors.
Errements d'un mois de septembre moite.

Aux environs de08:19 PM

août 31, 2004

Finale

Finistère course au large. A Port-la-Forêt trois Anglais discutent, sur la table les clés d'un bateau. En face les mats sans un bruit, vent nul. Tour de Bretagne au départ de Cowes ? Dans quinze jours je fais la traversée en sens inverse, traversée des plus inattendues sur une frégate de la Royale.
Une chambre, je me demande à quoi pense un VRP à ce moment là, de quel côté du lit dormir ? Combien de chaînes sur la télé 36 cm ? Peu importe finale de Koh-Lanta.
600 km plus tôt, coïncidence à la façon de celles dont on fait les histoires ici-même. L'ange blond, la fille à l'éclat doré dans l'oeil gauche, rencontre imprévue. Rue Bayard, en face de la radio, la fille déjeune, elle fait du shopping, rentre de tournage au soleil, émission réelle, rien d'inhabituel. Quatrième rencontre, amusant hasard. Elle a encore du sel plein les cheveux. Une idée s'impose, petit à petit. Proposition : vol en monomoteur au coucher du soleil, jeudi soir, que fait-elle ? Un ange au septième ciel, facile. Peu importe, je ne pilote pas et ne fais que profiter.
Les filles se mélangent. Je ne pense pas que Raphaël tienne longtemps debout sur son poteau. Drôle d'histoire.

Aux environs de10:22 PM

août 28, 2004

Un soir etc.

Il ne reste que quelques heures avant de partir. Dans trois heures exactement direction Fécamp, la mer et les grands multicoques. Peut-être que la chance sera là, qu'un autre chavirera et qu'il y aura d'autres images à faire, des photos à facturer.
A Vincennes nous avons écouté Delerm larmoyer sur des considérations norvégiennes et d'autres histoires de thés et d'autres histoires anciennes, c'était inattendu - et vous, mademoiselle, vous vous souvenez de ce SMS envoyé un dimanche après midi, reçu aux Buttes Chaumont, il y avait du soleil.
Dans ce grand appart trop blanc et trop grand nous avons parlé de vieilles histoires. Un taxi est venu à 1h20 et tout a changé ; tout à coup valait-il mieux les maréchaux ou le périphérique ou encore l'intérieur ?

Ce soir. Une fille qui n'en finit pas de s'effacer, une fille avec une histoire un peu d'amour - rien à foutre - une fille cutic - she says so - a sad story - nyc and the maine, anyway, anywhere. Une autre qui n'en finit pas de partir, cabotage de port en port, descend la côte et de Bretagne vers le sud, un bassin, Archachon, non. Que faire - j'envoie exquise esquive, sans réponse. Une autre encore qui ne sait pas, coincée dans un second arrondissement trop petit et je n'en sais pas plus, une invitation à goûter des pâtes (facile), un week end reporté, baisers un peu manqués, monter cinq étages, embrasser, descendre, monter, etc. Vautré sur les draps en satin, lire Elle.

Dans Elle, un reportage sur Tel Aviv.
Souvenirs d'une fille, les plages de Tel Aviv, maillot bikini et verres de vodka déguisés, peau blanche et dorée, mèche et yeux plissés, trop de soleil mademoiselle. Bien commencée, une histoire foireuse baclée en 150 pages déposées dans une boîte aux lettres. Elle est désormais diplomée, métiers du livre et édition (bdx, 2 juillet 2004, Google). Je vous emmerde.

Des parenthèses amoureuses - non, rien. Truc amour esquissé - elles lisent, précautions rigoureuses - des histoires sans trop d'avenir. C'est presque septembre et je ne sais pas à quoi bon embrasser les filles. Encore ?
Trop de vin et trop de cigarettes et trop de vendredi soir. Et de samedi matin. Partir dans trois heures. A Fécamp les trimarans attendent.
Message personnel pour une fille, cheveux blonds et collection de lunettes de soleil : Fécamp tu connais pas non plus, si ? Demain sur une vedette, vent et mer agitée (sel dans les cheveux et sur les cils, lèvres sèches et yeux qui pleurent). Tu viens ? Tu manques encore, parfois.

Jeune fille, c'est quoi le temps à Arcachon ?

Aux environs de02:21 AM

août 05, 2004

Norvegian Wood

Darling Tina,

ainsi je vous l'avais promis mais nous ne nous y attendions pas, encore moins vous, surprise autant que mal à l'aise, attachant vos cheveux en vous mordillant la lèvre - était-ce le stress ou bien pour la rougir ? - vous finissiez par vous plier à l'excercice et quelques instants j'ai fait de vous ce que je voulais (ne vous méprenez pas, c'est une expression.)
Ainsi, même si vous n'avez, semble-t-il, pas pu m'obtenir cette cabine à bord en permanence - et pourtant nous aurions pu partager cette suite, non ? j'aurais même fait semblant, les premières nuits, de me contenter du canapé bleu - ainsi donc, votre visage souriant et la veste que vous aviez enfilé - celle aux galons argentés - darling, vous imprimée en quadri, il faut croire que vous donnez envie (encore une fois, il ne s'agit que d'une expression, même si.)

Ce que je préfère, je crois, cette chouette barette toute simple que vous mettiez pour retenir votre frange.

Ainsi, mais vous l'aviez admis vous même vous êtes incontournable à bord, cette photo sur laquelle vous souriez et me regardez, en page combien ? Désirez-vous la légender ? Tina, adorable responsable des excursions, parle aussi bien allemand qu'anglais, murmure quelques mots de français. Vous venez à Paris ? Allez-vous changer les statistiques ? pensez-vous que vous participerez à accueillir davantage de passagers français ? Voyez comment cette histoire d'amour se termine.

Darling, vous savez que vous n'êtes pas la seule fille amoureuse de New York et même à Paris, sur les bords de Seine, il est si facile de parler de Coney Island. Vous venez ? Vous avez quitté Stamsund à 19h30, arriverez à Svolvaer à 21h et puis ? Avez-vous d'autre passager qui vous offre des verres à 23h et vous attend parfois jusqu'à 1h ? Prenez garde aux italiens.

Il y a en ce moment même une fille coincée dans les embouteillages et nous allons parler de fjords et de soleil de minuit et de villes qui ne dorment pas de l'autre côté de l'Atlantique, assis en bord de Seine. Darling Tina, j'ai toujours autant de questions, et pourquoi n'y a-t-il pas de volets aux fenêtres norvégiennes ? J'ai beau zoomer, aucune réponse dans vos yeux.

Aux environs de08:38 PM

août 04, 2004

Remix, donc

Alors c'est désormais une évidence, le retard s'accumule et les histoires vanish avant même d'être esquissées, la faute à cet été branlant aussi, où l'on ne sait plus quoi faire, la question n'en finit pas :mais est-ce qu'il fait beau, mais quelles sont les questions que l'on se pose l'été, et pourquoi les filles sont elles en jupe est-ce que ce sont les mêmes, et si les jours sont plus longs alors pourquoi le temps passe-t-il plus vite, les histoires sont plus faciles non, celle d'une fille adorable et jolie aussi revenue de Berlin sur de la pop allemande, qui veut voir les fjords norvégiens et pourquoi pas le transsibérien, une fille qui murmure qu'elle aime bien les White Stripes, alors il faut l'embrasser sur un remix d'Alizée, ça fait beaucoup en coincidences, clichés roses - goût de fraise - mais enfin, tout à fait le genre/adorable.

L'histoire d'une chouette fille aux yeux qui brillent - évident - avec ou sans suite et peut-être avec elle - il faut écrire vite et ne pas lui laisser le temps de lire - mais aussi la fille blonde qui ne s'attache pas les cheveux, un chat sur son tee shirt, ça n'a l'air de rien mais on sait à quoi ça tient, ces histoires, sans compter qu'un peu plus tard, sans compter la script qui s'appelle Steph et promettait des calins un mercredi soir un peu triste, il faudra terminer tout ça d'une façon ou d'une autre. C'est triste un mercredi et c'est vrai que Paris est endormi et les portables eux-mêmes sont en vacances, il n'y a pas grand chose à faire mais laisser aller. Comme la pop allemande, on ne comprend pas grand chose mais c'est sucré, ça suffit.

Aux environs de01:51 PM

juillet 23, 2004

Façon

Hey p'tite blonde.
t'as vu l'histoire qu'on se fait là, les plans qu'on se traîne ? Tu vois bébé - mais t'as pas une gueule à t'appeler bébé, t'es la fille la plus chiante, sur Paris et alentours j'ai pas trouvé mieux, t'es à me faire balancer des téléphones contre les murs et des roses sur ton interphone, pétales sur l'alu brossé, tu vois l'image au ralenti. Dis-moi tes idées pas possibles, ce qui y'a et ce qui empêche.
Parce que là c'est pas une histoire de serveuse, le bar est pas fermé et quand tu bois - quoi ? - un truc sucré avec rhum et zeste, tu penses pas à moi ? Et tes clopes dorées de duty free - que t'es allée chercher où ? - tu penses pas à cette nuit en fumant tes lights américaines ? T'en as pris combien des cartouches sous ta casquette dans l'autre grande ville, là-bas tu pensais à quoi, je t'ai pas croisée, un peu imaginée, marchant en plan séquence, t'allais bien là-bas, je te voyais les mèches coincée sous un bonnet, j'ai pas cherché une casquette - à quoi ça tient, les grandes histoires. Miss perdue comme Sue dans ce film, ton plan déplié et toi paumée, à quelques blocks, à quelques heures, tu fous quoi dans cette rue, tu fois quoi dans la vie. Maintenant ? Après ?
Des verres et des clopes, et tu vides ton verre dans le mien, je te regarde et tu lèves pas les yeux et parfois croisement furtif, tu soutiens pas, tu te souviens pas ? Des soirs et des nuits et des matins et un moment où t'as décidé qu'il fallait partir. Arrêter. Comme un jeu ? Façon il faudrait tout recommencer, une histoire à réinventer tous les mois, un truc qu'en finit pas, on aurait pu trouver ça bien, j'ai mal compris. J'ai plus dormi chez toi et sur tes murs blancs tu dis que t'as rien accroché. Blanc c'est bien, mais c'est triste. Toi en noir sur fond blanc, je t'éclairerai bien, sur la mèche là, juste un reflet, mignon, façon Harcourt. Façon BB dans le film, façon Capri et ses murs blancs, je crois que t'aimes les contrastes.
Je t'envoie quoi, tu me manques et moi vouloir dormir avec toi - et t'es chiante même quand tu dors, là façon bébé, écartant les bras, sur le ventre, grognement. Une autre nuit, mademoiselle, pour vérifier. Je te taperais que ça en valait la peine, y'a ton odeur sur le tee shirt trop grand et ça pue le shampoing dans toute la salle de bain et t'as laissée la cafetière allumée. Les filles oublient des pulls noirs, mais elles s'en foutent parce qu'elles en on plein. Elles le font exprès mais elles le disent pas. Elles l'enlèvent un soir sur un canapé et elles le laissent pas loin d'un lit. T'as fait exprès ce soir là ?

L'histoire on la changera plus, tant pis pour le pas terrible, demain, bébé - c'est vendredi? - tu fais quoi ? Tu connais Ouistreham ? J'ai jamais vu mais sur la carte c'est pas si loin, Ouistreham, bébé, on bouffera des huîtres en buvant du vin blanc et sans payer. T'aimes les huîtres ? Tu crois qu'il y en aura, là bas ? Oui, évidemment. Deux heures à peine et on ira faire un tour sur ces voiliers que t'as manqué y'a deux ans, tu vois, n'importe quoi cette histoire à facettes sur une boule qui tourne trop vite.
Là le soir sur des chaises en plastique il restera l'odeur de frite et sur tes doigts l'odeur de clope et sur les miens la tienne, peut-être aussi un reste de shampoing, un parasol qui s'envole, et la lumière qui tombe sur les huîtres. Demain, une vingtaine d'heures, pour vérifier que ça vaut la peine. Ouistreham, mon amour, c'est pas le bout du monde mais c'est un bon départ. Un port, tout est possible tu vois, et même l'improbable, et si t'as le mal de mer, ou à cause des huîtres, tu dormiras dans le carré, t'auras moins de place pour faire le bébé mais je te promets de lofer sur les crêtes pour pas que ça bouge trop.
Tu vois l'histoire entremêlée, la grande ville là-bas sous la neige et les pontons à Ouistreham, peut-être que ça aurait de la gueule, comme ça, avec ta mèche, p'tite blonde. Mais qu'est-ce que t'es chiante. Tu m'en veux ? Tu viens ?

Aux environs de01:45 AM

juin 29, 2004

Summer Route

Darling,

j'ai bien reçu votre email. Vous passez le 70° parallèle et utilisez l'Inmarsat, facturé quelques dollars à votre compagnie. Vous me parlez du ciel gris et je vous imagine derrière votre bureau, occupée à taper ces quelques lignes tandis que quelques passagers allemands ou italiens attendent, discutant haut et fort, vous ne les remarquez pas. Vous parlez de descendre vers le sud et je me demande si vous avez ce matin attaché vos cheveux ou ramené votre frange sur la gauche à l'aide d'une simple barrette bleu métallisé. Peut-être aussi le vent a-t-il tout emmêlé et vers 7 heures ce matin avez-vous finalement pensé qu'une queue de cheval serait plus appropriée.
Ainsi you came back onboard the very day I wrote you and it was nice to hear from me because you had a lot to do then.. Vous ponctuez cette phrase de ces deux petits points, ce qui vous semblera un détail, une amusante coïncidence dont je ne vous parlerai pas. Ces deux points sont en cela plus évocateurs que trois qu'ils laissent vos mots en suspens, un murmure sans conclusion.
Vous m'imaginez déjà à New York où vous aimeriez tant retourner, la ville vous manque, pourquoi n'en avons-nous pas davantage discuté, là-bas il ne pleut pas et les coques d'acier brûlent sous le soleil, voulez-vous marcher pieds nus alors je vous imagine accoudée au bastingage sur cette photo que nous n'avons pas faite, alors je vous revois votre main posée sur le front, visière improvisée pour vos yeux bleus au soleil, en officier de la marine marchande, un peu plus bas en témoignaient sur votre bras, ces quelques gallons argentés brodés. Mademoiselle je suis bien loin de vous et de New York. C'est une terrasse parisienne et il ne reste qu'une question qui ne trouve pas de réponse, porteriez-vous ce jean bleu clair taille 28-32 et cet adorable pull mauve sur une chemise blanche ? Je vous en prie, répondez-moi. Laissez à bord cet autre pull en laine, j'ai commandé pour vous un thé, il refroidit, dépêchez-vous. Vous espérez pouvoir venir à Paris prochainement, vous mettez définitivement trop de conditionnel dans cette phrase, vous ne devriez pas conclure par ce smiley perturbant.
Darling, vous me semblez décidée à accrocher dans votre cabine et dans le grand salon du pont N°7 ces photos que je vous ai envoyé, avec l'autorisation du commandant. Je ne sais que penser de votre idée, je préfère ne pas vous avouer que j'ai, quant à moi, quelques photos de vous scotchées sur un mur blanc.
Vous venez de quitter Kirkenes et la frontière russe, vous faites route vers Vardo, que vous atteindrez à 16h00. Vous ne quitterez pas le bord, ce n'est qu'une île ; il n'y a pas un arbre et le pub est hors de prix, croyez-moi. Vous redescendrez vers le sud et je penserai à vous à Alesund, nous ne nous y croiserons pas, pensez-vous toujours que c'était un moustique que vous aviez écrasé dans votre main cette nuit là ? Darling, vous n'aviez pas encore parlé de votre boyfriend ni de cette maison que vous veniez d'acheter. Nous parlions de rideaux aux fenêtres et de votre mère, d'un détail sans importance, de ces maisons sans volets. Les escales nocturnes se succédaient, à 8h15 nous quittions Floro pour Bergen, je vous avouais que vous alliez me manquer et vous riiez, dans ce petit pull mauve.
Je vous laisse à vos 687 passagers, votre thé à refroidi depuis longtemps. J'espère que vous n'avez pas de pluie.

Aux environs de01:49 PM

juin 23, 2004

aléas

Elle a bougé, entre ses mains la bouteille froide humide, elle dit c'est la dernière, la bouteille à ses lèvres, on entend le silence et les bulles qui éclatent contre sa langue.
Le bruit sec de la bouteille sur le parquet, elle s'allonge, écarte les draps, elle regarde dans le noir. Elle veut aller là-haut, murmure à peine, façon soupire. Là-haut où ? Dans les étoiles américaines. T'as pas les milliards je lui dis, pour t'emballer comme ça, les étoiles sont plus jolies vues d'ici, oublie. L'ombre sur le mur, elle lève une jambe. Elle dit les pieds près des étoiles comme une avenue américaine, crever le ciel histoire d'y voir un peu plus clair. Oublie le romantisme du clair de lune, pas de chandelles là-bas. Le froissement d'oreiller, sa tête qui se tourne lentement. Le bruit du briquet, la lueur de la cigarette. Tu vois, darling, les bougies ne s'allument pas. Trop près des rêves, elle demande ? Un bête problème d'apesanteur, mon amour, efface les bougies de ta mémoire.

Sur le mur les images se languissent, un goût de Daiquiri dans la tête, des souvenirs de port. A la fin de l'histoire l'attaché de presse formidable se marrie ; à la fin de l'histoire l'ange blond au casque envoie des calins par sms ; à la fin de l'histoire la petite chanteuse se suicide dans un bruissement de larmes.

Je te dis je sais pas si tu reviendras, ici et dans mon lit. Je te dis faut pas mais je pense que j'aimerais bien. J'échange suédoise un peu mignonne contre chouette norvégienne.

Hier soir, 19h42 à quelques mètres de la ligne 6, une fille adorable court sous la pluie avec un sac Habitat et un autre Cyrillus. La suite est toujours la même, j'ai à peine le temps de l'aider à passer le tourniquet, d'entendre son merci, la fille disparaît direction Etoile, et de la rame qui s'en va vers Nation, sur le quai en face, à travers les vitres sales et rayées, je ne quitte pas ses yeux noirs et sa frange brune, sans suite. Et j'aurais tant aimé savoir ce qu'elle foutait avec son sac Cyrillus ?

Rangée 19 siège D, une fille dort dans un vieux 737 au dessus de Zagreb. La carlingue grince dans les turbulences. Lumières éteintes à 30000 pieds, une fille qui ne dit rien et tremble sur le tarmac en pleine nuit. Une histoire en transit qui se termine près d'un tapis à bagage de CDG. Elle fait la gueule mais quelle gueule, je lui dis que je m'en fous, sur le parking il pleut et l'autoroute est déserte. Sur les maréchaux les feux sont rouges et je griffone sur un carnet ces histoires d'amours transatlantiques.

C'était la dernière, tu sais, il n'y a plus de bière. De la vodka je demande ? Elle dit oui, plus tard, demain, on a le temps. Le temps, le temps, je réponds, elle tend sa cigarette, ses doigts sur ma bouche. Je sais qu'il est temps d'appeler l'ange blond, il faut absolument que je lui demande si parfois il arrive qu'elle se fasse une queue de cheval. Alors, peut-être...

Aux environs de02:16 AM

juin 08, 2004

fin de soir

Port Royal, les yeux d'une fille au carré blond derrière la vitre sale d'un taxi. Il est une heure du matin et le feu passe au vert, nuit sans lune, yeux de la fille qui s'éloigne vers l'ouest, le boulevard est désert, elle rentre.
Une semaine auparavant dans un petit port de Norvège, Tina explique qu'elle préfère nager dans la mer, des raisons de flotabilité en relation directe avec le principe d'Archimède ; il y a quelques heures maintenant, Tina raconte New York, quelques mots pour cinq mois, ajoute qu'elle vient d'acheter une maison avec son boyfriend, l'air de rien, entre deux phrases, alors peut-être finalement qu'il ne fallait pas l'embrasser, peut-être que si, sans doute on ne saura jamais.
Paris, encore, une fille qui envoie des bisous pimentés du Mexique ne répond pas, une fille qui porte parfois un casque audio à moitié sur l'oreille gauche, une vieille histoire qui se finit ce soir, à Port Royal.
Les questions norvégiennes se terminent ce soir là, précisement.

Aux environs de01:14 AM

avril 26, 2004

en fumée

L'histoire commence à cause d'une paire de lunettes fumées. Une histoire de fille qui porte ces lunettes. Je ne savais plus. Quel est le terme exact qui définit ces lunettes façon Beyonce ou Kenza du Loft. Ce ne sont pas réellement des lunettes de soleil, n'est-ce pas, mais elles cachent un peu les yeux ; je referme le livre de l'écrivain chroniqueur qui parle de lunettes fumées et je sais que c'est ça. Il aime les filles qui commandent des White Russians et les filles qui sont serveuses mais pas vraiment. Ce n'est pas d'une grande originalité.

A 14 heures et 23 minutes, devant la porte à battants de l'hôtel, le début. La fille dont on parle descend de la voiture, plus loin le soleil chauffe, la fille en contre-jour, je m'en fous, derrière mes lunettes de soleil elle ne sait pas que je la regarde, tant que je veux, derrière les siennes, fumées, je distingue mal ses yeux, ce qu'elle regarde, elle, parfois rien, parfois moi, aucune certitude là-dessus, probabilité à 50/50.

Ca commence à cette seconde très précise, quand elle se recule, soulève ses lunettes et demande si je l'ai bien appelée princesse, oui, bonjour princesse, ça lui va bien, tant pis si j'en fais trop, elle sourit, elle dit merci, autre chose encore, c'est mignon ou ça lui fait plaisir, un truc de fille. Elle a ce haut blanc pas très joli, ce pantalon beaucoup trop large qui lui va bien, ces vieilles tennis noircies qu'elle garde pour son style, sans plus, dans lesquelles, je sais, elle a des petites chaussettes blanches, façon sport, précis. Petite culotte blanche, autre sujet lors d'une autre histoire.

C'est un jour de profil. Je la regarde de profil, nez et oreilles adorables, à la fin sorti de l'arène peut-on les emporter ? Ses dents aussi, mais s'il faut parler des dents des filles, alors ça devient très compliqué. Il y a déjà tant et tant de dit ; passer le sujet. A un moment très précis, je la regarde elle rit, de profil elle a sa veine qui se dessine à peine, quand elle baisse la tête, sur le côté gauche de son cou, à quelques centimètres, très douce et très droite, un truc formidable, une histoire de vampire, là il est difficile de résister, et, toutes les grandes paroles, les promesses, envolées, juste parce qu'elle rit de profil à quelques centimètres, sa veine adorable, juste pour ça.

Elle demande une vodka pomme, with ice ; et moi un simple coca. Trop de bières déjà, surtout pour un dimanche soir, surtout avant de rentrer, elle aussi mais c'est une fille, et elle s'en fiche, on l'a appelée princesse aujourd'hui, elle s'en fiche des histoires d'alcool et des histoires d'autoroute. Vodka pomme, ce n'est pas formidable, trop sucré, mais le goût de la pomme sur ses lèvres, oui, peut-être que c'est formidable. Je ne sais pas ce que l'on dit à une fille qui porte des lunettes fumées. Je connais celles d'avant, celles qui mettent des lunettes de soleil. C'est presque facile. Elle pioche dans les cacahuètes, fais glisser ses doigts les uns contre les autres pour en faire tomber le sel. Elle attrape des cacahuètes grillées, enrobées - ça a un nom - je lui dis juste ,c'est bon ça, elle répond oui. Tout reste à faire, définitivement. Elle se rapproche, près, trop près, elle s'emmêle les jambes, contre les miennes, un truc étrange, il faudrait à ce moment exact trouver quelque chose à dire, le genre de choses que l'on dit à une fille qui vient se coller contre vous à s'en emmêler les jambes et qui porte maintenant sur le front des lunettes aux verres fumées. Elle est juste à droite, à un toucher de main, pas plus, juste un profil, je cherche cette veine, il faudrait la faire rire. Maquillée les yeux soulignés de noir, terrible, les lèvres brillent, parfum pomme et sirop alcoolisé. Elle est tellement à côté, ce qu'il faudrait faire, ce qu'il faudrait dire, se pencher et l'embrasser, sur le cou sur cette veine, et les lèvres au goût de pomme, lui demander, sourire, c'est quand qu'on fait l'amour. Cette fille, c'est une garce.

Aux environs de01:09 AM

avril 21, 2004

Cross Road

Est-ce que l'on promène un chat en laisse à 2h37 ? C'est ce que semble vouloir dire la jolie jeune fille au chat beige et blanc, croisement Glacière Arago.

Aux environs de02:52 AM

avril 13, 2004

Corail, 3311

Dans un train. J'aime bien l'Allemagne, ça laisse des souvenirs.
Allemagne, l'année du mur une ville du Nord, la pluie sur les toits verts, bruine sur le port, ruelles et béton, le sous-sol d'un supermarché et des linéaires de bières. Allemagne 92, la Bavière au mois de mai, promenades en vélo, Goethe et le Rhin, Eva et Domeneka, blonde et blonde, qui parlaient mieux français que moi allemand. Baiser échangé en haut du toboggan d'une piscine de plein air, des cours qui se terminent à 13h, à 7h le matin déjà en retard, le raccourci sous la clôture, le tupperware déjà gras pas même ouvert, charcuterie, jus de raisin, pomme. Les châteaux de Louis II dans la forêt noir et les après-midi dans un sauna, soirées allemandes, bières et vodka, expérimentales.
L'Allemagne à 17 ans, Gare de l'Est, Julie, cheveux auburn, couleur bon marché, adorable Julie, quelques mauvais poèmes écrits cette année-là, Julie suit des études scientifiques, Julie travaille - google - dans la recherche. Arrivée, Frankfurt am Main, je crois, au milieu de nulle part, à peu près. Centre ville piétonnier, c'est l'Allemagne l'été, des soirées à attendre Julie sur un quai de U-Bahn, rentrer à pied, une heure à marcher, j'achetais Le Monde, parlais anglais. Des lagers allemandes dans des après-midi chauffés au soleil ; Julie avait souvent ce petit haut blanc, chemisier façon garçonne, un truc mignon, un truc à faire des souvenirs. Il fait chaud, goutte de sueur perle sur la lèvre supérieure, elle passe sa langue.
Année commémorative, cinquante ans de débarquement, célébrations communes. Des discussions jusque tard aux terrasses des cafés avec Markus, prof de français, qui me ramène ensuite, une heure de moins à marcher, dix minutes dans sa vieille Golf bleue marine, je lui indique sur mon plan de métro les quartiers de Paris. On parle de l'essentiel, les relations franco-allemandes, la réunification, pas assez de Julie. Comment s'appelait cette fille, blonde et un peu vulgaire, mignonne, juste trop maquillée, jolis yeux bleus, comment s'appelait-elle ? Je ne pensais pas qu'un jour on oubliait les prénoms. Je n'ai retenue que Julie, rentrée avant moi, on a dû se quitter à une fête, je me souviens avoir trop bu, lui avoir promis je ne sais quoi, elle voulait faire du cinéma, un truc comme ça, elle faisait du théâtre et suivait des études scientifiques. Axelle Red venait de sortir Sensualité, j'écoutais Dire Straits et les Who. Cet été là j'ai lu Dumas et Sartre, assis sur la banquette du U-Bahn, revenant de voir Julie, du centre ville piéton, qu'a-t-on fait d'autre, est-ce tout ? Schiller, d'autres promenades en vélo, je n'ai aucune photo de cet été là, quelques images, seulement, suffisantes. J'achetais des cônes à la vanille au McDo, le Studio de juillet-août avec en couv Sophie Marceau. Julie écrivait un peu, je l'aidais quand elle se lançait dans une grille de mots croisés ; elle avait un copain qu'elle n'aimait pas tant que ça, un autre qui s'en fichait, alors moi, en plus, ça aurait fait un peu de trop, j'ai pas goûté la perle de sueur sur sa lèvre, on s'est écrit quelques temps, après. Je crois qu'elle mâchait souvent des chewing-gums.
J'ai jamais su parler Allemand, je ne suis pas retourné en Allemagne. Mais Camille est à Berlin. Et la jeune fille blonde, à côté, place 23, absolument adorable.

Aux environs de05:35 PM

mars 26, 2004

fil d'ange

C'était devenu une histoire à suivre, que je croyais finie, l'histoire de la fille au casque, aux cheveux blonds, que j'aimais bien, et elle aussi. Je lui avais dit pour de vrai, qu'elle allait me manquer, on avait dit qu'on se rappellait, comme toujours, je ne l'ai pas fait, à quoi bon ; oui, mais, après tout, finalement ; bof, je sais pas ; j'ose pas, c'est trop tôt, et puis, après, c'est trop tard ; je repensais à elle et puis rien, tant pis Steph.
L'ange blond était là, elle a ouvert les bras et je me suis précipité dedans, un truc presque comme ça, ça y ressemblait, l'ange blond a écarté les bras et ne s'est pas envolé, on se croirait dans une chanson là, pas terrible.
Elle a dit que j'ai pas rappelé, c'est vrai, j'ai dit j'ai pas osé, pas avoué que j'étais pas sûr, de moi. Elle me perturbe, à ce moment-là, est-ce que j'aurais su quoi lui dire, ailleurs, autrement ? Ca frole l'histoire sérieuse là, non, il s'agit d'un truc tout simple, une fille un peu blonde et mignonne, c'est tout.
La fille, elle revient de tournage, loin, très loin, elle a pas le droit de dire où, un truc secret, un truc d'été, mais à sa peau on sent le soleil, à ses yeux la mer - ça continue pour la chanson. Trois semaines, elle enchaîne, elle revient, elle repart. Je sais pas quand ; faudrait l'appeler.

Aux environs de01:06 AM

mars 24, 2004

Milk Shake

Des images de la fille, 1/250e de seconde au 600mm, chaque mèche frémit, elle hésite, capricieuse, une larme, deux, comme chaque fois.
Une chanson de France Gall, ce n'est pas Bébé Requin, pas 24x36.
Une moue dubitative, un haussement d'épaule dont je ne vois que le mouvement du sourcil gauche. Le jean trop court rappelle l'été, les baskets usées et les socquettes, le débardeur blanc un peu déchiré à l'épaule.

Shirley a 19 ans et un nez américain, si petit que lorsqu'elle tourne la tête, il disparaît, caché derrière la frange, petit bout de visage masqué, disparu. Shirley est capricieuse, un peu chiante même, elle a retiré ses talons hauts et marche pieds nus sur la promenade des anglais, se fout des voitures qui passent et à quatre heures du matin, Shirley s'assoit sur le troittoir, dit qu'elle dort là, qu'elle est bien, là.
Shirley sourit pour une photo, elle prend une position étrange, pied droit rentré, pointant l'intérieur, une position adorable, on dirait qu'elle va tomber, sur la photo elle n'en finit pas de tomber.

La fille psssshit un coke light, le porte à ses lèvres. A 600mm tout est flou derrière la fille, bulles de lumières roses et bleues très sixties. Terrible.

Aux environs de09:25 PM

mars 22, 2004

+ loin

J'ai eu peur, de devoir tout arrêter, de fermer pour de bon. J'ai eu peur d'être un peu tombé amoureux de la fille, pour de vrai. C'aurait été n'importe quoi, alors, ici, un foutoir pas possible, un mélange de tant de genres qu'un Allemand y aurait perdu sa grammaire, ça m'aurait porté préjudice, et pas qu'un peu, plus qu'à l'Allemand, du vrai terrible. J'ai mis les choses à plat et tout bien reconsidéré. Bof. J'exagère, mais c'est thérapeutique.

Aux environs de10:13 PM

mars 09, 2004

D'autres

C'était il y a quelques jours, sur la porte d'une station de métro : Dieu est mort. J'ai pensé à Nietzsche, l'éternel retour bien vivant, lui. Je déforme, oui, et alors ?
L'important, c'est la fille qui m'accompagne, elle ne dit rien, elle filme. C'est étonnant une fille qui ne dit rien ; elle n'entend rien, son casque sur ses oreilles, les yeux rivés sur son écran de quelques pouces, parfois elle opine discrètement, quand je lui pose une question, si l'on entend, si ça va, la lumière, le fond. Je sais que ça va. Mais je tiens à le lui demander, pour la voir opiner, pour voir.
Ce matin, beaucoup trop tôt, la fille s'est perdue, entre deux portes et le périph, je l'ai attendue. La fille ne boit pas de café, du coca, des chocolats chauds.
Elle rit, dit qu'elle est blonde - elle a une peau si claire, des yeux si bleus. Je crois qu'elle est mignonne. Vers 17h42 onlaisse un message sur mon répondeur, on s'inquiète qu'elle ne soit pas rentrée, pas encore, on s'inquiète de ne pas l'avoir vue de l'après-midi. Je la raccompagne jusqu'à son métro, elle n'est pas rassurée, il fait nuit, entre deux portes et le périph. On parle, elle n'a plus son casque, la fille, c'est bien, du bon travail, il y a de chouettes images, oui, quatre heures tout de même, presque, c'est top, mais enfin, c'est bien, demain, ok.
Elle est en maitrise de cinéma, elle est jeune, elle écrit des critiques de film, aussi. Je ne dis rien, ce serait déjà jouer un peu. Elle fait des stages, aussi, comme là, elle apprend. Elle est enchantée.
Sans doute, on reparlera ici de la fille blonde, qui ne fume pas de cigarette ni ne boit de café, une peau très claire et des yeux très bleus.

Il reste 17% d'autonomie dans la batterie de mon portable, soit 40 minutes d'énergie. Cela suffira, amplement.

L'autre fille, inévitable, opposé. L'autre fille c'est la petite brune adorable - mais voilà, adorable, il me semble l'avoir trop utilisé, alors qu'ajouter, maintenant ?
Ce n'est qu'un jeu assez bête, j'ai toutes les questions et elle les réponses, et tant que ça fonctionne tout va bien ; le problème est autre. Je souris, pour encourager la loghorrée et éviter les questions, allonger les réponses, à mon tour j'opine, je souris, c'est ce qui est prévu, naturel, mais là, devant la fille brune adorable, je souris parce que je ne sais plus quoi faire d'autre, vite, trouver la question, surtout qu'elle ne s'arrête pas de parler, sous la verrière elle a un peu de soleil sur les yeux, elle joue avec ses mains, elle fait des grimaces, en fait quinze tonnes, ce sont quinze tonnes bourrées d'adorable concentré ; ce qu'il faudrait c'est lui sauter dessus et lui dire arrête, c'est indécent, c'est impossible, tu ne peux pas, l'interdire. Elle, c'est la fille qui me rappelle plus de fantômes que tous les chateaux écossais, là ce n'est plus du hasard ni des foutues coincidences, là c'est un poil trop. Il est parfaitement envisageable que je la kidnappe.

D'elle aussi on reparlera, il faut s'y attendre, et s'y résoudre.

Aux environs de01:36 AM

mars 08, 2004

L'histoire de la fille, 2 couettes 1 frange.

Je suis en retard. Mais, aussi, les histoires s'accumulent, le temps passent, les nuits plus vite que les jours, qui sont longs, toujours si longs.
Alors la fille, celle de vendredi, vite, façon express, hop.

Dans un décor, studio d'enregistrement, consoles, rock, hop.
Pour l'histoire, la fille. Pas très grande, deux couettes et une frange, mais cheveux bruns. "Mais" parce que sinon, la fille, elle m'en rappelle une autre, facile, c'est ça l'histoire, dire qu'il n'y a pas de hasard, non, juste de simples coincidences, des putains de coincidences, toujours, comme si, ce jour-là, sur une chanson de Goldman, il fallait une fille qui te ressemble, toi qui chantais Goldman, un soir.
Voilà, tu vois, on en revient là, tant pis, moi j'ai pas promis une grande histoire, non, juste une fille avec deux couettes et une frange.
Une fille, dans le marketing - mais la vrai question est : combien y-a-t-il de filles qui travaillent dans le marketing ?
Cette fille, surtout, elle a ton regard, tes yeux, ce sourire, le tien, cet ensemble, un air, non ? C'est troublant, je lui souris, elle aussi, rien de plus, inutile.
Ca pourrait être toi.
Tu permets, je déballe un peu, de toute façon l'histoire de la fille à frange n'était qu'une excuse - et tant pis si l'expression fille à frange était jolie, dire que j'avais horreur des franges, petit, c'est con, parfois, les choses, j'aimais pas la Guinness, j'aimais pas les blondes, encore moins les blondes à franges, aujourd'hui je me demande juste si tout ça changera encore.

Le hasard, non, ces foutues coincidences. Palmolive (je m'en fous, je ne suis plus référencé chez Google, alors tu sais...), cette pub que je vois ce soir, coincée entre deux plans de l'asteroide d'Armageddon, affalé dans un canapé (sur lequel...), à boire une vodka - dans un verre formidable, pour les bateaux, doté d'un fond convexe qui lui permet de suivre le roulis comme le tanguage - à écrire mes articles quotidiens, quelques mails, rien de passionnant, la vodka aide, les images aussi, je t'expliquerai. La pub c'est pour Palmolive SPA, gel douche innovant - révolutionnaire, non, pas retenu au panel ? - un gel douche qui procure les sensations d'un massage SPA. C'est drôle. J'ai vu cette expression, cet acronyme - je ne sais pas - SPA, à New York, sur tous les instituts de beauté. Alors j'ai cherché : une chaîne, un produit révolutionnaire, une technique de bain de boue ou de masque avant la sieste. Je n'ai pas trouvé. Depuis, deux mois, à peine, je le vois partout.
Ca aussi, ça a quelque chose à voir avec les coincidences, quelque chose d'amusant, on découvre quelque chose et d'un coup on le retrouve partout. Voilà, moi c'est SPA, je ne sais pas ce que ça signifie, je n'ai pas cherché dans Google. Mais ton gel douche Palmolive, j'aimerais bien l'essayer. Problème de concordance des temps, j'aurais bien aimé. Maintenant, je m'en fous, oui.

Ce que j'en dis ? Oh. Ce que j'aimerais dire : si tu savais. Mais au fond je m'en fous, n'ai rien à prouver, plus rien, finalement. On est juste rien, même si parfois je pense à toi, encore.

Aux environs de11:59 PM

mars 05, 2004

Nu

Comme rien n'est jamais laissé au hasard, il est prévu de raconter la formidable histoire de cette fille (deux couettes, une frange), troisième photo en partant du haut. Une histoire vraie ? Pas tout à fait, un passage dans photoshop suffit à transformer un visage. En mieux ? Là, rien n'est moins sûr.

Aux environs de11:50 PM

mars 03, 2004

Samedi 14

Agathe.
Ce que l'on sait d'Agathe : c'est une très jolie fille. Ce que l'on peut dire d'Agathe, c'est qu'elle est grande, et quand il s'agit de lui dire bonjour - et encore plus quand il faut lui dire au revoir - elle est si grande qu'on ne peut s'empêcher, très secrètement, de jeter un oeil à ses pieds, ne porte-t-elle pas de hauts talons, Agathe ? Non, Agathe est grande, très grande.
Agathe, aussi, a une très jolie voix, il faut pour le savoir l'entendre parler, murmurer, plutôt, elle a une voix fragile, très douce, c'est formidable, cette voix, encore maintenant je me souviens de cette voix, qui semble timide sans l'être tout à fait, on s'en doute, douce, douce, que dire d'autre sur une voix, jolie timbre, des mots comme ça, non, c'est bien plus, indéfinissable, Agathe a la voix des filles qui murmurent bonne nuit le soir avant de s'endormir, une voix comme ça, terrible. Alors, en entendant sa voix, on l'imagine à l'arrière d'un taxi poser sa tête sur votre épaule et dire merci, de jolies choses.
Agathe fait une grande école, ce genre d'écoles tellement grandes qu'on n'en sort jamais totalement ; Agathe son style c'est les intellectuels de gauche, il faut admettre l'un comme plus difficile que l'autre, mais pour Agathe, toute perversion semble acceptable, au diable les conséquences, il se dit qu'Agathe sortait avec un rédacteur du Monde ; il semble qu'Agathe rêve de travailler dans le cinéma.
Un appartement dans le cinquième et personne, Agathe arrive, c'est un début d'histoire comme une autre, mais voilà, l'appartement est trop petit et pour voir Agathe il faudrait déranger tant de monde.
Il faut quitter Agathe, quelques mots échangés sur un trottoir, un mot qu'elle ne trouve pas, que peut-elle bien vouloir dire, ça n'a aucune importance.
Envoyer, plus tard, un SMS à Agathe, charmé, oui, absolument charmé, vous avoir rencontré, mademoiselle, etc. ce genre de choses. Elle qui se souvient, c'est déjà ça, de ces trois mots échangés, elle qui parle de laisser faire le hasard - mais, saloperie de hasard, non, inutile d'attendre - elle qui joue le jeu, un peu.
Samedi matin, 14 février, cette invitation pour deux personnes, au Balzac, projection et brunch en présence du réalisateur, avec Schpolianski et les habitués qui viennent finir une nuit et manger, souvent. Agathe, le cinéma, les coulisses, lui raconter des histoires, la sortie de Pierrot le Fou dans la salle, la sortie de Sous le sable, il y a deux ans, la sortie des salles, l'exclu, tout ça. Lui murmurer à l'oreille, assis confortablement dans un fauteuil rouge, lui murmurer Godard et Ozon, extrapoler un peu, le cinéma américain, digression, les salles, quelques mots sur les Etats-Unis, formidable etc. Agathe alors qui murmure à son tour c'est chouette, Schpolianski présente le film et après des croissants et du coca dans des flutes en plastique, peut-être un perrier, pour mademoiselle, et du citron, vous n'oubliez pas le citron, hein.
Seulement, le 14 février, déjà trop de souvenirs, de trucs à exorciser (etc.), mauvais jour, fête des fleurs et pas des cinémas, déplacé.
Seulement - et c'est là tout l'essentiel - ça n'a jamais marché avec les filles des grandes écoles de commerce, même quand elles sont grandes et jolies, même quand elles ont une très jolie voix.
Alors, le samedi 14 février, j'ai dormi, après je ne sais plus quelle nuit, et en buvant du coca dans une flute en plastique, j'ai regardé les messages personnels dans Libé.

Aux environs de01:06 AM

février 24, 2004

Last Show

Pourquoi pas ce soir ? Quoi, demande A.
L'histoire de cette fille, un prénom au pays des merveilles, princesse capricieuse et toutes les raisons de l'être. Un programme ? Oui, tout un programme.
Le plus difficile, c'est le point de départ. Elle ne sait pas ; aller dans cette boîte ; près de l'Etoile ; souterrain. Je ne sais pas dire non, pourquoi pas, oui, nous ne connaissons pas, elle dit, avant de monter dans la voiture, que son père lui a toujours dit de ne pas monter avec des inconnus, c'est la première fois, qu'elle fait ça. Je lui demande si elle n'a pas peur, elle dit non, ça va, elle sourit, Alice, simplement, elle n'a pas besoin de dire son nom.
La petite fille riche regrette qu'il n'y ait pas la climatisation, elle entrouvre sa vitre, filet d'air tiède. Elle dit qu'il faudra qu'elle trouve un taxi, ensuite, pour rentrer, elle n'a pas pensé à prendre sa voiture, bien sûr, c'est évident, la jolie fille demande si je vais également la ramener, c'est presque - et tout est toujours dans ce presque, quand on ramène une fille - sur mon chemin. Elle raconte, petite, elle venait à pied, de chez elle, jusque ici, elle avait dix huit ans et rentrait à pied, oh, quinze, vingt minutes, elle ne s'en souvient pas, au juste.

Pourquoi pas ce soir, l'occasion de créer cette category très à propos, juste un endroit où balancer des débuts. Débuts de tout et de n'importe quoi.

Aux environs de12:47 AM

février 19, 2004

HS2

Alors.
Je lui souhaite bon courage, je suis perdu sans elle, c'est terrible. Elle dit non, tout va bien. L'histoire prend une autre tournure, désormais tout est plus simple. Je suis toujours perturbé par ces filles qui disent je t'embrasse, les filles disent ça, est-ce qu'elles savent tout ce que ça veut dire, non, certainement pas, il faut toujours deviner, ce que c'est et ce que ce n'est pas. Elle dit que c'est adorable. Elle aussi. Elle espère qu'on aura l'occasion de se voir. Moi aussi.
C'est en temps réel, avec les silences et les délais. Mais ça ne s'arrange pas pour autant.

Aux environs de06:57 PM

HS

C'est d'abord étonnant. L'absence de l'ange blond. L'explication arrive plus tard. Partie, ras le bol, des mots qui volent avant les chaises, situations de ce genre. Ah. Officiellement, encore plus tard, on m'explique juste qu'elle est partie, non, elle ne travaille plus ici. C'est la fille qui pleurait qui explique ça, en quelques mots, sans en rajouter. L'engueulade c'est entre elles deux. Ah. Je ne lui dis pas que je le sais déjà.
Ca devait être une histoire compliquée, mais pas autant. Elle se termine mal, tout de même, comme prévu. Parfois il faudrait que les choses ne se déroulent pas toujours comme prévu.

Aux environs de05:12 PM

février 17, 2004

H/F

C'est une histoire d'amour à suivre, dont voilà la suite. La fille porte des Converse blanche, ça n'a l'air de rien, mais il faut les voir à ses pieds, pour comprendre. Elle n'a plus depuis longtemps son casque sur la tête et c'est tant mieux pour l'embrasser. Est-ce qu'elle ressemble à une actrice ? Il faut toujours chercher à qui ressemblent les filles, pour s'en souvenir, en conserver une image, c'est plus efficace que toutes les photos. Mais, elle, je ne sais pas. Quand elle passe je la regarde, je lui demande si ça va, c'est un manque certain d'originalité, mais enfin, ça la fait sourire alors elle pose sa main sur mon épaule, j'appuie sur pause et les images sur l'écran s'arrêtent, mais elle s'en va déjà, je la regarde, disparaître, avant j'ai le temps : sur les Converse un jean qui tombe, un pull noir et une écharpe blanche, dans la pièce il fait une chaleur dingue, une chaleur certaine, les AVID et les BETA, les ventilos pulsent, je la regarde, elle aussi, ça la fait sourire.
C'est terrible cette histoire, comme si tout était terminé bien avant que d'avoir commencé. On se frôle dans les bureaux enfumés, un moment elle part, ou moi, et c'est terrible, parce qu'il faudrait rester, se voir, encore, parler peut-être même. On se frôle, souvent, elle a écrit son numéro de téléphone portable sur un post-it bleu ciel, mais vingt heure passé il est trop tard, vraiment trop tard.
Les histoires qui commencent si fort ne tiennent pas la distance, tout le monde le sait, elle comme moi, il n'y a rien à faire. C'est inéluctable, cette histoire se terminera mal.
Je lui envoie un email, lui dis qu'elle est un ange, un ange aux cheveux blonds, résolument adorable - je n'y peux rien, un faible pour les filles adorables.

Aux environs de08:43 PM

février 15, 2004

B-day

Je vais tricher un peu, retourner quelques heures en arrière pour garder cette date du 15 février 2004.
C'est un hasard que ouahad change radicalement aujourd'hui. Troublant, son anniversaire, la jolie fille qui est à l'origine de tout ça, 5 ans de cela, 22 ans aujourd'hui. La fille de Bordeaux, Laura, pas vue depuis 3 ans. Je ne sais toujours pas comment raconter cette histoire, par où commencer, distinguer ce qui a eu lieu et ce qui n'est jamais arrivé.
Tant de mots faisaient ici allusion à elle et sont aujourd'hui disparus. C'est un minuscule hasard, un tout petit signe qui ne veut rien dire. Bon anniversaire, Laura. Ne t'inquiète pas, n'y prête pas attention, on s'en fout tous les deux.
C'est ici, pas loin, qu'il faudra un jour que je crée le cimetière des amours mortes.

Aux environs de11:59 PM

janvier 30, 2004

Glucose

Une histoire de métro, station Michel Ange - Auteuil, c'est dire si c'est loin, pas ce que j'y fais, ligne 10, cet endroit si particulier où l'on peut tourner en rond des heures, d'une rame à l'autre, d'un sens puis de l'autre.
Je tiens avec le sucre, pas le courage d'un sandwich, dans le distributeur les Mars sont à un euro, alors une pièce ce n'est pas grand chose pour du sucre, pour que les jambes cessent de flageoller.
Le Mars tombe et ma pièce aussi, le distributeur de la station Michel Ange - Auteuil ligne 10 a un bug, peut-être le hasard, je remets la pièce, deux Mars pour le prix d'un alors, non, plus, la pièce retombe, encore, avec un Mars, je remets, j'arrête, au 5e. J'aurais pu continuer, seul sur le quai, glisser la pièce, taper 28 et ramasser, encore. J'aurais pu n'en prendre que deux, cinq c'est tout de même beaucoup, je ne sais pas. C'est cette histoire de Coluche, le belge qui met des pièces dans un distributeur de Coca et qui dit que tant qu'il gagne il continuer à jouer, mais là c'est différent, j'hésite à essayer, il y aussi les Haribo Crocodiles qui sont tentants, les Mentos fruits, les bouteilles d'Ice Tea. Non, ce serait alors différent, de la provocation, il vaut mieux jouer petit mais gagner, moi je mets ma pièce et je gagne à tous les coups, des Mars gratuits à volonté, personne ne le sait ici.

Sur la ligne 10 qui continue de s'enfoncer dans Boulogne, et c'est grand Boulogne, c'est une chanson d'Anna, qui bourdonne dans les écouteurs, la comédie musicale, avec la môme Karina.
"- Moi j'te dis une chose. Tu perds un seul instant ta lucidité : t'es foutu.
- Laisse-moi rire ! Tu bois comme un trou !
- Ouais t'es foutu. Tu perds toutes les autres.
- C'est la cristallisation comme dit Stendhal.
- Vous êtes pas marrants tous les deux, c'est l' même cinéma tout les soirs.

- Toi ça va hein ! Non mais alors ! Si tu veux qu'on te mette sur un coup tu vas te tenir tranquille.
- Si vous croyez que je vous ai attendu...
- C'est pourquoi je dis que la lucidité est indispensable. Sinon les filles te possèdent jusqu'à la gauche.
- Un seul remède, changer !
- Changer pour vous, c'est échanger !
- Ouais une belle partie de base-ball, une belle partie de base-ball. Moi je fais bande à part, ouais je fais bande à part.
- Et oui, chacun son jeu mon vieux. Tu as été à Londres ces jours-ci ?
- Ouais j'ai ramené ça.
- Oh oh les gâtés, les gâtés (Lemon tie ! Lemon tie !)
- Encore une bière
- Deux.
- Trois.
- Quatre, j'vais vous les chercher.
- Tu la connais ?
- Pourquoi ça t'intéresse ?
- Ah ! on peut te brancher si tu veux.
- 343-78-53. Ton boulot ça marche ?
- Ben faut que je trouve un nom pour une marque de chewing-gum.
(choeurs) Baby gum, Baby gum, Lolita Lola Gum !
- Baby gum ça va pas?
- Ah on verra, je trouverai bien. Allez, à demain !
- Allez pour le moment faut penser à se marrer hein..haaa!"

Après il y a Marilou sous la neige, et cette fille qui la chantonnait à l'arrière d'un taxi un mois de mars. Et puis, bien sûr, l'histoire de Melody Nelson, l'aimable petite conne, l'adorable garçonne, un petit animal, que cette Melody Nelson. Une floppée d'histoires entre deux stations, bourré de Mars et de chansons. De trucs à suivre.

Aux environs de06:55 PM

janvier 27, 2004

De choses et d'autres

Dans l'absolu, bien sûr, il serait préférable de répartir les posts dans la semaine, plutôt que d'avoir envie d'écrire beaucoup en une seule fois. Bien sûr. A un moment j'avais imaginé continuer à rédiger ces posts comme d'ordinaire mais ne plus les poster qu'une fois par semaine. Cela a sans doute à voir avec des problèmes concernant l'exhibitionnisme, la pudeur et globalement tout ce qui se situe entre les deux.

Moins à dire ? En même temps, à quoi bon descendre Pas sur la bouche, à quoi bon décrire la petite blonde dans le bus etc.

Il y a plusieurs raisons, j'ai analysé, synthétisé, etc.

1. Il n'y a plus d'alcool chez moi. Enfin, presque. Dans le frigidaire, du Martini rouge, du blanc, des Hoegaarden, du vin blanc et du champagne. Tout ce que peuvent boire les filles, on ne sait jamais, un malentendu, une fille qui oublie son parapluie, ce genre de chose. Dans le congélateur, cinq bouteilles de vodka, mais ni Kalhua ni Bailey's ni Coca ni pêche pour accompagner. Dans le bar une foultitude de trucs que je ne bois jamais.
J'ai vécu mes plus belles histoires d'amour sur le papier à moitié ivre, par pudeur.
Il s'agit évidemment d'une raison qui ne résiste guère à l'analyse poussée, je pourrais très bien me saouler au Martini - mais enfin, hein...

2. J'écrivais souvent ici avant de me lancer dans un article, comme pour me dégourdir, là ça devient une finalité, c'est différent.
Argument peu convaincant, quoique plus drôle, c'est un point de vue salvateur, pourquoi pas.

3. Manque d'histoire. Je ne sais pas. Il y a cette fille partie sous la neige, beaucoup trop loin pour moi, tant pis. Il y a cette fille mais c'est moi qui suis parti sous la pluie, côté chien qui s'en va fuyant, le poil mouillé, pas fier, dommage, remis. L'été les filles montrent leurs jambes sous leur jupe et l'hiver elles cachent leurs yeux sous leur chapeau, c'est tout aussi joli, il suffit de trouver une histoire, un point de départ, ça ne tarde jamais. Encore faut-il qu'elle ne connaisse pas cet endroit, point 4.

4. Comme tout le monde, ça finit toujours pas se savoir, google & cie. C'est une petite histoire, sans grand intérêt. Par où commencer ? la cigarette s'éteint d'elle-même dans le cendrier, un fond de vodka plus très froid dans le verre. Elle a tapé savon vert dans google, elle est tombée là-dessus. Je débarquais à New York. En face de Manhattan, de l'autre côté de l'Hudson River il y a une horloge géante Colgate et je trouvais ça drôle, je photographiais ce couple qui s'embrassait. Mon portable sonne, un SMS automatique me prévient qu'elle est ici, en train de lire, je n'avais jamais désactivé ce système, étrangement. Je me dis que la coïncidence est amusante, une drôle d'histoire. Elle a du voir les photos, on avait parlé de New York, j'avais regardé les billets, ce genre de choses, c'était amusant, on était déjà descendus dans le même hôtel, cela aurait été amusant, d'y retourner, non ? Amusant, tu parles.
J'ai essayé d'effacer ce billet/post/mot sur cette histoire de savon, sans y arriver, il est toujous là. Un peu de mal à assumer ? Sans doute. Elle n'a rien dit, il n'y a rien à dire, ce n'est pas son genre. Elle n'a pas vu que je parlais d'elle encore parfois.
Il y a cette fille dont je rêve encore et pas plus tard que cette nuit... Un jour par hasard elle viendra ici, peut-être.

C'est terrible, toutes ces histoires qui n'en finissent pas. Parfois je m'en fous, j'écris ces conneries, ne relis pas et j'appuie sur SAVE et je prends le cendrier et les quelques bouteilles de bières vides que je mets dans un carton pour les recycler. Parfois j'ai envie de tout effacer, de juste laisser une page presque blanche avec juste écrit dessus "vous avez raison, c'est trop con" quelque chose de ce genre-là. Mais voilà, je me dis tant pis pour l'heure et puisque la vodka est finie j'ouvre une Guinness, je ne sais ni où ni quand et surtout pas comment ça finira, c'est juste une nuit de plus, à attendre.
Je me retrouve seul, elles sont loins toutes ces soirées entre copains où l'on buvait jusque tard, où l'on faisait la fermeture des bars de République jusqu'au plus glauque, la grande brasserie à l'ouest qui reste ouverte toute la nuit. Ce sont des histoires de couples, jolies parfois, mais voilà, ça n'est pas le point, non, le point c'est que ça change. Combien de nuit dans Paris ? Encore ?
Je n'ai jamais su vraiment quoi faire, ni de toutes ces histoires ni de cet endroit. Je dis que je m'en fous, parfois j'y arrive.

A la fin de l'histoire, il y a deux, j'écrivais : "Nous étions à New York pour une histoire de banque, tombions amoureux de la ville et l'un de l'autre, le temps de trois nuits dans un hôtel de luxe. Nous profitions des repas le soir, nous contentions de hamburgers la journée. Nous faisions l'amour le deuxième soir et dormions dans les bras l'un de l'autre la troisième nuit. C'était une histoire d'amour à New York, comme tant d'autres, simple, légère, peut-être un peu trop romantique.
Et puis peut-être cette histoire ne sera-t-elle même pas éditée. J'ai tiré le manuscrit sur une imprimante laser qui sort seize pages par minute. Ca a pris six minutes. Pour trois ans. Je n'ai peut-être pas besoin d'éditeur si j'ai une laser. Après tout, qui ça intéresse vraiment cette vague histoire d'amour ? Deux, trois personnes ? Douze minutes d'impression laser.
Je te déposerai le manuscrit, dédicacé, dans ta boîte au lettre, juste avant de prendre l'avion, à 7 heures.
J'ai compris que tout cela n'avait sans doute pas autant d'importance que je le croyais. Dans un film tu m'aurais embrassé et nous serions ensembles. Mais il ne s'agit que d'un roman.
Je ne vais pas à New York chercher l'inspiration pour un nouveau bouquin ; j'espère n'y rencontrer aucune trop jolie française."

C'est encore une autre histoire. Finalement j'ai toujours le manuscrit dans un placard, ce n'était pas très bon. Elle, elle n'a plus jamais voulu entendre parler de moi. Jusqu'à présent elle y est plutôt bien arrivé, je n'ai pas essayé de lui donner tort. J'ai passé douze jours à marcher dans les rues, elle avait raison, tout ça était pathétique, je n'ai pas regretté qu'elle ne soit pas là. Il faisait trop froid et elle était toujours malade.
Il y a eu cette autre fille, et, il y a un an, à la fin de l'histoire, j'écrivais :
"Je ne saurais jamais si elle a passé les vingt minutes à se préparer ou à hésiter. Mais elle n'est pas descendue avant. Elle a ouvert la portière et s'est assise.
Elle a dit on y va ?
Elle a dit "il faudra que tu me rappelles comment tu embrasses".
C'était hier.
Toute cette histoire n'est sans doute pas terminée, et se terminera peut-être mal, comme elle a plutôt mal commencé.
Mais par la fenêtre la mer est bleue foncée et se confond avec le ciel. Il fait nuit et elle dort, à côté. Et je préfère la rejoindre que d'imaginer la suite."

Le manuscrit n'est pas très loin du précédent, dans le même placard. La même histoire, encore, et encore. Ce n'était pas très bon non plus, mais j'avais fait des progrès, je ne lui en avais pas parlé. Je m'en félicite, elle n'a jamais eu à me le reprocher.
Du coup s'il y en a un autre, ça commencera comme ça : "Première rencontre avec Anna, le bruit de ses pas dans l'escalier, le craquement du bois. "
Je ne suis pas très sûr, il paraît que l'on met parfois des années pour trouver la première phrase, qu'ensuite tout est plus facile, que c'est un simple déclic, il n'y a rien à faire. J'attends. Au moins, je sais qu'il n'y aura personne pour me dire quoi que ce soit.

5. J'aurais pu conclure là, mais je n'ai jamais su finir sur un moment fort, quelque chose de bien, non, j'ai tendance à en rajouter. Cinq, donc, trop de gens lisent toutes ces conneries et ne le devraient pas, je ne sais pas quoi en penser. Faut que ça décante, simplement.

Finalement, j'ai trouvé, un Martini rouge que je n'ai pas aimé, une vodka un peu trop forte et une Guinness. Dire que j'aurais pu écrire un article formidable sur Pas sur la bouche, le film le plus réac de l'année, il y en a à dire des choses là-dessus. Mais ce n'est qu'un début, en 2003 la production française bénéficiait encore des investissements passés de Canal+. Il se dit que les deux prochaines années seront catastrophiques pour le cinéma.
Tout ça me fait dire, que, sans s'aventurer et en toute lucidité, c'est globalement assez mal barré. D'un naturel cyniquement optimiste, je m'en fous, j'ai 12minutes de vidéo de cette fille formidable qui porte autour du coup un coeur en argent et sur la langue un piercing, cette fille qui chante Sensualité en se déhanchant, c'est formidable. Next in queue, please.

Aux environs de02:35 AM

janvier 26, 2004

(encore)

Il y a cette histoire improbable. Elle c'est l'attaché de presse, elle a toujours coincé dans une main deux téléphones portables et dans l'autre une pile de feuilles. On ne sait pas trop ce qu'elle fait. Elle passe dans les couloirs, regarde, fume des cigarettes en disant bonjour quand on la croise. Elle a une frange qui cache ses yeux et des airs de garce. Elle sourit.
Le film se tourne, elle laisse son portable allumé et c'est parfois toute une histoire même si personne n'ose rien lui dire, elle arrange des interviews et des séances photos. Elle prend les actrices par la main et les emmène dans des voitures.
Ca se passe sur la banquette arrière du taxi qui roule sur la nuit. C'est RTL et les premières infos, les rues désertes. Les lumières sont floues pour trop de raisons. Toutes ces filles formidables derrière la caméra. Les feux de l'avenue passent au vert les uns après les autres. Il y a l'assistante de prod, dont l'histoire n'est pas finie, cette fille aux cheveux blonds, un oeil moitié marron et une fossette sur le menton. Il y a la script girl, une parmi d'autre, mais celle-là est plus jolie que toutes les autres, elle note tout sur ses feuilles, dans des cartouches prévues à cet effet, elle coince le bouchon de son stylo entre ses dents et fait attention de ne pas être dans le cadre. Elle a des yeux incroyables, on dirait bleu gris mais c'est beaucoup plus, un gris argenté, incroyable, oui. Elle ne sourit pas, elle ne discute pas, elle se contente de noter, il y a quelque chose de surréaliste à la regarder faire, elle se déplace en silence derrière la caméra, elle semble ne rien avoir à faire là, comment est-ce possible qu'une fille aussi jolie reste derrière, parfois elle passe sous un spot et c'est alors qu'on la voit le mieux, et c'est vraiment incroyable, cette fille.
Il faudrait dire au taxi de prendre plutôt par Gay-Lussac, je sais que c'est inutile, que je n'arriverais jamais à prononcer tous ces mots, dans l'ordre. Je cherche un film, une histoire de taxi qui roule des nuits entières. Je ne sais pas vraiment où l'histoire en est. C'est une multitude de plans, des images volées, rien de plus. Celle-là, que fait-elle, la petite brune aux yeux bleus qui ne dit pas bonjour ni merci, peut-être qu'elle est simplement timide. Cette autre, aux cheveux blonds, qui me prend dans ses bras, en disant que je l'appelle tout le temps et c'est vrai, elle ne rappelle jamais, je lui dis juste qu'elle est injoignable. D'autres, encore, une que je ne parviens pas à oublier, elle qui s'amuse encore sous les projecteurs, celle qui sera, à n'en pas douter ; pour l'instant juste une fille extraordinaire qui porte un coeur autour du coup, et sur la 18509e photo prise elle rit et ses longs cheveux font comme un flou, comme un photo de shampoing, mais surtout, sur cette 18509e photo, j'ai vu pour la première fois qu'elle a sur la langue un piercing, qu'elle ne montre jamais, sauf une fois au 1/15 de seconde.
Sur le compteur les chiffres sont flous, alors il dit que ça fait 9 euros 10, c'est simple, il n'y a pas de calcul compliqué, de prise en charge de bagages ni de pourboire à calculer au plus juste, je lui tends juste un billet de 10 en lui demandant une note. Tout à tendance à se mélanger, à ce moment précis.

Aux environs de11:17 AM

janvier 05, 2004

One More

En quelque sorte, du laisser aller.
Peut-être pas le terme le plus adapté, certes, mais tout de même, quel vide.
Le même problème : écrire, être lu, quelque chose à voir avec ça. Bref, comme quand on coupe court, à la façon du bourreau, bourre haut. (Et, non, je n'aime pas non plus ce lacanisme sous jacent, mais il s'impose de lui-même, je suis innocent.)

Je voulais vous dire. Ah, oui, une histoire d'amour sans amour. Elle, c'est une jeune fille au cheveux courts, un mélange improbable entre Jean Seberg et Audrey Hepburn. Les yeux qui rient et des pommettes saillantes - il paraît que j'aime ça. Il se trouve, elle se trouve là, elle se trouve plutôt bien habillée, bien sûr un pantalon noir qui cache ce qu'elle n'aime pas - la coupe est habile, pour sûr - quant au reste c'est semi transparent, quelque chose comme translucide, et c'est diablement joli, surtout ce que l'on voit par transparence. Elle a ses yeux surlignés/soulignés de noir, elle a saupoudré tout autour de minuscules paillettes qui scintillent. Elle a surtout, pile entre ce bas et ce haut, un petit ventre, comme s'il dépassait légèrement, mais c'est juste que le haut est trop haut, le bas trop bas, et que ça se fait. Mais - et là est toute la raison de ce qui précède et la cause de ce qui suit - je craque, sur les filles cambrées, sur les filles qui ont un tout petit ventre - elle n'en sait rien, elle.
C'est une longue histoire, commencée il y a dix ans et plus, beaucoup plus. Ce serait rentrer dans les détails, le début d'un truc sans fin, inintéressant, ce serait s'éloigner du sujet.
Elle danse, je la regarde, elle, à son tour, on échange, c'est fou ce qu'on peut échanger, cela tombe bien, que dire d'autre, ce soir, attendre minuit, des choses comme ça. Elle danse. Sur Sophie Ellis Bextor je lui dis qu'elle est toujours aussi jolie, elle sourit. Elle continue de danser, fume une cigarette maladroitement, boit une bière à la bouteille. Minuit passe et nous nous embrassons - comme on fait amicalement, la main sur l'épaule, ainsi. Sur Blondie je lui dis qu'il est tard, qu'il faut partir. Elle me regarde étonnée, je lui demande l'heure et quand elle répond qu'il est plus de deux heures, je dis tant pis je l'embrasse - comme on ne fait pas amicalement, cette fois la main dans le dos, elle se cambre et son ventre se colle au mien. Elle me regarde, étonnée, je souris, oui, tant pis parce qu'il est trop tard pour que je mette ça sur le compte de la confusion. Elle sourit, alors c'est gagné.
Plus tard, en voiture, elle me demande si c'est bien sérieux, il y a la neige annoncée, il fait froid, il est tard, je ne réponds pas, je ne lui dis pas que je n'ai pas fait réviser la voiture depuis si longtemps, que je n'ai pas de quoi, sur le tableau de bord clignote « service », je sais qu'elle ne peut pas le voir, de sa place. Je laisse ma main sur son genoux, sur l'autoroute, après la 5eme. Il y a assez d'essence, pour l'aller, le chauffage chauffe, à fond, et elle joue avec les stations de l'autoradio. Elle demande où l'on va, je lui dis tais-toi, tu parles trop, ça ne sert à rien de parler, regarde la route et écoute la musique, chut. Elle tire sur sa ceinture et pose sa tête sur mon épaule. A la radio c'est un programme spécial nouvel an et les singles de 2003 sont diffusés par ordre de vente décroissant. A 4 heures j'écoute les fonds de tiroir, et le soleil est encore loin, de se lever, la mer aussi. La fille à côté, mélange improbable entre Jean Seberg et Audrey Hepburn, dort. Je me souviens que Jean Seberg est morte en se goinffrant de bouffe pour chien.
A un moment, cette histoire a dégénéré. Me souviens plus quand.

Aux environs de08:48 AM

décembre 20, 2003

HF

C'est une histoire en deux parties. Première scène, intérieur, noir et spots. Elle c'est la fille qui me serre la main à ce moment-là en disant Steph et en me demandant pour qui je travaille. Elle c'est la fille avec qui je ris quelques minutes, un peu plus, devant un moniteur. Elle parle toute seule, dans son casque HF. C'est une blonde et le casque qui ne lui recouvre qu'une oreille lui coince l'autre, ce qui lui fait une drôle de tête. Sous les projecteurs il y a la scène qui se déroule, avec les acteurs et la maquilleuse, et les autres cachés derrière le décor en carton. Nous ne sommes que tous les deux, elle un peu moins seule avec son casque. Première scène, hier. Scène deux, il y a quelques heures. Il fait nuit sur les Champs en bleu et blanc mais le ciel est trop noir pour des photos. J'erre dans les couloirs, on me dit que j'arrive après la bataille, merde, je cherche une fille, elle n'est pas au cinquième, je redescends, j'erre dans les couloirs, il n'y a plus personne en régie, et les techniciens démontent le décor, autant pour les photos. Il y a le plateau, les au revoir, peut-être une fête après, fin du tournage, choses comme ça. Il y a tous ces gens et pas la fille que je cherche. Et quand je veux sortir il y a Steph qui sourit en disant bonjour, et on s'embrasse, mais non, on ne passe pas, il y a une réunion derrière, Steph discute avec un acteur et dit que je peux rester avec elle, en attendant, après tout je suis grand et les yeux bleus, ok. Je la regarde sans trop sourire (faire attention), elle n'a plus son casque, et des cheveux un peu devant les yeux. Et les yeux, justement, bleus, ou presque, parce que l'un d'eux est moitié marron, c'est mignon, je lui dis que les siens sont pas mal non plus, et sur le menton elle a une fossette, c'est mignon aussi. Elle est jolie cette fille à qui je ne sais pas trop quoi dire, c'est de sa faute aussi, à elle qui joue comme ça, parce que c'est sûr que c'est à ce moment là qu'il faudrait dire des choses intelligentes, ou mieux, drôles.
L'autre fille, celle que je cherche, pleure.
Alors, Steph est d'accord avec moi, inutile de lui demander quoi que ce soit ce soir, ce n'est pas le moment, elle pense que j'ai compris la situation - elle dit ça en faisant d'amples mouvements avec ses mains. Bon, ok, bha, alors, heu, ciao, j'y vais, je dis, pas forcément dans cet ordre-là. C'est Steph qui écarte les bras, encore, et demande si je ne lui dis pas au revoir, bien sûr, je dis, avec plaisir en souriant, elle rit. L'acteur, à côté, il rit aussi, alors Steph répond qu'elle aime bien les grands aux yeux bleus. Ca fait déjà trois fois ce soir, il dit, à côté. Deux seulement, je précise en m'approchant de Steph, mais j'espère qu'il y aura une troisième fois. Steph ça l'a fait sourire un peu plus et je lui ai dit que je viendrais la voir. Elle n'a rien dit. La semaine prochaine e vais errer dans d'autres couloirs, entre des bureaux, à la recherche d'une fille croisée entre deux prises à deux reprises (à peine entreprise). Pour faire une histoire en trois parties.

Aux environs de11:48 PM

décembre 19, 2003

SER

C'est une histoire de jolie fille riche. Elle, adorable, attend au comptoir d'un magasin chic Boulevard des Italiens. Elle achète un Mont Blanc, à bille, classique, noir. Elle l'a choisi en cinq minutes et pendant qu'une vendeuse fait briller le stylo, tamponne la garantie, et plein d'autre trucs de vendeuse, je la regarde. De haut en bas, et dans l'autre sens, et plutôt le haut que le bas. De bas en haut elle porte des Converse en cuir noir, un jean déchiré. Un manteau multicolore, trop ample et qui cache et ses jambes et ses hanches et le reste. Un sac rose et dessus kissing en brillants, ou quelque chose comme ça. Et, en remontant, encore, elle a ce grand bonnet noir qu'elle abaisse juste au dessus de ses yeux noirs et de ses lunettes aux C entrecroisés, brillants inclus. Et le reste ? Adorable, adorable, etc. Il y a sa bouche et sa jolie voix, ses yeux - mais ne voit-elle pas que je la regarde, qu'est-ce qu'elle fout ? un minuscule grain de beauté, juste sous la bouche, un peu à gauche en descendant. La vendeuse prépare le paquet cadeau. Pour son père ou l'homme de sa vie du moment. Elle ouvre son sac, dont elle sort un portefeuille (avec le monogramme, les nouveaux, avec les couleurs acidulées), et du portefeuille elle sort une carte de crédit - il y en a plusieurs, plutôt brillantes. Et deux photos d'identité, une en noir et blanc, l'autre en couleur. Et sur les photos, un mec aux cheveux longs.
Quand elle tend sa carte, elle s'approche de la caisse, je me recule, en disant pardon mademoiselle, parce que je suis juste à côté - le magasin est grand, elle reste la plus jolie, mais finalement, ce n'est pas de chance, la machine est sans fil et la vendeuse la lui apporte. Alors la vendeuse me demande ce qu'elle peut faire pour moi, je lui demande juste une recharge 2004 pour un agenda en souriant, non pas parce que je suis poli mais parce que la jeune fille riche qui dit au revoir était vraiment adorable.

Aux environs de05:28 PM

Speedway

C'est une histoire d'amour formidable. Très brève, le temps de descendre les cinq étages d'une grande station de radio. Ca commence au 5eme quand elle attend l'ascenseur. Elle c'est l'hôtesse en rouge, d'un mètre soixante cinq aux cheveux bruns et attachés, à la peau blanche et trop maquillée, aux grands yeux noirs. Ca commence quand je lui demande où se trouve un bureau qu'elle ne connaît pas, qu'elle me conseille de descendre. Il y a ce cinquième étage où je n'ai plus rien à faire, le rez de chaussée dont je me fous mais entre les deux il y a l'ascenseur et la jeune fille en rouge. L'ascenseur si petit que l'on se retrouve l'un contre l'autre, si près que c'en est gênant et que l'on ne sait où laisser les yeux, si près que ce n'est même pas une façon de regarder la fille avec qui l'on vient de faire l'amour, alors avant, c'est impossible, troublant. Il y a quelques centimètres et cette jeune fille au rouge à lèvres qui sourit et ses dents sont très blanches, et, mon Dieu, je ne sais pas quoi faire. L'ascenseur s'arrête et d'autres essayent de monter mais ils nous voient si serrés qu'ils savent qu'ils ne pourront jamais se mettre entre nous, c'est impossible. La fille en rouge appuie sur le bouton du bas à nouveau, comme pour refermer la porte et je ne sais toujours quoi lui dire, elle est trop près et j'aurais l'impression de crier beaucoup trop fort. C'est trop con, il faudrait faire remonter cet ascenseur à présent. On entend une chanson par le haut parleur qui diffuse la station mais ça grésille. Elle dit que c'est tout de même absurde, de ne même pas entendre correctement la radio dans cet ascenseur ! Elle a raison, elle ajoute qu'elle ne reconnaît pas la chanson qui passe. Je lui dis qu'on a fait plein de chansons dans les ascenseurs. Mais que le problème de toutes ces chansons c'est qu'elles durent plus de trois minutes. Alors qu'un trajet en ascenseur ne dure que quelques secondes. La porte s'ouvre à nouveau et elle dit c'est là. On se cogne un peu pour sortir, maladroitement, elle dit à tout à l'heure et je réponds peut-être, je ne sais pas.

A suivre, c'est une série d'histoires courtes, d'amour tout court.

Aux environs de01:58 AM

décembre 18, 2003

Script

Ca ressemble à une pause. Entre deux prises, le temps de regarder la script girl. La script girl c'est la fille qui fait ça pour rendre service et payer ses cadeaux de noël. Elle est blonde et met de petites lunettes noires lorsqu'elle inscrit le time code sur ses papiers. Elle se demande s'il y aura encore beaucoup de prises, elle dit qu'on devrait finir avant 22 heures et comme je comprends 2 heures elle dit non, parce que le lendemain elle tourne à 6 heures. Entre deux prises, elle fait une pause, la script girl, et je lui offre une cigarette, parce qu'elle n'en a plus, parce que c'est compliqué d'aller en chercher, parce que j'en ai envie. Les script girls se ressemblent, parce que souvent elles sont jolies, donc je me trompe, je ne l'ai pas déjà croisée sur un autre tournage, il y a deux ans, parce qu'elle ne bossait pas. C'est tout de même fort, ces cigarettes, dit la script girl, elle qui fume des cigarettes lights, en plus avec le froid dehors et la chaleur sous les projecteurs elle a la gorge sèche. Elle débute. Elle est blonde et pas très grande, des yeux noisettes et des sourcils très hauts, c'est étrange, un tout petit nez. 22 heures c'est trop tard pour prendre un verre. Elle avale un Coca d'une seule traite, ce sont des canettes de 15cl comme dans les avions. Je la prends en photo, elle enlève l'oreillette de son talki walki, elle a devant elle des feuilles remplies de time code, de dialogues, d'indications, raturées, surchargées, c'est le script. Elle s'étonne, elle passe une main dans ses cheveux, redresse la tête, demande si ça va, je regarde à peine l'écran et lui dis que c'est parfait. La script girl se baisse et éteint sa cigarette, elle la cache dans un coin. Elle dit qu'elle ne sait pas comment font les acteurs, elle ne pourrait jamais faire ça. Le réalisateur revient, la pause est terminée. La script girl reprend ses feuilles et remet ses lunettes. Elle glisse le bouchon de son stylo entre ses dents et note quelque chose. Elle dit que tout est ok.

Aux environs de01:38 PM

décembre 04, 2003

Filles en vrac

Sur Paris Premiere, chaîne de la culture ou de la branche sciée parisienne, diffusion de Miss Monde, commentée en "direct" façon grandes heures de l'Eurovision. Le championnat/concours/salon se déroule en Chine. Les Chinois, enchantés, ont construit une salle pour l'occasion - sorte de Bercy aggrandi... Alors ils les emmènent à la plage, sable blond et mer turquoise, ils les trimballent en ville et plans larges sur les buildings, alors ils les emmènent dans des palais et des musées. Et les 106 filles, qui aiment toute l'écologie et la paix dans le monde, qui veulent toutes être avocate ou médecin ou alors présentatrice télé et puis s'occupper des enfants ausi, les filles, elles n'en finissent pas de sourire tant elles sont heureuses d'être là. Shangaï est la première consommatrice de béton au monde.
Qu'est-ce que fout ce truc en Chine ? Qu'est ce que fout Paris Première sur ce truc ? Il y a dans ces quelques minutes quelque chose d'exceptionnel, une masse de commentaires et d'analyses pour le plus mauvais des chroniqueurs tv en manque d'inspiration. On carresse le surréalisme. Les Chinois se marrent, ils n'ont pas fini.
Sur la plage au sable blond, se dandinant d'une démarche assurée, c'est Miss Irlande du Nord qui a remporté le titre de Miss Beauty of the Beach. Mais la Suède n'a rien perdu de son charme.

Dans le métro, une très jolie fille est plongée dans le Fashion Daily. Je lui crie, en silence, lève les yeux, lève les yeux, lève les yeux. Pour voir. Elle finit par les lever, ne me jette pas un regard.
J'ai les yeux dans les "entre nous" de libé. Comment peut-on en arriver là ? (non, ça je sais...) Comment, en lançant un simple "vous, dans la voiture bar du tgv Paris-Lille à 15h24, aimerait vous revoir" se met on à croire ?
J'avais envie de faire un site spécial, reprenant jour après jour ces annonces éphemères, pour maximiser leurs chances de toucher le destinataire, bien sûr, mais aussi pour garder une trace de tous ces petits mots. Et puis... ça enlèverait sans doute une partie du charme de la chose, sans compter les conflits qui ne manqueraient pas de se créer avec le journal. Bref.

Miss Bolivie, qui aime Shakira, la Bolivie, le rap et les Etats-Unis vient d'être élue Miss Personnalité. C'est incroyable, un moment fantastique et elle est très, très heureuse. En plus il y a une très bonne ambiance.
Et dire que Nelson Montfort préfère le sport.

Aux environs de12:29 AM

novembre 23, 2003

Juste derrière

Il n'y a rien à faire. L'immuable, fautif, coupable. Il y a la musique, les albums sont classés sur le disque par genre, je clique sur jazz, puis Louis Armstrong, puis Ella and Louis, Don't be that way. Avec ça il faudrait un Manhattan, elle tremperait ses lèvres dans un Cosmopolitan - les filles ne boivent pas, elles trempent leurs lèvres, à la limite elles sirotent, plus lourd, elles dégustent.
Il n'y a rien à faire, toujours pareil, il s'agit de parler de filles et ça commence un peu pesamment, j'attends la fin de la chanson pour continuer, situer. Et engager.
Il y a une heure à peine. Derrière la vitre des filles passent. C'est la spécialité des filles, elles passent. Elles sont jolies, habillées, jupes ou pantalons serrés, cheveux attachés, je préfère parce qu'alors il devient plus facile de voir leur visage. Elles passent, parfois seules, parfois accompagnées, ça n'a pas d'importance. Derrière la vitre, dans le pub, il fait sombre et c'est la situation de l'interrogatoire, la vitre sans tain, de l'autre côté les filles ne voient rien, certaines s'approchent de la vitre, voir l'intérieur, si elles entreront, mais ce n'est qu'un pub, elles tournent, se détournent.
Il y a un inconvénient à revenir d'Irlande, la Guinness est fade et amère. Trop mousseuse, presque écoeurante.
Il y a, juste derrière, cette fille, la brune aux cheveux courts et à la cigarette roulée. Je l'entraperçois quand elle s'excuse, elle se lève, se rassoit, je me retourne, elle semble mignonne, ce n'est pas beaucoup, ce semblant, mais c'est assez. Je ne vois pas son visage, cachée derrière cette grande mèche sombre, sa main, sa cigarette, le coca dans lequel elle trempe ses lèvres.
Il y a, juste à gauche, cette fille blonde, celle là a attaché ses cheveux et mis du noir autour de ses yeux, le noir autour du blanc des yeux, ça suffisait pour les belles d'Hollywood, les images en noir et blanc. Elle est toute seule, il l'a laissée un instant, il est au bar, elle regarde autour d'elle, la rue aussi, le cendrier, sa cigarette qu'elle allume, elle n'a pas froid ? Les bras nus, la cigarette aux lèvres.
Il y a, derrière la vitre, une très jolie brune qui passe, en noir, aussi, les cheveux attachés, aussi, alors pourquoi est-elle plus jolie qu'une autre, que toutes les autres déjà passées ? Je ne sais pas, je la suis des yeux, elle passe, elle ne voit rien, derrière cette vitre dérangeante.
Il y a, derrière la vitre, toute cette histoire, le corps. Dans la grosse Mercedes, deux filles garées en double file. Le plafonnier allumé, elles regardent une carte, et sur la très grande carte Michelin il n'y a pas Paris, c'est beaucoup trop grand et Paris est beaucoup trop petit, sur la carte j'aperçois le bleu de la mer, est-ce que les deux filles vont au bord de la mer, celle qui conduit retourne la carte et laisse découvrir son visage éclairé par le plafonnier, elle passe ses deux mains dans les cheveux, comme si c'était essentiel à ce moment là de l'histoire, et moi penché sur la table je souris en regardant et tant pis pour la brune derrière qui doit se demander ce que je fais, je dis non, ce n'est pas possible, sur cette grande place, un samedi soir, ces deux jolies filles garées n'importe comment qui observent une carte, il y aura une dizaine de types pour leur proposer de l'aide, une dizaine pour essayer de monter sur les sièges en cuir, une dizaine d'enfoirés avant que je n'ai franchi la porte, les deux filles regardent leur carte et semblent avoir trouvée par où se trouve la mer parce qu'elles attachent leur ceinture, et la plus jolie regarde derrière, entame sa marche arrière et s'en va, en laissant ses feux clignoter en tous sens, ça se reflète sur la table en bois du pub.
Il y a celle qui est un peu actrice et aussi vendeuse, qui écoute du jazz et habite juste à côté, qui n'aimerait pas me voir là alors que je ne l'ai pas appelée, qui m'avait proposé de prendre un thé, mais je sais comment ça se finit, les thés, on prend un thé le soir et on prépare le café pour le lendemain, je connais la chanson, par coeur. Oui, peut-être, je lui ai dit, mais il était déjà tard, et, tu vois, c'est con, c'est vraiment très con, je savais que j'aurais dû venir en voiture, mais, tu vois, avec les embouteillages, toute la journée, la journée de dingue, trouver une place, encore des PV, et là, c'est dommage, vraiment trop con, mais c'est déjà presque le dernier métro, mais tu es là, ce week end, je t'appelle, oui, promis, on se voit, on ira boire un verre, oui, un thé, si tu veux, en plus demain je bosse finalement, tôt, un article super important, je suis déjà à la bourre, je crois même m'y mettre ce soir, alors, tu vois, c'est vraiment très con, mais c'est difficile ce soir. Alors il y a cette fille que je n'ai pas rappelée, à qui je ne saurais pas quoi dire, c'était le bateau de son père qui m'intéressait mais allez dire ça à une jeune fille.

Aux environs de02:10 AM

novembre 20, 2003

Voila

C'est pas fini, c'est même un grand bordel.
Mais je ne suis pas patient, incapable de passer du temps sur un projet s'il n'a pas d'application immédiate.
Et non, ça n'a rien à voir avec le fait que ça fasse aujourd'hui un an. Je viens de m'en apercevoir en regardant les archives.
Dans un film de Truffaut Léaud demande ce que ça fait de sortir avec une grande, une très grande fille. C'est étrange, très étrange. Dans le film on la voit de dos et je ne me souviens plus si elle est blonde.
Elle, c'est une actrice, blonde, très grande. Enfin, elle est un peu actrice, un peu vendeuse Avenue Montaigne. Trop grande, trop blonde, et, surtout, elle parle trop. Beaucoup trop. Alors je me fiche un peu d'être déjà en retard.

Aux environs de07:07 PM

octobre 22, 2003

Right Now & Right Here

Je m'arrête pas, je réfléchis. On dirait du Audiard ; voilà, retourner le couteau dans la plaie quand on n'est pas. C'est qu'il y a sans doute quelque chose à faire. Ici tout tombe je ne sais où, mais en ordre, c'est un Tetris sans fin. Il y a presque deux ans, la fermeture n'a duré que quelques jours, j'aime bien cet endroit, le détester en même temps que le remplir, c'est pareil avec tout, phase d'accumulation, puis phase de rangement extrême, d'organisation, de rationalisation. Mais après tout ce ne sont que des mots et l'on s'en fout bien, des mots et de ceux-là surtout, j'ai toujours fait ce que j'ai voulu. Aucune importance, vraiment, j'aime toutes les drogues, et celle-là presque autant que la bouteille que je suis en train de finir.

J'termine. Les premières photos, ici, il y a presque quatre ans, c'était pour une fille, une stratégie de contournement, d'encerclement, de harcèlement, séduction. Ca n'a pas marché, évidemment. Tout ça pour dire que ça n'a pas tellement changé, ici. Il s'agit toujours de filles, qu'on ne voit jamais. Il faudrait toujours écrire avec le minimum de mots, les rares fois où je relis - jamais ici, cela-dit, tant pis pour l'orthographe et le style et le reste - je rature, je réduis, d'au moins 50%, si j'étais courageux/motivé/intéressé (si je n'en avais pas strictement rien à foutre) j'apprendrais des idéogrammes - de n'importe quelle langue, je m'en fous puisque je ne le ferais pas.

Elle, puisque c'est d'elle qu'il s'agit et que les paragraphes délétères ne sont pas même mise en bouche mais simplement remplissage. On commence par quoi ? Dans ces cas-là ? D'habitude ? Je situe, je ne sais où, là c'est juste Paris, plein centre, comme Léa, Odéon, mais Léa tournait le dos à la statue (Danton, non ?) quand j'arrivais et la surprenais, elle je l'attendis trois minutes et sans doute quelques secondes devant les fringues - j'ai l'habitude des rendez-vous, il faut se repérer, et vite, Odéon, c'est trop fréquenté, c'est prendre le risque de croiser une jolie fille et de partir avec elle ou tout seul.
Je sais, j'élude. Direct. Elle, jolie, alors. Non, très jolie, j'admets. Pas mon genre - parce que j'ai un genre ? bof, c'est vrai - donc jolie, pas d'excuses. Ok, jolie - j'insiste, exprès. J'écris mais je ne garantis rien, et là, la façon dont on commence ne me laisse que peu d'espoir pour la suite, enfin, je n'ai rien de mieux à faire.
Jolie, ça veut dire grande, blonde, aux yeux bleus, à la peau aussi lisse que - j'ai de bonnes images, mais il ne faut pas s'avancer trop loin dans le récit, inutile donc de parler du parler - que la surface d'un miroir d'Hubble (par exemple ?), cheveux blonds - déjà dit - en une queue de cheval, jolie lèvres, adorables oreilles et boucles d'étoiles - et parfois, vraiment, je me demande où je vais, quand je vois ça et quand j'entends Anna qui chante « elle est jolie ? » - et adorables oreilles - voilà qui prend de plus en plus d'importance. Ca veut dire ? Ni longues ni trop petites, c'est essentiel, presque rondes, et de circonvolutions terminées en lobe, et des mèches blondes coincées derrière. Mention au petit nez fin et droit, à tomber. Regrets, pas de frange et sourcils fins et blonds. Grande et jolies formes, la jeune fille sait marcher mais dans le métro je pensais craquer, il aurait suffit qu'elle porte une jupe rouge et des bas noirs, comme la petite entr'aperçue - je ne mettrais pas la phrase à l'imparfait du subjonctif, je connais des façons plus agréables de se saouler. Elle porte quoi ? Je m'en souviens encore un peu, pas tant que ça et l'on s'en fout, rien d'exceptionnel, trop de trucs, pull, pantalon, noir, gris, foncé, pas de chapeau et grand manteau et grand foulard - mais ne dit-on pas étole ? trop classique, diantre.
Ensuite ? L'indifférence, l'envie d'écrire mais dire quoi ? Parler d'elle, jolie fille et fille sage, elle qui commande un jus de pomme et moi qui sais déjà que je ne prendrais pas un autre Black Russian, elle qui veut de l'eau en expliquant qu'elle ne s'y connaît pas tant que ça en vin et je referme la carte. Elle qui ne fume pas et tant mieux pour l'embrasser mais je me lasse de jouer avec cette cigarette que je finis par allumer, et puis d'autres, je m'en fous, mademoiselle, il fallait te plaindre.
Deux heures et ton visage s'estompe déjà, je ne sais comment raconter cette histoire qui de toute façon se terminera mal, parce que je m'en fous, parce que je n'en ai pas envie, que je vais me forcer, un peu, comme lorsqu'il s'agit d'écrire sur commande, bien sans plus, sans conviction.
Il eut fallu une touche d'imprévu, d'inattendu, pas m'entendre te raconter mes histoires - mais tu ne le savais pas, que mes histoires me fatiguaient depuis longtemps - il t'eut fallu m'en raconter, et de jolies : des aventures aventurières d'aventureuse. Ou de jeune fille sage et jolie fille à pervertir. Ce ne sont pas les balades que nous ferons un jour dans Paris qui me feront rêver et te regretter, il en faudra un peu plus, un minimum de bord de mer, pas de piscine, c'est moi le noyé, depuis longtemps. Tu as les ongles trop longs pour t'emmener sur un bateau, et tes talons claquent quand tu marches, en voilà du bruit. Je t'aurais accordé le tailleur même un peu strict - pour le plaisir de le transgresser - j'aurais adoré les bas résilles. Parenthèse : non pas pour justifier les bas résilles, pour remarquer que j'ai jamais bien maîtrisé le passé, autant éviter de l'employer, la situation ne l'exige pas.
Je finis la bouteille - qui était plus pleine que je ne l'imaginais - je fume les clopes que j'avais envisagées pour la soirée. Tu sais ce que j'ai préféré : le regard du serveur et dîner en face de la plus jolie fille de l'endroit adéquat en ce jour de prix littéraire et de ma place regarder la petite en face, un peu plus loin, qui me plaisait.
Quatre petites heures, sans temps mort, ce n'est pas si difficile, il n'y a pas à faire semblant, et quand j'avais peur de manquer d'inspiration il suffisait de te regarder tourner la tête quelques instants, voir ton profil, motivation immédiate crois-moi.
J'ai pas bu grand chose alors et pas tes paroles, j'ai siroté longuement, et ce Black Russian qui était finalement White mais je n'ai rien dit, pourquoi pas après tout, tu n'est pas brune non plus.
Elle, qui se tient droite et pose ses deux coudes sur la table, qui pose sa main en le refermant juste sous son menton et cela créé un petit pli juste sous sa lèvre inférieur, elle qui plisse légèrement les yeux alors qu'il n'y a pas de soleil, elle qui a froid aux mains alors elle les glisse sous ses bras et croise le tout sur sa poitrine. Alors j'invente. Une vie, à moitié vraie, des histoires, des situations, je lui raconte un peu n'importe quoi, à peu près, quelque chose comme ça. Et elle me regarde, parfois à ma droite, derrière, puis moi, sourit, rit, supplie encore, à peu près, quelque chose comme ça. Je regarde les livres. Il y a là le Femina et le Goncourt et l'Interallié et le France Télévisions et le Renaudot et le Livre Inter et Les Quatre Libraires et une pancarte posée près de l'entrée qui indique que, déjà, le Goncourt n'est pas allé à Beigbeder et c'est la seule information et c'est Amett qui l'a eu pour un livre passionnant sur Brecht et rien que ça, déjà, s'annonce passionnant mais je m'en fous, rien ne change puisque je ne l'ai pas lu, tout comme je n'ai pas lu Quignard ni Ruffin ni Echenoz ni Roze ni. Je ne lui parle pas de fait divers, elle est plus branchée grand écran. Bien. J'enchaîne, nous n'avons aucun film en commun, j'invente des histoires sur d'autres films, j'aimerais qu'elle parle et elle le fait mais elle ne tient pas la distance, elle raconte les faits, c'est une brève, un fait divers, pour le coup - et quel coup. Et quant à moi je ne sais même pas ce qu'elle fait en face de moi et pourquoi elle ne s'en va pas à moins que ce ne soit moi qui doive me barrer, oui, pourquoi pas, mais je m'en fous, je m'étonne qu'un seul Black Russian me permette de passer ces heures sans regarder l'heure, avec la tête presque un peu plus loin, il n'y a qu'une Guinness avalée avant, ce n'est pas tant, cela me semble bon à savoir sur le moment.
Et puis, à propos de moment, il y a cet autre, celui d'avant l'après. Pas venu en voiture, tout était prévu : et si la soirée était longue, et s'il fallait boire, autant rentrer en métro, ne pas prendre la voiture, alors le moment horrible, celui où nous sommes face à face et pire quai à quai, dans le métro, toi dans un sens et moi dans l'autre, sous le panneau lumineux, même une minute semblait une éternité, tu es loin assise je ne sais pas si tu me regardes mais je le devine en te voyant sourire dès que je plisse la bouche, je le ferais aussi, juste une question d'éducation, reculer la table quand tu t'assois, te laisser passer, t'ouvrir la porte, laisser un pourboire, faire semblant d'insister pour t'inviter, te laisser choisir en te conseillant - même le rouget que tu ne connais pas et que tu ne prendras pas, je suis rassuré, il n'y a rien de pire qu'un rouget pas frais - te tenir la porte, ne pas partir en courant sans payer, dire au revoir et merci, te dire au revoir ou à bientôt, sans doute, oui, te dire que, oui, on s'appellera, que ça marche. Conventions. Ne pas te répondre quand tu refuses que je t'invite parce que ce n'est qu'une première fois mais que je peux t'inviter une prochaine fois, ne pas t'entendre quand tu demandes en riant si je veux aller manger une glace - j'ai une gueule à manger une glace à minuit en octobre ? et quand bien même j'aurais été amoureux, et là je l'aurais fait, je n'aurais pas su où en trouver à cette heure !

Bien avancé, hein ? C'est aussi ce que je pense. Je vais tout de même essayer de t'appeler, je vais tout de même essayer de faire semblant, toujours aller au bout de ses conneries, assumer. Je ne te promets rien, mais pour peu que tu changes d'avis, pour peu que tu m'envoies balader, tout ça pourrait bien se transformer en une jolie histoire. Plasma, ersatz de sang frais, substance érotique. Mais c'est Anna qui n'en finit pas de ne pas être là. Et de me manquer.

Aux environs de02:36 AM

octobre 21, 2003

Epreuves non corrigées

Inutile de cacher plus longtemps qu'écrire ici m'ennuie. Est-ce de la lassitude ? Je n'écris pas non plus vraiment ailleurs - non, rien en gestation, ni l'envie ni l'inspiration.

Il n'y a plus grand chose d'intime depuis longtemps. Ca m'amuse parfois de bafouiller quelques mots, mais sans plus. On est loin de l'ambition originale, de la mise en forme et par écrit, le bloc-note en vrac, davantage exhaustif que de qualité. Gêné aux entournures et à l'entourage, non pas tant que certains lisent mais qu'ils y trouvent de l'intérêt - voilà qui dérange.
L'aspect chronologique, en premier lieu. J'aimais claquer tout ce bordel ici, mais la régularité qu'entraîne l'aspect chronologique est mortel, l'histoire du rocher, recommencer etc.

Même les photos m'ennuient, j'en mets de moins en moins souvent et ça s'arrêtera de toute façon le jour où je ne disposerai plus de ce serveur.

Coup de spleen ? Foutaises, non, merci.
Je relis.

Je ne sais même plus si j'ai déjà balancé quelque part ces conneries là.

"Vous étiez charmante, hier soir. Votre jupe noir, cachant vos jambes sous du nylon noir, sur des petites chaussures rouges. Votre chapeau, béret multicolore sorti d'un esprit warholien. Vos boucles d'oreilles en étoile. Si vous saviez ce qu'elles me rappellent ces étoiles. J'aurais aimé vous embrasser. Avant de vous quitter. Vous êtes évanescente, évanouissante. Bébé donne son sang et bébé s'évanouit. Bébé vient vous voir, bébé vous aime et Bébé vous quitte, sans raison. Bébé n'aime pas les hommes avec qui elle est. Mais comme ils l'intriguent, Bébé reste avec eux. Bébé danse sur des bateaux. On retrouve Bébé marchant sur le pont des arts. Bébé sourit parce qu'elle oublie d'être malheureuse, parce qu'elle oublie de penser à moi. Bébé fait des bêtises, avec elle, avec les autres, mais elle s'en fiche. Ne s'en aperçoit même pas. Bébé est-elle amoureuse, parfois ? oui, Bébé le dit. Il y a longtemps. Elle ne s'en souvient plus très bien. Et moi je suis amoureux de Bébé. Et ça ne va pas me simplifier la vie..."

Ce genre de conneries, facilement situées dans le temps.
Je relis, il y a des centaines de pages de cette teneur (de cette merde). Je m'en fous. Je pourrais mettre le reste, sans aucun état d'âme, il n'y a aucune pudeur là-dedans.

"L'image est usée, mais tu es le paratonnerre de mes coups de foudre. Sauf que tu retiens tout ce courant là. J'aurai aimé t'écrire de jolies lettres, pour que tu les lises. Pas cette connerie qui s'étale sur des centaines de pages et qui ressemble au dégueuli d'un ivrogne de narcissisme. Tout est vrai et tout est honteux. Et ce qui ne serait pas vrai serait encore moins reluisant.
Tes années se passeront sans moi et ma vie sera privée de ton sourire. J'ai trop pensé à tes jolis yeux mademoiselle. J'en ai oublié de regarder les autres.
Je ne le regrette pas, les tiens étaient vraiment plus jolis, tu sais.
Et quoique j'en dise, ils me manqueront.
Et quoique tu en dises, j'aimerai les revoir.
"

Une sorte d'auto-dénigration/dérision.
Avec ta frange tu ressemblais davantage à Anna, mais je m'en fous, Anna est bien mieux que toi.

Parfois c'est bien pire, inutile de lire, les mots sont ridicules d'eux-mêmes.

"Demain il fera chaud et l'orage ne sera qu'un souvenir, au mieux. Le soleil reprendra son droit de brûler ce sur quoi il se posera. Le vent soufflera peut-être, pour le bonheur des voiliers qui n'osaient montrer leurs grands mats d'aluminium sous les éclairs. La mer se couvrira d'un peu d'écume, brisant son bleu uniforme, se ridera sous les rafales, revivra. Les nuages retardataires finiront de passer dans le ciel, masquant pour quelques minutes le soleil. Et il fera beau, à nouveau, comme hier. Le baromètre remontera, optimiste ou audacieux, rassurant. Les nappes ressortiront sur les tables de plastique des jardins, les piscines se découvriront au contraire des plages qui troqueront leur pâle couleur sable contre le noir des peaux brûlées."

Il faut assumer, même le pire, dont acte.
Un peu, de suite.

"Je ne parle pas tellement de nous. Je ne sais quoi dire en fait. Pour changer. Mais tu vois, certaines choses ne changent pas. Comme le fait qu'il te suffit de m'envoyer quelques mots, même incohérents, pour me donner envie d'écrire. A toi, sur toi, pour toi. De t'écrire au lieu de te parler. De t'écrire comme te coucher sur le papier avec de l'encre, sinon je t'aurai dit à t'écrire. T'écrire comme te décrire.
Serais-tu, toi, demoiselle en manque d'affection ou en manque de jeu amoureux ? Tu sais à quel point je t'ai toujours dit être d'accord pour jouer avec toi, d'accord pour accepter tes règles, d'accord pour avoir le mauvais rôle. D'accord pour perdre aussi. Tu peux truquer les dés ou même ne pas me laisser les lancer. J'étais d'accord pour que tu poses tes règles et que j'en dispose. J'acceptais tout et tu n'avais qu'à t'amuser.
Mais tu n'as pas voulu, je ne sais pourquoi. Tu n'avais rien à perdre, au contraire de moi. Tu avais tout à y gagner, moi aussi, certes.
Alors si nous jouons, aujourd'hui, permets moi de te demander une certaine équité dans les règles. Cette fois nous jouerons-jouirons à deux et tu pourras perdre et moi être le seul à gagner. Je ne couche pas la proposition sur papier, ne te propose pas un contrat écrit, tout cela serait de fort mauvais goût, non ?
"

C'était un soir d'été, je crois, elle avait envoyé un sms, quelque chose comme ça, c'était reparti, pour quelques mois. Ca n'a pas d'intérêt, j'archive, seulement. Une façon comme une autre que toute ces histoires sont multipliables à l'infini, que ça ne veut rien dire, que ce n'est même pas toujours bien écrit.

J'écris n'importe quoi.

"J'aime pas le sort et l'ironie ne me plaît guère plus a priori, je t'avouerai. tant pis, c'est la vie. Et c'est comme ça. C'est où la rue Caumartin ? Tu rentres quand à Paris ? Et avec ta moitié (j'ai envie de dire connard, mais c'est moi qui suis énervé. Il n'y est pour rien, lui. J'aurai même plutôt une certaine compassion, à moins qu'il ne s'agisse de pitié) ? Il est où mon stylet ? C'est loin le bout du monde ?

Sanglée ensanglantée en sanglots, grelottante dilettante. Atterrant. Et c'est moi qui atterri, sur le Q de mes soliloques, quand j'M tes messages pas le N de tes non. J'arrive même plus à aligner trois noms quand j'aurais aimé m'aligner sur la ligne pas nette de tes obtus désirs. Flou gaussien et plus artistique. Je ne connais pas la différence quand tu m'obliges la déférence. T jeune et les barres sur les T sont devenues du thé à la menthe sans mentir mais sucré, quand mes points sur tes I sont Thésée sur des pointes. T belle et j'en crêve à force de mes rêves. Qui ne font mal qu'au matin, pas comme la vie. Victime. Rêve à en crever moi qui t'attends et t'a si peu. En rêve. L'aura pas qu'on me dit et médit. En dédit je dis non après dîner et l'apéro pris bas. Et tu t'en fous quand c'est moi qui veut t'en foutre. Dans la gueule et ailleurs, sur le corps et au soleil. Et c'est moi qui m'en fous quand tu veux me le rendre. C'est toi qui m'a fait fou quand c'est moi qui m'en foutait. Absence d'un soir quand d'étoiles en étoiles tu fis tes voux, et là tu fais ce que tu veux. C'est moi qui n'ai rien vu, moi qui n'ai rien fait, pas même un vou. Et c'est moi qui veux, et c'est toi qui fait. Quand tu veux. Y es-tu pour moi ? moi j'y tue pour toi, perdu entre un mot et un mort, cadavre exquis aux amers relents de poussière de mer. Amers regrets d'une âme de mer, au bord d'une autre, au bord d'elle. Boxon notoire ça fait des points au scrabble pas de peine aux scories de mes amours biaisés.
T ou là ? Thé ou lait ? T'es où lo ? A la menthe et avec du sucre. Pour ce que tu me mens et ce que tu me sucres. Amant pas sucré. Amande amère, goût de poison. Cyanure et si y'a pas ? Bord de toi au bord d'une île et clopes dunhill. Cour chaud mais d'artichaut. On m'y reprendra plus, je m'y pendrai tout seul, au fil de mes rêves. La belle au bois dormant au rouet de tes coups. Et tu n'auras plus qu'à oublier ces messages auxquels tu ne réponds pas. Tu n'auras plus qu'à oublier cette voix à laquelle tu ne réponds pas. Et puis moi tout entier puisque je ne t'intéresse pas. Epuise moi tout entier. Aussi. Au cirque ou au cimetière. Ou au cimeterre. Délétère trop terre à terre, dans l'éther de mon amour.
Je me rappelle plus tes mains. Deux mains tu me dis et moi j'attends. Je cherche les mots que je ne trouve pas alors je les invente, comme je t'ai inventée toi qui t'évanouis et vacille déjà dans ma mémoire. Déjà tu n'es plus qu'un jeu et je reprends mon je que j'avais mis en dépôt vente. Tout mon je dans un doggy bag que je gardais pour toi, bien au frais dans le freezer entre deux bières. Je le sors et le mets en bière entre deux plus très frais.
Photo clichée pour te séduire mais tu ne regardes pas, moi j'ai tout gardé. Tes mots et des lettres, tes morts et tes êtres. Tu te tires à tire d'elle et moi je fais des conneries, d'elle en aile, de l'une à l'autre, à l'aune de l'aube. Je joue j'm'en fous. Tout est semblant sanglant sans gland. Rien à faire mais rien à perdre. C'est une question de vie ou de mort mais la mort est hors je. Sifflée carton rouge la mort. Expulsée. Et la vie qui survit. Ridicule et tubercule. C'est nul.
Reviens que je m'arrête. Je t'ai tout dit là. Je t'ai dit je t'aime. Je t'ai dit tu me fais chier. J'ai dit t'oublier et je t'ai suppliée. Mais t'as rien entendu ou t'as rien compris. Où c'est moi qu'ai rien envoyé. Mais t'es pas là. Et c'est ça qui va pas. Les gens qui s'aiment ça doit être ensemble. C'est logique, c'est comme ça.
Alors je continue ? Mes conneries et le chaud qui must go on ? Et je t'envoie tout par chronopost, accusé de réception et recommandé. Et fais gaffe le facteur, c'est de l'amour, ça, pas des factures. C'est con mais moi j'y tiens.
Et j'entends toujours pas ta voix toi ma demoiselle qui raccroche quand je l'appelle. C'est moi qui devrait raccrocher. Les gants au vestiaire, élégant faussaire. J'ai cru être amoureux, ça devait être faux. Je me rassure, sur la vie et en tous risques. I miss you et I mise you. 8, comme le 8 mars. Rouge comme ta jupe. Pair, à deux. Jackpot mais Jack à dit pas d'pot pas touche. Et je laisse le tout sur la table. Affable, pourboire de roi. Jack s'en même et Jack'son balance de gauche à droite. J'me casse en disgrâce, sortie exit vers Terre d'exile. Verte Asie mais vain asile. Triste sire et sombre affair. I date you à environ deux ans. Where ? Egyptia. Et j'y gît.
Paris je te quitte, tes ponts ne me mène pas à mon-île. Pont des arts et des espérés.
Tu t'appelles pas Lolita, pas lola non plus. Et lo coule sous les ponts. A m'y jeter je n'attraperai que froid moi qui voulais toi. Tu t'appelles comme tu t'épèles, difficilement, de pelures d'oignons qui font pleurer en arabesques de zestes incestes de citron acidulé. J'invente un vent, du sud au nord, gonflé à l'eau salée sans goût de larmes, courant d'air plus que mistral, tu le souffles et éteins une bougie vapeur. Tsunami tu m'as mis dans un piège dont je ne sors plus. Ensorcelle en sorts frelatés. Cathédrale de papier car tes Graals paraphés, envoyés de ta ville sainte que je relis à les user. Mot après mot. Ca mord pas. Et je pêche.
It's the end and c'est sans doute mieux comme ça.
Accepte mes baisers polis par la mer qui les ressasse.
Je t'.
C'est peut-être pas vrai, mais c plus joli."

J'ai déjà vu ça, non ? Quelque part, sur ouahad, ce n'est pas du recyclage, une façon de montrer qu'il y en a autant dedans que dehors. Un peu comme une île flottante à la fourchette, même pas sûr de bouffer le meilleur. Si ce n'est pas vrai à quoi bon le dire et le tenir ou l'écrire ?

Elle s'en va pas cette foutue histoire, c'était couru d'avance, les morts vivants sont pas facile à tuer.

J'ai arrêté tout ça après new york/01, sans rapport, je l'ai inventé. D'autres morceaux, les plus épais, éparpillés/dissiminés, oui, coupés comme des corps, on peut le voir comme ça, quelque part ici, ces pages que je devrais effacer, qui restent.

Finalement j'aurais dû continuer à foutre du bordel un peu partour, à multiplier l'aspect grenier poussiereux plutôt qu'adopter cette publication rigide qui n'a aucun sens.
Je découvre d'autres histoires dans d'autres fichiers.

"Alors j'ai abandonné les pays trop chauds et les mers trop bleues, les fleuves qui s'y déversent et les bateaux qui y pourrissent. J'ai abandonné des visages salés et des corps brûlés, promesses d'ivresses mais nuits d'ivrognes sans rêves. J'ai abandonné ces histoires sans fin et sans appétit, ces conneries débitées sur des papiers trouvés et puis perdus. J'ai abandonné les mots avant de les avoir perdus, les ai laissés dans la consigne automatique d'une gare désaffectée. J'ai abandonné des idées dans des verres anisés et des âmes enchevêtrées les unes aux autres. J'ai abandonné, asilé au pays de sucres héroïnisés par l'indélicat barbu du bar de là-haut. J'ai abandonné, sous les gouttes de pluies, des pays utopisés et des paradis atomisés, repoussé par un vent motorisé. J'ai abandonné les bars aux tabacs des bords de mer, les verres continuent d'y suinter et les banquettes de s'élimer, toutes seules ou pas. Je t'ai abandonnée toi mais j'ai perdu plus que ça.

Dans un avion on vole
Dans un bateau on navigue
Dans une voiture on roule
Dans un train, on traine ? alors on baise.
"

Il y a plus de dix ans, je me disputais déjà une fille avec lui. Ni l'un ni l'autre n'a gagné, j'ai encore quelques textes, l'avantage du traitement de texte, lui qui les écrivait sur quadrillé Clairefontaine les a perdu en les lui donnant. Beaucoup de merde, oh, bien sûr, jeunesse etc. mais non, voilà :

"Inconsidérée mais aimée,
Laissée et désirée,
Futile mais si jolie,
Utile et si fragile
"

Je ne mets pas le pire, on est déjà assez bas. Au moins je préfère ce que je fais maintenant.

Au hasard, encore (par hasard et pas rasé, comme j'ai aussi j'veux pas qu'on m'aime mais j'veux quand même, qui devrait sous-titrer tout ce bordel, j'emprunte).

"Je crois savoir que vous êtes de retour en France. Aurez-vous la délicatesse de me le faire savoir de façon plus officielle ou allez vous attendre que je vous le demande, au mois de septembre ? allez vous me faire languir encore deux mois, au risque de me laisser vous oublier ? libre à vous, de même.
M'en voudrez-vous de ne pas avoir pensé à vous ? Je crois que je vous oublie, la faute à la mer, au vent qui m'enivre plus que vous, plus violent et plus près surtout. Je le sens sans avoir besoin de me le rappeler, entends les vagues sans avoir besoin de les rêver. Pourquoi n'êtes vous pas un peu plus proche de moi ? Pourquoi ne me répondez vous pas ? vous êtes si distante, et vous continuez malgré tout à me manquer, cela est indéniable. le mot n'est pas joli d'ailleurs, mais peu importe après tout.
Je vous attends, encore un peu, jusqu'à ce que je me lasse, ou que vous veniez à moi, que vous quitte ou vous oublie. Je suis sans doute un peu mégalomane, mais c'est peut-être aussi la seule façon de vivre. Comment apprécier les autres si l'on ne s'apprécie pas soi même ? Que dire d'autre, encore, ce soir ? je vais vous quitter pour un livre, je pense. Je ne vous ai pas demandé de lire ce journal ! C'est moi qui vous l'ai donné ? êtes vous sûre au moins que j'étais conscient, sain de corps, et surtout d'esprit, non sous l'emprise d'une quelconque drogue ? que je n'ai pas voulu vous donner quelqu'autre nouvelle que j'écrirai bientôt, ou même, encore, que vous ne me l'avez pas volé, ce journal ? vous voyez, j'ai des excuses à la pelle. Lesquelles avez vous pour vous permettre, non seulement de me lire mais en plus de me critiquer ?
"

Lourd, lourd, lourd, laborieux, chiant.
Et avant, encore avant, alors que tout ici n'était même pas encore à l'état de projet, je suis surpris de lire ça.

"Je ne t'ai pas oubliée mais avais d'autres projets d'écriture en tête. Des projets qui ne te concernent pas, tu sais ce genre de textes, de nouvelles qui n'ont aucun sens, ni à écrire ni à lire mais qui flattent sans doute un peu l'ego. C'est l'histoire d'un mec. oh, et puis, après tout, tu la liras peut être un jour, j'ai la prétention d'afficher ces élucubrations, de façon anonyme, heureusement. Je trouve amusant l'idée d'un site Internet qui exhibe sans dévoiler. Textes et photos, impressions, vécu, mais pas de nom. "

Peut-être que j'aime finalement écrire aussi longuement parce que j'ai l'intuition que cela découragera le lecteur, qu'au bout d'un moment je me retrouve davantage seul (peinard).
Finir là-dessus ?

"Je m'octroie le droit de me plaindre, j'ai l'impression d'emmerder le monde avec mes problèmes et mes écrits. Je ne sais même pas si vous les lisez, je m'adresse à vous comme à tous les autres. J'ai l'impression de faire peur, je passe pour un fou, aussi parfois. Enfin, pour quelqu'un d'étrange. Cela m'amuse parfois, pas toujours. Il n'est pas facile de s'assumer.

Je vous embrasse, espérant secrètement que c'est la dernière fois que j'aurais à la faire sur du papier, et encore, sur un ersatz de papier. On a les paradis qu'on peut. "

Je relis tout ça, avec le sourire, ça semble si loin, alors que ça ne l'est pas tant, ou l'inverse, parfois. Finalement elle est encore plus présente que je ne l'avais pensé, davantage encore que je ne l'avais redouté.

Quant à une autre, il est temps de finir les paroles de la chanson que je ne chanterai pas.

"Eh Camille
Mets donc tes bas résilles, de bière en bière je vacille
Eh Camille
Cette histoire d'un soir sur un quai pas très loin de bastille

Et te dire pour une fois tous ces mots que je vis d'ivre voix,
mes déboires de ce soir et tes yeux, tout s'éteint au matin

Ho Camille
Ciao bye bye
Je me barre par l'écoutille
Adieu Camille

Un train d'enfer Entre tes reins
Toute une nuit j'étais vraiment plein
Au réveil seul
L'abandon entre mes mains

Trop saoul d'écume De filles faciles
Et d'histoires qu'on déshabille
Un peu d'alcool
Te voilà les yeux qui brillent

Hé Camille
J'embarque sans toi demain
Je me barre en rade au plus loin
Une histoire
Fade et partie en vrille
Un amour
D'un unique refrain

Une vieille canaille qui rencontre une fille de rien
Une histoire d'amour esquissée juste le temps d'un refrain

Oh Camille, prends tes bas résilles
Et viens sans culotte à la station bastille

Un train d'enfer Entre tes reins
Toute une nuit j'étais vraiment plein
Au réveil seul
L'abandon entre mes mains

Trop saoul d'écume De filles faciles
Toutes ces histoires là je me rhabille
Et trop d'alcool
Les souvenirs se distillent
"

Elle n'aimera pas, je m'en fous, j'ouvre une Guinness.
J'y vais. Ce soir j'ai une autre histoire à foutre en l'air.
Si elle est aussi jolie.

Aux environs de06:55 PM

octobre 08, 2003

Intermède

Elle est revenue, cette nuit. Ce n'est pas un jeu de mots, à peine de lettre. Elle a appelé, deux ans après que tout se soit terminé, pour se voir. Je lui ai proposé un concert, j'avais des places en trop, elle a accepté, c'était hier soir, dans la nuit, Blur, hasard, connaissait-elle au moins, nous n'en avons pas parlé, nous n'avons pas beaucoup parlé, de toute façon. En arrivant, dans la salle, elle a glissé sa main sur mon épaule, je n'étais pas seul, elle s'est assise à côté. Je sais l'avoir trouvée très jolie, elle n'avait pas tant changé, deux ans seulement, toujours ses longs cheveux noirs, ce joli visage, elle souriait, était contente d'être là, nous n'en avons pas parlé, nous n'avons pas beaucoup parlé. Cali faisait la première partie, mais je n'ai reconnu aucune des chansons, je la regardais, aussi, elle était toute de noir, joli corps de danseuse, à Paris pour quelques jours. La lumière s'est rallumée, intermède, elle est partie aux toilettes, plutôt non, elle en est revenue, je ne l'ai pas vue quitter sa place, elle avait changé, s'était changée, une grande robe rouge à la place de son noir. Elle m'a dit quelque chose comme señorita, je n'ai pas très bien entendu, mais ça me faisait penser à Carmen, et pourquoi pas, si elle avait voulu, je lui aurais bien jeté des roses de toutes les places d'un opéra, elle avait lâché ses cheveux et sa robe fendue jusqu'à la taille laissait voir ses jambes. Elle a dit qu'elle voulait être jolie, qu'elle n'avait pas pu arriver comme ça mais qu'à présent elle pouvait, avait envie de profiter d'être là, ce soir. Je ne me souviens plus au juste si Blur a finalement joué, si nous avons finalement entendu le concert, si nous sommes partis ensuite, ou avant, si le temps a continué après ces mots. Plus tard, à moitié éveillé, je me suis demandé s'il faudrait l'appeler, pour la remercier de cette soirée, si elle accepterait, si elle décrocherait. J'ai réalisé que je ne pourrais pas, que les rêves ne communiquent pas tellement avec la vie, sauf peut-être entre 3 et 5 heures du matin, quand les jeunes filles sages dorment.
Troublé, d'avoir rêvé d'elle, alors que je pensais l'avoir oubliée, quand je l'avais simplement laissée un peu à côté. Si elle le sait, elle sera davantage encore perturbée. Si elle le lit, elle m'en voudra davantage encore. J'aurais aimé l'appeler pour lui dire que je m'en veux toujours, de m'être autant trompé, d'avoir fait n'importe quoi il y a trois ans, en passant devant la brasserie du Luxembourg, où je l'avais retrouvée. Jolie elle, c'est finalement la seule lettre que j'aurais dû m'autoriser.

Aux environs de12:50 PM

octobre 04, 2003

Roller Girl

Petite conne comment te dire adieu tu n'en finis pas de jouer et comment t'oublier quand tu fais signe innocente comment passer, à côté, tu es fatigante et chiante et tu le sais à présent que j'ai perdu et le jeu auquel je voulais jouer et toi qui te barres aguicheuse comme jamais et balançant de droite et de gauche provoquant non pas ça mais des regrets amers. Et tu n'en finis pas de te balancer et de droite et de gauche et je n'en finis pas de te regarder quand tu te retournes parce qu'en plus tu te retournes et que tu fais signe parce qu'en plus tu fais signe, ostensiblement, c'est le mot provocatrice. Anormale petite fille. Marrante. Jolie. Non, pas mal. Prétentieux. T'es où je te vois plus disparue derrière l'angle de cette rue-là tu fais le tour et réapparais non ? Je ne t'attendais pas, dernier prévenu, dernière chance, en sursis. Tu reviens, tu m'embrasses, tu t'en vas, sans rien dire. Va et vient, entre deux rues, ton ombre reste ou te précède que fais-tu là je te demande quand tu ne réponds pas et ton sourire je n'en peux plus entrouvre juste la bouche que je vois tes lèvres. Itinéraire, jolie fille, déviation. Encore une fois va et vient et comment te dire adieu. Viens voir si tu oses. Et va-t-en. T'entends le bruit du papier qu'on déchire et de la gomme qui trace partie sur le bitume. Vil nuit. Encore une fois, une dernière fois pour cette fois t'embrasser te voir partir. Tu ne manques pas, finalement. Il manque trop de soirs dans cette histoire d'absente et les arbres n'ont pas laissé tomber leurs feuilles de papier, peu inspirés. Trop de point, il manque une lettre, genre enflammée. On ne ramassera pas les feuilles qui pourriront avant d'être mortes, abandonnées sur ce bitume noir à ligne blanche rayé en passage protégé. Dont tu t'es éloignée, sur lequel tu n'a jamais traversé, toi qui préfères t'éloigner façon dérive et moi justement, regard rivé sans sens sur ton pas chaloupant, de droite et de gauche, balançant, quand tu t'en vas. Las. Va et vient, entre deux soirs à t'attendre, j'entends ta voix qui disait hier encore et quoi, j'ai oublié les mots ne reste plus que le son, j'écoute en boucle. Las, va et vient dans un désert je tourne en rond autour de toi et tu t'en vas je te rejoins, encerclée je finis par te rejoindre, condamné sur cette route à te croiser encore, itinéraire bis. Là. Tes mots aussi, je relis. Le seul lit traversé est celui d'un fleuve, douteux. Genre, Seine pour un crime en noir et blanc, tu vois, le genre.
A suivre, plus tard.

Aux environs de08:29 PM

septembre 19, 2003

Mise à jour

Update : tout ça pour une fille au QI discret et au cul discutable, certes, mais tout de même adorable.
(J'adorerais que les plans se déroulent sans accroc. Plus souvent.)

Aux environs de12:33 AM

septembre 17, 2003

Constat

Tout ça pour une fille au qi discret et au cul discutable.

Aux environs de03:45 PM

septembre 11, 2003

Jour après jour

La multiplication - on pourrait dire recrudescence, c'est un terme très apprecié des journalistes lorsqu'il s'agit d'un phénomène négatif - des posts concernant les filles récemment s'explique très simplement.
Tout est lié. A la recrudescence des PV (a-)dressés dans les rues de Paris. Lassé de payer en moyenne deux fois onze euros par jour - ce qui fait payer extrêmement cher le luxe de se déplacer en voiture - j'ai repris le métro et le bus. Dès lors, il fallait s'y attendre, il ne se passe pas une journée sans que je ne croise le regard d'une fille un peu plus jolie que les autres.
Il faudrait créer une section spéciale, une sorte d'agenda de rencontres, à la manière d'un compte-rendu, ou d'un procès verbal, justement.

Hier, mecredi 10 septembre 2003, 13h00.
Une grande brune, de type mediterranéen monte dans le premier wagon d'une rame de la ligne 7, à la station Châtelet. Agée d'environ 25 ans, elle est accompagnée d'une femme plus agée, blonde, qui semble être sa mère. Elles restent debout et discutent à voix basse. La fille brune est habillée tout de noir et porte un long manteau, ce n'est que lorsqu'elle descend à la station Cadet que je m'aperçois qu'elle est enceinte.

Hier, mercredi 10 septembre 2003, 16H30.
Une jeune fille monte dans le 4e wagon d'une rame de la ligne 7 direction Ivry-Villejuif, station Lepeletier. Elle descend à la station Palais-Royal Musée du Louvre. Elle est grande et fine, entre 17 et 22 ans, très jolie. Blonde-châtain, cheveux mi-longs attachés, grands yeux très noirs, petit nez et adorable bouche, peau très claire. (Adorable n'est pas un objectif que l'on retrouve souvent dans ce genre de description, cependant). Elle porte un pantalon noir, une jupe courte par dessus, un haut blanc laissant apercevoir son nombril (non percé), un large ceinturon et une parka en toile gris-verte de style militaire.
Pendant tout son trajet, à l'autre bout de la rame, un vieux gueule, une petite place ou une petite pièce, les mots sont indistincts.

Ce serait un peu comme une rubrique des chiens écrasés.

Aux environs de04:33 PM

septembre 09, 2003

Comme d'habitude

Elle me demande - presque - de lui faire ses devoirs et j'accepte - presque.

Hier soir, dans le bus, jolie fille vient s'assoir, banquiette arrière large, on peut se voir. Elle lit le Fig mag, chronique de Nourrissier sur le dernier Beigbeder, article sur Beigbeder - ce type me poursuit, expliquer pourquoi un jour. Je lis Allah Superstar de Y.B. l'occasion de le placer - rare, ici, mais parfois ça en vaut la peine, même si tout le monde en parle déjà, je ris à haute voix.
Et ? Non, il ne se passe rien - de manière générale, il ne se passe pas grand chose, tout est dans la façon de le raconter. Là, elle descend, un arrêt avant, pas jolie, non, finalement très jolie, je la regarde par la fenêtre - parce que sur la banquette arrière, je la vois en travelling arrière - elle a passé son sac en bandoulière, haut rouge - tee shirt ? non, plus élaboré, manque de vocabulaire. Arrêt suivant, le mien, je descends, et puis vais vers elle - qui a eu le temps d'avancer, faire un plan ? - et traverse, repars dans l'autre sens, elle m'a vu, je ne sais ce qu'elle en a pensé - musique. J'entre dans la boulangerie - à gauche, normalement jamais, mais là, pour la revoir, je suis pressé, ressors, la croise, elle tourne à gauche, je traverse encore, c'est tout.

C'est tous les jours alors ?
Oui, mais faut pas croire, ça me lasse, aussi, tout ce n'importe quoi. Il faut meubler le temps, pourtant.

Aux environs de06:07 PM

septembre 08, 2003

Epitaphe

Je disais, c'est trop mièvre ici, ça pue toujours autant les bons sentiments, j'aime pas. S'y complaire, oui, l'assumer, passe encore, mais l'apprécier non. Je disais - je dis beaucoup, fais moins, ça ne surprend pas - il faudrait - conditionnel ? - écrire trash. Raconter le sexe, et plus le leur que le mien, les nuits, les inventer sinon, faisable ?
Elle, phase d'approche, avancement des travaux, work in progress etc. 6 mois. Mars, avril, mai, juin, juillet, août, tiens, 6 mois, hé, 6 mois pile, jour pour jour, quelques heures encore avant de te voir débarquer, tu viens ?
Elle, donc, sur MSN, (oh les mots, aime, est-ce haine, quelle imagination !).
Peu importe. Elle, vient, discuter, depuis un mois - avant non, pas de contact, juste une obsession - chaque jour, sur MSN. Après une rencontre (intéressante ? oui, normes européennes, peut mieux faire, certification), un pourquoi pas, imaginé, hé, merde quoi, c'est l'été, la période, bref, à voir, et boire etc. après c'est baiser, je crois. Dans cet ordre ou un autre, ne pas s'embarrasser des détails, parce que c'est de cela qu'il s'agit, non, et puis, mélanger, pourquoi pas, à voir et boire en même temps, ou autre, voir et baiser, c'est évident, b&b à l'anglaise sinon, étrange appellation, pour le coup.
Chaque jour les paroles se comptent en Ko, et ce n'est pas un jeu de mot pourri, pas le genre, quelques centaines de Ko - ah, tout de même, oui, encore que le pluriel est là pour le style, la réalité se serait contenté, elle, la belle, d'un singulier plus modeste. Chaque jour - mais pas depuis vendredi, souci du détail, et aujourd'hui ? à voir. Résolution, sous la douche, ce matin, non, en fait hier, ce que je veux dire depuis le début, tout est stérile, jeu un peu stupide, celui où l'on perd à deux, comme on gagne de la même façon, (oh merde les mots, qui sont parfois si laids). Voilà, je vais lui dire, simplement, lui écrire - exactitude, les grands moyens, toujours - écoute, insaisissable jeune fille, qui snobe les propositions en tout genre et les rendez-vous de circonstance, donc voilà, j'ai bien réfléchi, tu vois, jeune fille et jolie, j'en ai marre, ça m'énerve, te parler comme ça, bof, je veux voir tes yeux qui brillent et ta bouche quand tu parles, pas juste les caractères que tu as mis en comics - quoique, non, pas ça, plus simple. Mademoiselle, insaisissable, voilà. Je veux te parler, j'aime quand on discute, comme ça, quand on joue un peu, de provocation en provocation - qui restent des provocations mais de duel et de sang, point - mais ces discussions sur msn, à longueur de journée, qui ne servent à rien, on dit stérile, c'est plus dur qu'autre chose - oui, j'exagère un peu, pour la forme, appuyer les émotions - je veux te voir, tes yeux qui brillent - leitmotiv des yeux qui brillent, gimmick des lèvres aux reflets de lipstick - ta bouche et tes sourires un peu maladroits (adorables). Parce qu'adorable, mademoiselle, je te l'ai pas encore dit, mais tu l'es, pas mal, je ne dis pas mignonne, ni jolie, ni rien, non, adorable, c'est ce que je dis, une fille quand elle me plaît devient adorable, ou l'inverse, mais ce n'est pas sûr, rapport à la philosophie de Hume (ça je ne lui dis pas).
Baisé. Elle vient, débarque fraîchement, 15h46 (aucun souvenir encore, de cette heure là, dans des histoires précédentes), et je réponds ? quoi ? merde. Un peu de. courage ? arghh, il faudrait chercher dans un dico de synonymes, mais franchement, là, écrire un peu de couilles, ce n'est pas ça écrire trash, c'est encore autre chose, pas le genre (mais lequel, dandy décadent, oh l'image, très à la mode, voilà qui serait bien, à adopter d'urgence).
Inutile, donc. Oui, c'est une forme de snobisme que de se complaire dans l'inutile, pourquoi pas alors, embraye.
Mais voilà, le constat (oh que trop amiable, simple problème en deux mots, j't'aime bien mais moi tout court, hé, les grands mots, ça ne va pas non ? mais c'était juste pour le texte, l'enchaînement, promis, rien de plus). Le constat, donc, est triste. Les mots ne suivent pas, planqués à l'ombre sous le clavier, on fait défiler des phrases sans pensée, on. discute ? J'attends, je lui dirais demain, un autre jour, tous ces mots, il reste deux mois, après tout, à ce rythme, la tâche est entreprenable, le reste moins (j'aimerais t'entreprendre).
Une dernière fois, reformulée. Jolie fille, trop difficile de parler avec toi comme ça - et de parler de toi, à côté, ici-même - sans voir, ni tes yeux qui brillent - j'y tiens ! - ni ta bouche, ni ton sourire quand tu es un peu gênée, un peu timide - j'ai les synonymes, pour le coup, j'aime ingénue - adorable. Je ne te l'ai pas dit, tu es adorable. Pas de grande déclaration, tu n'y es pour rien et ça ne changera rien. Simplement j'ai envie de te voir, rien d'autre.
Restons-en là, la position n'est pas si inconfortable.

Aux environs de04:01 PM

septembre 07, 2003

Escapade

4h du matin. Envie d'écrire, pas de dormir.
Image de Monaco, une histoire encore inédite. Sur la place, elle a un nom, royal sans doute, aucune idée, celle sur laquelle donne le Grand Casino, et le Café de Paris, à côté de De Beers, arrêtée la Clio, au milieu, des flics monégasques, un simple renseignement à demander - un peu ivre, déjà, mais quelle importance ? - eux : vous ne pouvez pas rester là, je ne me démonte pas, le renseignement, c'est la boîte pas loin, j'ai le nom de la rue mais déjà que je ne connais pas celui de la place, alors la rue, bien sûr, je n'en sais rien, j'ajoute, c'est le minsitre d'état (avec des majuscules, flemme d'appuyer sur la touche) qui nous invite, qui nous y a donné rendez-vous, les flics ne bronchent plus, indiquent l'endroit, à 20 mètres, ce qui ne veut rien dire, Monaco est un caillou. Ils saluent, je tourne le dos. Toujours faire semblant.
Flash back. Au Grand Casino, je me suis promis de gagner. J'observe, à la roulette, les machines ne m'ont jamais intéressé. Elle, elle joue à la machine, elle perd, une centaine d'euros, elle a enlevé ses chaussures, joue pieds nus, avachie sur sa chaise haute, un pied posé contre la machine, elle me demande de l'aider, je l'aide : parie gros, faut pas jouer petit, elle tire la manette, appuie sur le bouton, fait varier le plaisir, elle a vidé son seau. Me rejoint à la roulette. A la table des gros joueurs jettent des plaques de plusieurs dizaines de milliers d'euros, j'ai deux plaques de cinquante euros et un paquet de marlboro, eux fument des cigares, ils s'emmerdent, pas moi, j'observe. Il y a un truc pour gagner systématiquement à la roulette, interdit. On ne gagne pas beaucoup, mais on gagne. Il faut se focaliser sur pair ou passe ou rouge, ou noir etc. Et rejouer chaque fois le double + 1 de ce que l'on a joué. Les croupiers n'aiment pas ce jeu, finissent par demander de sortir. A la table, une vieille commence à discuter sur le placement de ses jetons à cheval. Le croupier lui répond qu'elle en fait trop, il a déjà dû lui laisser le bénéfice du doute. La moquette est épaisse, ça n'empêche pas les cendres de s'y écraser. J'attends le moment parfait, elle commence à s'emmerder aussi, veut rentrer, va se chercher une flute de champagne. La bille tombe pour la quatrième fois de suite sur un chiffre noir. Je ne compte même pas sur la chance, ça va tomber sur rouge, forcément, je pose mes deux plaques de cinquante, rouge, je pense à une fille, jolie en jupe rouge, faîtes vos jeux, etc. la bille tourne, rouge, gagné, je souris. Elle s'en fout, elle a fini son champagne, on s'en va ? On s'en va, je laisse un jeton de vingt euros, pour le personnel, j'avais toujours rêvé de faire ça. Je change les plaques, je l'emmène boire du Champagne, grand seigneur, on claque l'argent du casino, façon film en noir et blanc. Au Café de Paris le hall est envahi de machines à sous électroniques, ferme les yeux.
Retour dans la boîte, Monaco, Johnny gueule en musique, non, c'est un mec, un karaoké au fond. Il va falloir rester un peu, je compte les clopes dans le paquet, je m'assois à côté d'elle, le réal français d'un film à fx la drague, elle me sourit, t'inquiète pas, elle dit, je m'en fous tu sais, il est mieux et a du fric, vas-y. Quelqu'un prend une bouteille d'Absolut. Je mélange, au Schweppes, je n'aime pas ça, j'avale cul sec, il ressert, même scène, encore, ça monte vite, avec les bulles. Je vais danser sur la piste, une fille m'enlève ma ceinture, elle se la passe autour de la taille, on danse, je ne me souviens plus de la musique, le temps passe plus vite à présent, l'alcool, il est quel heure, on est combien dans cette boîte, je ne me souviens même plus par où est la sortie, on danse n'importe quoi sur du n'importe quoi, une fille chante, maintenant, cet endroit dispute le ridicule à la décadence, il faut être décadent avec classe, ivre mais fauché, ici les dorures sentent la thérébentine. Tout tourne, je retourne m'asseoir, le réal l'accapare, elle, je lui prends le bras et je l'embrasse. Elle ne dit rien, elle se laisse faire, je m'écarte, elle m'embrasse à son tour, me sers un verre, encore, combien, je n'en peux plus, elle m'emmène danser, tout le monde la regarde, pas moi, je m'en fous, je l'embrasse, je ne sais pas danser, suis bourré, mais la jolie fille danse avec moi, pas avec les autres. Je suis malade, je lui dis, elle m'emmène aux chiottes, dans celles des mecs, il y a du monde, les gens boivent trop, tous, à trois cent euros la bouteille, c'est n'importe quoi, elle est avec moi dans les chiottes des mecs, merde, j'ai l'air de quoi, ça n'a pas d'importance, elle me tient la tête, me passe la tête sous l'eau, me rhabille à peu près, et ma ceinture elle demande, faut que je la récupère, oui, une fille qui danse, sur la piste, je crois, j'irais la récupérer plus tard.
Plus tard, alors. Des asiatiques tiennent l'hôtel, l'ascenseur est petit, je suis collé à elle, elle ne me laisse pas monter jusqu'au troisième, on s'arrête au premier, elle m'emmène dans sa chambre, je l'embrasse contre la porte, je lui demande si elle a à boire, oui. Petite suite, pour grande fille. Elle ouvre la fenêtre, dans le port les yachts sont illuminés, la côte bétonnée noire, en face, en haut, le palais dont on ne voit que la muraille, c'est moche, sauf les bateaux. Elle ouvre deux bières, t'as rien d'autre, si, mais ça vaut mieux pas, et le réal, je lui demande, il est con, elle répond, ok.
Il fait jour. La gorge sèche, pas de mal de tête, l'avantage du champagne et de la vodka. On prend du café, puis l'hélico, puis l'avion, et on est à Paris. Je lui dis merci, elle ne comprend pas, pour hier soir, elle a l'habitude, elle répond, ça me vexe, moi aussi, je précise, alors. Je t'emmènerai dîner, un soir, quand tu veux, elle dit, d'accord, je lui parle de mon restaurant new-yorkais près d'Etienne-Marcel, avec de vraies serveuses américaines dedans, elle ne connaît pas, je lui dois toujours ce dîner.

Aux environs de04:42 AM

septembre 06, 2003

2 secs encore

Amusant ? Etonnant, avoir pensé à toi il y a deux jours, avoir écrit ce petit épisode insignifiant (ô combien, n'est-ce pas) et découvrir par hasard (presque, tu ne le croirais pas, de toute façon) que tu suis des études de "librairie-édition". Je ne savais même pas que ça existait... Amusante coincidence, non ? Non, voilà ce que tu dirais, elles sont chiantes, mes coincidences. All right miss, de toute façon l'histoire est vieille et oubliée.

Aux environs de03:29 PM

septembre 04, 2003

Swimsuit

Opéra, Opéra - 4 septembre, exactement, du nom d'une station de bus, rue du 4 septembre, sous l'agence Air France, des photos du Concorde plein les vitres. En face, des fourgons estampillés Police passent au ralenti sous leur gyrophare, rapport à une manifestation invisible, j'attendrais 20 minutes un bus qui ne passera jamais, 20 minutes parce qu'un peu plus de deux clopes, ça fait ce temps là, à peu de chose près. L'histoire, un mec qui attend aussi - comme d'autres, encore, mais ce n'est pas l'histoire, mais on en parlera, peut-être - qui fume, aussi, lit Solal, c'est ça l'histoire, juste ça. Avant lui, une fille, très jolie brune aux cheveux longs, attend, aussi. Elle essaye d'attraper un bus, qui passe et ne s'arrête pas, elle fait semblant de protester, tout le monde s'en fout, elle reprend sa place et attend le suivant, qui ne viendra pas, que je ne verrais pas, parti avant, 20 minutes c'est long, quand on attend un bus qui ne se montre pas, et ça ne sert à rien, mais ce n'est pas l'histoire. L'histoire c'est le bouquin de Cohen, Solal, l'histoire c'est juste ça, une fille qui m'avait dit que ça, ce bouquin, c'était son livre de chevet, je lui parlais d'autres, il y avait mieux, oui, vraiment, Solal, pourquoi pas mais, elle, non, elle n'en démordait pas, revenait à celui-là, toujours. Alors j'avais rouvert Solal, refermé au bout de 15 pages, puis rouvert, refermé à nouveau, finalement je n'ai jamais dépassé la page 100, ça ne passe pas, désolé, mais Solal je trouve ça chiant - et je n'ai jamais pu le lui dire.
Elle je l'avais rencontrée sur un bateau - ça pouvait être mauvais signe, les filles on les emmène sur les bateaux, mais les y rencontrer, c'est prendre un risque. Elle écoutait un CD, lisait le livret, son discman sur les genoux, un foulard - bleu clair - dans les cheveux - longs, plutôt bruns, reflets chatains, toutefois - du soleil sur elle, une longue robe, une chemise blanche, coton fin, très fin, très léger, joli, j'avais Neil Young dans les oreilles, c'était il y a 5 ans. Près du bastinguage, elle fumait aussi une cigarette, un après-midi, donc, elle ne fumait jamais le matin, du vent aussi, c'est important parce que c'est à cause de lui qu'elle a laissé s'envoler le livret, le bastinguage aussi, c'est important parce que le livret a failli passer par dessus, à travers même, et elle n'aurait pas eu le temps de le rattraper, alors je l'ai fait, sans penser à regarder le titre de l'album, en lui faisant un sourire, sans doute, elle m'a remercié, certainement, tout a commencé là, la suite est longue.
Pour raconter l'histoire, j'avais traversé l'Atlantique et le bateau s'était transformé en hôtel new-yorkais. Elle n'avait jamais vu New York, mais qu'importe, je l'y voyais. C'était New York sous la neige, une vraie neige, pas cinq centimètres comme à Paris, non 25, tombés en une nuit. Mais dans l'hôtel luxueux, elle, petite française (sans grande imagination, pour le coup, désolé) attendait, écoutait de la musique, au bord d'une grande piscine bleu, en maillot de bain, dans un univers blanc, murs, plafond, blanc, sauf le bleu de la piscine, et par delà les baies vitrées la neige qui tombait, elle, en peignoir, son discman et les écouteurs qu'on devinait dans ses cheveux, elle fumait, même si c'était interdit, nous n'étions que deux, et moi je n'aurais rien osé lui dire, à cette jolie jeune fille, je me demandais juste si elle irait se baigner, et si je la verrais, accoudé au bar, je n'avais pas de maillot - comment y penser aussi, quand on va à New York en janvier ? J'avais laissé tomber l'idée du livret, le sol aurait été mouillé, les pages trempées, et puis, surtout, dans un hôtel, il n'y a pas de vent, je tenais à la crédibilité - à l'époque. Alors, entre ses mains une cigarette, un livret, un cd, un autre, son discman, elle devait essayer de changer de disque, elle s'emmêle, sans doute, voilà qu'un disque tombe. Le CD s'est mis à rouler. Là, j'avais mis la crédibilité de côté, parce qu'un CD qui tombe, la plupart du temps, tourne une ou deux fois sur lui-même, et, comme une mauvaise toupie, s'écrase, face ou dos contre terre, ça n'a pas d'importance, dans le cas d'un CD. Mais là, non, le CD avait continué de rouler, sur la tranche, sans dévier d'un milimètre, et avait attendu d'être arrivé à mes pieds pour s'écraser. L'histoire avait commencé là, dans cet improbable hôtel, et elle avait continué, à Paris, puis à New York à nouveau, tout ça pour une histoire de CD, la fille s'appellait Léa, un peu facile aussi, d'accord.
Voilà l'histoire, simplement d'avoir vu Solal, en attendant un bus qui n'est jamais venu, je suis rentré à pied, et en métro, dommage, pour la jolie brune.

Aux environs de08:43 PM

septembre 02, 2003

Conclusion

Elle esquive, délaye sa réponse - embrasse moi ! - elle ne répond pas, à la question posée, mais à une autre - j'ai envie de t'embrasser ! - elle joue, profite, bien, le fait bien, j'ajoute une croix sur la carte, je la raye, d'un trait en pointillé - je veux toujours t'embrasser ! - elle rejoint les autres, elle ne répond pas, cette fois c'est sûr, la croix à l'encre noire, abandon. Elle délaye, jusqu'à quand, elle annule, sur un fond musical - apprends moi à embrasser ! - j'éteins le projecteur, les images se taisent, elle : repartie, revenue, elle dit ; moi, revenue, repartie, insaisissable, j'ajoute. Elle s'en va, non, moi, il faut monter le premier soir, quand on veut embrasser.
Je m'en fous, je revois Thyko Moon.

Aux environs de10:00 PM

Busodrome

Bus ligne 21, devant Gibert.
Vers 17h38, des hordes de jeunes filles - jolies pour certaines, la plupart ce soir, mais c'est un hasard ? - se pressent, attendent, sourient etc.
Pour ceux que ça intéresserait.
Moi ? Non, je descends plus loin.

Aux environs de06:18 PM

août 22, 2003

Anarchiste

C'était Clint Eastwood en selle à nouveau, reparti dans un soleil couchant - le ciel de Paris, superbe, bleu et orangé, les Invalides qui se découpent dessus, Eiffel scintillante - de nouvelles aventures, Happy End, cigarette dans la voiture, fenêtre ouverte et Lou Reed en fond, Romeo had Juliette, non, à venir, parti vers quoi, neuf heures ? quelque chose comme ça ; trouver un chemin plus court - chercher encore mieux - ne pas se perdre, retrouver la rue et l'immeuble, drôle de quartier, comme à New York, il y a plus de taxis et de voitures de flics que n'importe où, pas d'importance. J'avais lancé le thème plus tôt : manif devant chez elle, pour la voir plus, plus souvent et plus tout de suite, ça ne pouvait pas ne pas marcher, ce soir là. Alors j'arrive, finalement, et puis dans cette rue il y a même des places, les taxis et les flics ne les prennent pas et me voilà, en bas, il y a un banc, j'allume une cigarette, oh, il n'y aura pas à attendre plus de dix minutes, le temps d'une clope, à peu près, elle va l'ouvrir sa fenêtre, et moi, en bas, elle va me voir et dire monte, quelque chose comme ça, ou descendre, et là, sur le banc, j'inventerais deux trois mots et on s'embrassera, et voilà, l'histoire bouclée, dans le soleil déjà couché et au son de la télé du concierge, fenêtre ouverte sur opération séduction, en plan large sur le banc et les arbres de chaque côté, quel plan, cette fois est la bonne, mission accomplie. Le temps passe, une fenêtre s'ouvre, mais c'est elle ? merde, je ne vois rien dans le noir, et l'immeuble dont je n'ai pas le code, je ne connais pas l'étage, merde, je ne sais même pas quelle est la fenêtre ; après tout, je ne suis même pas sûr de l'immeuble, entre deux rues je fais les cent pas, je passe et repasse devant le banc, m'y assois, elle sait que je suis là ? je l'ai prévenue, elle devrait regarder, au moins, elle n'avait pas l'air contre, elle ne croit pas à mes provocations ? Je ne suis pas assez visible, c'est ça, mais Clint Eastwood avec des pancartes, non, même pour une manif, j'ai un chapeau et de la dignité, que je commence à perdre, passé dix minutes, passé dix voitures de flic, passé une vingtaine de taxi et le mec qui en descend avec un sac de golf, et des vieux qui se font promener par leur chien et là, tout seul, la cigarette finie, je n'ai rien d'autre à faire que mettre les mains dans les poches et lever les yeux au ciel : rien. Sur la façade des lumières s'éteignent, d'autres s'allument, je reconstitue l'appartement d'après ce que tu en as dit. Grand, il y a au moins deux ou trois fenêtres, un balcon, d'accord, une cheminée, forcément, pas loin, mais le temps passe ; je fais quoi, là, comme un con, non, elle va descendre, forcément, je ne vais pas rentrer tout seul ? J'aurais dû demander le code, je devrais appeler quelqu'un, n'importe qui, il ne se passe rien, juste des lumières qui s'allument puis s'éteignent, des voitures qui passent et s'arrêtent parfois, la voix off d'opération séduction et assis sur ce banc, j'éteins la clope, dix minutes de passées, au moins. Question manif, c'est pas vraiment ça, mais là, chanter une chanson, voilà, c'était Roméo etc. non, il aurait fallu un marqueur, juste devant ta porte, laisser mes revendications : plus de toi et plus souvent, et me barrer, mais le marqueur j'en ai pas, et le concierge, dans sa loge, non, ça ne se fait pas, j'arpente la rue et des flics passent et me demande ce que je fais, je manifeste, comment ça ça ne se voit pas, j'aurais eu des pancartes que vous les auriez confisqué, vous avez pas vu l'inspecteur Harry, c'est un mec qui s'intéresse aux manifestants, alors, foutez moi la paix, agent perturbateur, comme ça assermenté ? moi j'suis assez remonté, vous voyez, faut pas chercher, laissez moi manifester, là, entre le banc et le troisième platane, et le coin de la rue, je bouge pas, je gueule même pas, ils se barrent, éteignent les gyrophares, l'ordre est restauré et le nez en l'air sur des fenêtres que je ne connais pas, j'attends plus grand chose. J'en ai eu marre de ces fenêtres, marre de ce banc et de ces platanes, j'ai pris la route, direction nulle part, chez moi en fait, par des chemins détournés, je repasse devant une autre, devant d'autres histoires, le plan de Paris commence à ressembler au chemin de croix de mes amours foireuses et si j'avais pris des pancartes, là, oui, en croix sur le dos, l'histoire était faite. La vitre toujours ouverte, et cet enfoiré de Lou Reed qui n'a rien changé aux paroles, Romeo had Juliette et ce soir il rentre tout seul, je roule vite et j'emmerde les taxis qui se traînent entre les bandes blanches, charognard blanchis qui cherchent parmi les retours de soirées des proies faciles. Dans les rues je ne m'arrête que pour voler des posters d'Alizée, pas facile tout seul, impossible de laisser le moteur tourner, il faut jouer profil bas, discrétion, la manif est à l'eau, dans mon bain de mousse, etc. bilan : un manifestant selon les organisateurs, même constant selon les forces de police, mais sans pancarte, comptabilisation délicate et revendication peu claire, mitigé, par conséquent. Les schémas qui se répètent ne peuvent que tourner en rond, les signes n'indiquent que des déviations et les histoires d'amour me lassent. J'étais pas passé pour prendre un thé, non, à l'improviste, un peu, ça n'a pas marché, elle ne s'est aperçue de rien, n'a rien vu, une manif ça aurait fait du bruit, je l'aurais entendue, elle me dit, je n'ai rien à répondre, je n'ai pas fait assez de bruit, voilà tout, je serais pas passé du tout, et la nuit tant pis, je n'ai jamais été doué pour le syndicalisme, le militantisme, tout ça, l'histoire en reste là, je ne chercherai pas de chemin plus court, je suis trop las, hélas.

Aux environs de12:34 PM

août 10, 2003

Old Fashioned...

J'ai rencontré une photographe. Très jolie. Ses parents avaient déménagé à Londres et elle occupait le vaste appartement laissé innoccupé dans le VIe arrondissement. Elle venait de quitter la boîte de pub qui l'emmerdait. Elle était jolie et je me souviens que l'on avait passé la soirée à discuter photo et Afrique et Islande. Je n'avais pas eu envie de lui demander son numéro de téléphone, on s'était juste dit à plus tard et je ne l'ai jamais revue.

J'ai rencontré une fille dans un bar de Lille, j'étais saoul et elle en pleurs. Une histoire d'amour mal finie, j'ai eu son numéro, je ne suis pas retourné à Lille, ne me souviens plus si elle était mignonne, sans doute. Et moi ivre.

J'ai rencontré une fille plutôt mignonne mais qui en profitait trop, fatiguante. On a un peu joué, elle a fini par abandonner, je crois. Je ne me souviens plus avec précision de ce qu'elle faisait, un truc chiant, elle sortait sans conviction, changeait de mec plus souvent que moi de jean, fumait et buvait trop, j'aimais pas sa façon d'être.

J'ai rencontré une fille qui fait du ski nautique et de la voile, adorable, et jolie. La fille que j'aimerais habiller d'une des robes Courrège d'Alizée, médecine, quelque chose comme ça, et jeune, je l'ai laissée reprendre son train, sans trop savoir pourquoi.

J'ai rencontré une fille stagiaire pour l'été à la télé, à la fois jolie et excitante métisse, amusante. Je ne me souviens plus, ni ce qu'elle faisait précisemment, ni ce qu'elle voulait faire, mais j'ai aimé les quelques mots échangés, de temps en temps. Je n'ai pas pensé à lui demander quoi que ce soit, ni numéro ni rien, parce que je les ai, parce que je ne les utiliserais pas.

J'ai rencontré une fille, un peu chanteuse, un peu belge, plutôt mignonne mais je craque sur les chanteuses, je n'y suis pour rien. Finalement je ne savais pas quoi lui dire, son univers m'impressionnait, sans doute, ou alors manque d'intérêt, lassitude, ou quoi ? J'aimais jusqu'à son prénom.

J'ai rencontré une fille, médecin, interne. On s'entendait bien je crois, je me souviens de discussions amusantes, de quelques rires. Mais elle ne me plaisait pas vraiment.

J'ai rencontré une fille, attachée de presse, provocatrice et très sociable, condition professionnelle, aguicheuse sur laquelle j'ai craqué dès le premier jour. Je n'ai pas effacé son numéro du portable, n'ai plus aucune raison de l'appeler. Un soir, en boîte, on a presque danser ensemble, sauf que danser je n'ai jamais su, surtout pas avec une fille, ou alors ivre, mais là je conduisais et c'est dommage, j'aurais aimé la voir sur une plage ce Week End.

J'ai rencontré d'autres filles, sur des pontons, dans des boîtes, dans des bureaux, dans des bus, dans des escaliers d'immeuble.

Je m'emmerdais sur la plage, regrettais de ne pas avoir d'appareil photo pour ramener un souvenir amusé de ces allemands et de ces hollandais devant leurs campings cars. Un Allemand se baignait avec un gilet de sauvetage et son gel douche. Je regardais la mer, des voiliers au loin, une fille en ski nautique (mais elles en font toutes, aujourd'hui) en plan principal. J'ai pensé que j'aimais être sur la mer, me foutais d'être à côté. Et j'ai souris en réalisant que pour les filles, c'était pareil.

Mal barré.

Aux environs de11:52 PM

juillet 29, 2003

Words

J'aurais préféré t'envoyer des mots, écrits un à un, j'suis pas bon à l'oral, tu sais, j'aime pas. J'aurais pu écrire ce que je n'aurais jamais à te dire. J'ai pas envie qu'on se parle, peur que ça gâche tout, quoi, dit le sarcastique qui n'est jamais loin, mais je l'emmerde celui-là, le vieux con désabusé. J'aurais pu t'écrire, petite fille, des mots doux aux phrases tristes, te faire croire à des chansons sentimentales, te parler de bateaux dans les rames de métro et de tramways vers les étoiles, toutes ces conneries qu'on dit parfois quand on les sait, que j'écris, ressasse, tenace. J'aurais pu te laisser des mots coincés sous des essuis glaces usés de trop de pluie, comme des papillons bleus, là on s'égare et dire que je n'ai rien bu, des post it jaunes accrochés près du verrou d'une porte fermée. Mais voilà, parler m'emmerde et le téléphone qui gueule est pire que tout, redoutable adversaire, c'est pas gagné, pathétique, tu dis, en ris.
J'avoue, je n'ai même pas pensé à écrire ces mots-là. Ils disparaissent. Sans intérêt. Les jolies filles, naïves et délurées, les ingénues que j'appelle les adorables, me laissent las aussi, est-ce le temps qui a passé, cet invisible enfoiré qui laisse désabusé et assèche les souvenirs. Petite fille, je ne veux pas te parler, mais tous ces mots, tu vois, je ne les ai pas écrit non plus. A quoi bon essayer de vivre ce qu'on a même pas eu envie d'imaginer ? Tu vois, le cynisme revient, toujours le même, peau de chagrin qui protège et détruit tout à la fois. Je ne les aime que toujours plus éthérées ; prendre les femmes pour ce qu'elles ne sont pas et les laisser pour ce qu'elles sont, disait le vieil ivrogne, mais celui-ci aimait tant la contradiction qu'il est difficile de s'y fier, tout ça est un vaste foutoir.

Mais je m'en fous, demain, s'il le faut, il suffira d'effacer ces mots là et, alors, ce sera comme si rien n'avait été dit, comme si tout était encore à faire.

Aux environs de11:58 PM

Familiar Score II

When it's real...

Chandler : Yes, it's working! Why isn't she calling me back?
Joey : Maybe she never got your message.
Phoebe : Y'know, if you want, you can call her machine, and if she has a lot of beeps, that means she probably didn't get her messages yet.
Chandler : Y'don't think that makes me seem a little...
Ross : ...desperate, needy, pathetic?
Chandler : Ah, you obviously saw my personal ad.

(He calls)
Phoebe : How many beeps?
Chandler : She answered.
Monica : Y'see, this is where you'd use that 'hello' word we talked about.
Chandler : I'm not gonna talk to her, she obviously got my message and is choosing not to call me. Now I'm needy and snubbed. God, I miss just being needy.

Aux environs de10:31 PM

juillet 22, 2003

Pas mal

Pour utiliser une innocente périphrase :
je lui enfilerais bien une des robes Courrège d'Alizée.

Aux environs de04:14 PM

juillet 15, 2003

Attentisme

Bien sûr si elle avait répondu à ce SMS, j'aurais été le premier à le regretter. J'aurais alors déploré qu'elle ne fasse pas durer un peu la chose, le suspens, le jeu, appellez ça comme vous voulez.
Mais qu'elle ne réponde pas est finalement aussi vexant.

Elle (elle est une autre) est peut-être en vacances. Si ce n'est pas le cas, j'adore cette façon qu'elle a de ne même plus répondre par des accusés de réception.
J'adore cette façon qu'elle a, petit à petit, d'abandonner tout contact.


Il fait chaud à Paris, tout est ralenti. J'aime.

Et après ?

Aux environs de04:00 PM

PM

Pour Toma donc :

Elle était tout de même adorable, l'américaine blonde et les cheveux emmêlés qui buvait du rosé et fumait des cigarettes, au milieu du pont des arts et venue regarder un feu d'artifice qu'elle ne verrait jamais.

Pour Toma et pour terminer, oui, c'est quand elle veut où elle veut. C'est son copain qui ne veut pas.
Bof. De toute façon je ne connais même pas son prénom.
Elle avait tout de même une tête à s'appeler Kelly. Ou Rachel, c'est bien ça, Rachel.

Aux environs de12:00 AM

juillet 14, 2003

Familiar Score

Monica : Why don't you just call her?
Chandler : I can't call her, I left a message! I have some pride.
Monica : Do you?
Chandler : No! (Calls) Danielle, hi! It's, uh, it's Chandler! I'm fine. Uh, listen, I don't know if you tried to call me, because, uh, idiot that I am, I accidentally shut off my phone. Oh, uh, okay, that's fine, that's great. Okay. (PUTS DOWN PHONE) She's on the other line, she's gonna call me back. (DOES A LITTLE JIG) She's on the other line, she's gonna call me back, she's on the other line, gonna call me back...
[...]
Phoebe : Whoo-hoo!
Monica : Yeah, there you go!
Ross : Second date!
Chandler : ...I dunno.
Rachel : You DON'T KNOW?
Chandler : Well, she seems very nice and everything, but that whole thing about her coming all the way down here, just to see if I was okay? I mean,... how needy is that?

Aux environs de04:57 PM

juin 29, 2003

Entertainment

Précision sur le recap show. Ce n'est pas moi qui suis triste, c'est l'histoire. Moi je suis si cynique que j'en souris.

Aux environs de12:33 AM

juin 28, 2003

Last Recap Show

J'ai plus d'alcool dans le sang que d'heures de sommeil sur les 48 dernières heures. Mais la Guinness est fraiche et l'envie là.
Il y avait une part de provocation à vouloir la revoir, presque un an après, dans des conditions trop semblables. Il fallait qu'elle soit là, pour finir l'histoire, celle que j'ai un moment voulu continuer, celle à laquelle elle n'a pas assez pensé. Un peu d'appréhension en poussant la porte, en la cherchant du regard sans la trouver, puis en l'apercevant, elle, qui m'avait vue aussi et faisait semblant de rien, comme moi, comme si de rien, tout ce rien qu'il n'y a pas eu. Elle, la fille de Londres que je n'ai jamais eu le temps d'emmener là-bas, qui n'a dormi sur mes genoux que sur la dernière rangée des sièges trop rapprochés d'un charter trop bondé, elle qui n'était de toute façon pas du genre à prendre le train. Elle que j'ai davantage regrettée qu'attendue, que j'ai plus longuement écrite qu'elle n'a jamais répondu.
A cette soirée si triste elle n'avait pas changée. Dans la petite obscurité je l'ai longuement cherchée avant de l'apercevoir elle et ses cheveux attachés, un verre à la main, une cigarette aussi, en noir aussi, il fallait croire qu'elle cherchait à se cacher, sans s'enfuir, tentation un peu éphemère, phantasme avec un grand F. J'ai pensé qu'elle exagérait et maintenant que la Guinness fraîche est à moitié vide, objectif atteint de balancer quelques nouvelles molécules à des récepteurs très réceptifs, je pense qu'elle était juste surprise, peut-être même désabusée. Peut-être est-ce lui prêter des sentiments qu'elle n'avait pas, elle qui s'en foutait plus simplement ; elle à qui je suis finalement allé dire bonjour, passant l'air de rien, le pire, celui qui veut tout dire, toute ma timidité et le malaise qui l'accompagne. Elle a juste fait remarquer cette barbe que je n'ai pas rasé, que je n'ai vraiment rasé d'ailleurs que lorsque j'étais avec elle, un matin juste après, un autre, que j'espérais juste avant, ô gentil idéaliste. Est-ce par lassitude, par manque d'esprit, par peur que je ne le lui ai pas dit ? Elle n'en sait sans doute rien. J'ai pensé, j'y repense à présent, juste, lui dire que j'avais la chance de ne pas avoir à me raser comme je n'ai pas à mettre de costume en super 100 ; avant de réaliser que le garçon avec qui elle parlait était de ceux-là, avant de voir que tous étaient de ceux là, sauf moi, ridicule différent, j'ai laissé, passer, tomber. Et, encore, quand elle a demandé des nouvelles, quand elle a fait un pas, ou pas, ah, je n'ai rien dit non plus, juste un haussement des pôles, hoquet magmatique, répondu un oh, peut-être, dit pas grand chose, laissé courire, et tomber, encore, ce qui fait bien bas, après tout.
Le reste n'a pas eu lieu, par manque de courage à nouveau, mais lequel, la peur d'elle, que j'ai tant décrite qu'elle a fini par rejoindre le musée de mes chimères, ou encore celle qui m'a fait l'aimer dès le début, elle qui n'a l'air de rien mais si chiante et si jolie, adorable, c'était le mot qui lui allait le mieux et je n'ai depuis trouvé personne qui puisse le porter à sa place. Je l'ai laissée et elle s'est laissée, l'un à l'autre bout, parfois plus près, sans frôlement, jamais, non, aucun ; je l'ai regardée, un peu, j'ai même pensé très fort comme petit son prénom en murmurant viens, ça n'a pas marché ; elle qui a peut-être cru que je lui en voulais, alors que non, même si, mais juste de finir comme ça, elle ne s'est pas amusée, pas plus qu'il y a un an, elle a choisi la musique, comme Anna le fait parfois aussi, trouvant invonlaitairement, j'espère, des titres qui me font penser à elle depuis la dernière fois que les nuits ont été courtes à Paris. J'ai souri, à ce titre que j'écoutais en boucle l'été dernier, sur lequel elle avait zappé, ce soir où, juste après, juste avant aussi, j'avais pensé que ça pouvait coller si elle aimait cette chanson, pauvre con, le soir sur le canapé j'avais laissé la radio diffuser du jazz, pendant qu'elle laissait refroidir son thé et moi réchauffer ma Guinness, déjà, pendant qu'elle laissait son portable éteint sur la table et ses clés de voiture pas loin, et moi qui voyais les heures défiler en pensant que c'était bien si ça n'avait pas de fin et quand elle était enfin partie, que je l'avais embrassée, ou elle, dans l'ascenseur, alors qu'il descendait et que les portes en aluminium brossé se refermaient sur le bras qui la retenait un peu, alors elle en était sorti, et on s'était embrassé de nouveau, en se prenant dans les bras, et j'avais fini une bouteille de vodka, sur la terrasse, une cigarette à la main, pensant à elle qui rentrait chez elle, une vodka dont je me rappelle chaque gorgée, il y en eut plusieurs, la bouteille n'était pas si vide mais le besoin bien là, je repensais à l'ascenseur, à sa tasse de thé toujours pas vide et toujours sur la table basse, avec l'envie d'emmerder le monde et de l'embrasser à nouveau.
Ce soir elle était seule, comme souvent je crois à moins qu'elle ne veuille s'amuser, pour un soir ou quelques semaines, jamais plus, elle me l'avait dit ; elle était seule mais je m'amusais du garçon qui lui tournait autour en lui offrant des cigarettes, elle qui se foutait de ce qu'il lui racontait, lui qui ne s'en apercevait pas, ne la connaissant pas, pas plus que moi.
Elle aurait pu me raconter où elle en était de ses occupations auxquelles je n'ai jamais compris grand chose, tentant à grande peine d'entretenir des discussions obscures qui finissaient par devenir surréalistes ; j'aurais pu lui raconter tout ce qui s'était passé depuis elle, mais quoi, d'important je veux dire ? Oh des histoires de boulot, ça oui, il y en a eu. Des histoires de filles aussi, mais il y en a même quand je ne le sais pas, ou j'en invente d'autres qui ne sont pas, alors, à quoi bon les raconter, les étaler, quelle importance ? Tout ce que j'aurais voulu lui dire, finalement, lui demander comme elle allait, lui avouer que j'étais content de la voir, peut-être même lui dire que j'en ai des choses à lui donner, des textes beaucoup trop longs, des textes même qui finissent par ne plus en former qu'un seul, les pages bien empilées, des qui font peur, des dont il vaut mieux laisser la triste ambition se fondre dans un ridicule de circonstance.
Nous ne nous sommes rien dit, parce qu'elle n'est pas tout ce que j'ai pu écrire, depuis tout ce temps, un an seulement, mais combien de pages, beaucoup trop, elle n'est pas elle, elle à qui je n'ai jamais su donner de prénom, j'ai toujours été nul dans les prénoms de mes héroïnes d'un temps, mais sa plus jolie incarnation, je n'aurais pas imaginé mieux, non, et même la directrice de casting du film qu'on en tirera, parce qu'il y aura bien une histoire d'amour à vingt quatre images seconde qui y ressemblera, à cette histoire, pas même cette talentueuse directrice de casting n'aurait pu trouver mieux qu'elle, habillée de noir et je sais pourquoi, sa peau dorée aux yeux assortis et la cigarette qu'elle garde à ses lèvres, ça ne s'invente pas, non.
Une autre Guinness, après tout, pourquoi pas, si ce sont les molécules d'alcool qui font écrire, qu'elles s'en donnent à coeur joie et continuent leur lent labeur réconfortant, j'aurais pu penser que c'était elle qui m'avait donné l'envie de la raconter, la dernière fois n'était-ce pas cette fameuse histoire de cinéma et d'un mec qui va voir une fille sans raison, un soir, qui ne la trouve pas et erre dans les rues avec dans son sac ses frites McDo et sa canette de Coca light, cette histoire mignonne et tournée comme il faut et comme ils aiment, même si c'est un peu mentir, même si la dernière fois, la vraie, celle où elle avait finalement accepté une invitation à diner, où j'avais trouvé comme pretexte pour la raccompagner chez elle l'achat d'une bouteille de coca, non, deux, à l'épicerie, à l'angle, chez l'arabe.
Tout ça est loin, comme quand petit, encore, en voiture, je regardais les kilomètres défiler dans la voiture, sur le cadran, cherchant la distance exacte à laquelle il ne serait plus possible de distinguer tel arbre et telle voiture, tel signe. Tout ça est loin et j'ai sans doute eu peur d'imaginer à nouveau ce qui n'avait de toute façon aucun sens, ce dont, pour d'autres raisons, elle a su s'apercevoir avant moi.
Mais ce soir, la revoir, comme dans les paroles d'une chanson, et pourquoi pas Goldman qui gueule à la radio en ce moment "puisque tu pars", qu'elle aimait bien, qu'elle chantonnait sans grande justesse mais je trouvais ça adorable. Ce soir, cette nuit, quelques heures, à peine deux, j'ai pensé que j'aurais pu tomber amoureux d'elle encore, de son air de rien et désinvolte, de sa démarche droite et fragile, de ses gestes pas lents et aériens, suffit les chansons, mais ses gestes un peu grâcieux, d'autant plus qu'elle ne les sait pas. J'aurais été, comme un an avant, comme cet autre qui essayait desespérement de lui parler, de l'intéresser, un an avant j'aurais essayé d'avoir un peu de ce sourire pour moi, ce soir encore j'aurais aimé le regarder et l'emporter un peu en partant. J'ai pensé que ça en valait la peine comme je le gueule sur la page d'accueil, sur les conseils et les enrobements de Coralie Clément, même si je ne lui ai pas dit tous les mots, manque de temps et d'envie aussi, il faut l'admettre, tout de même, ce n'était pas la passion, mais joli tout de même, assez pour en faire des histoires, assez pour les raconter ici, pour les étaler en confiture trop sucrée.
J'avais souvent eu envie de lui dire que je ne voulais pas être son ami, non, j'aurais voulu être son amant et la voir se réveiller le lendemain dans mes bras ou pas loin parce qu'elle aurait bougé, mais surtout pas dans la pièce d'à côté. Plutôt rien que son amitié dont je me foutais, j'y aurais encore préférée une histoire de cul, même si c'était tirer un trait sur tous mes idéaux rabachés, parce que le plus joli souvenir c'est elle se blotissant contre moi, ce soir là et un autre et un autre encore, mais pas tant que ça, c'est elle à moitié nue et puis totalement, et tant pis si elle n'aime pas tout ce que je raconte, c'est elle souriant les cheveux emmêlés arborant sa moue dont elle savait jouer, avec ou sans innocence, je penche plutôt pour sans. Alors pourquoi parler pour ne rien dire, lui proposer un verre ou une cigarette et quoi encore, on n'est pas dans une de mes histoires, où une différente, avec presque un peu de sexe dedans, déjà écrite mais encore à rêver, à améliorer, avec le temps qui passe. Le temps passe depuis qu'il s'en va, l'aphorisme du jour trouvé cet après-midi, entre deux.
Je l'ai regardée danser, je ne l'ai pas écoutée parler. J'ai refusé depuis que les rêves se mêlent à la réalité, il faut garder la distance, ne pas mélanger, risques d'intoxication.
Les flics sont venus et revenus, je ne les ai qu'aperçus. Elle est partie à 2h10, à 2h22 j'étais dans la voiture, écoutant du jazz, je crois, mais les souvenirs ne sont déjà plus très nets, elle a dit au revoir, et moi aussi, et pourtant ne nous étions pas vus, moi je l'avais juste regardée, c'était tout ; elle a dit au revoir et j'ai dit désolé pour la barbe, ou quelque chose du genre, elle a compris, après tout j'étais le seul à ne pas être rasé, mais voilà, pas grave, elle l'a dit elle même et voilà, ciao, sans bye bye, juste son prénom prononcé, le mien aussi, on se souvient malgré tout, et les échos résonnent plus longtemps qu'on ne l'aurait voulu.
La Guinness se vide en même temps que la dernière cigarette s'éteint dans la première canette, je n'ai pas cherché de cendrier, à quoi bon, il n'y a personne d'autre que moi ici, ce soir, la radio, de la fumée déjà presque évanouie et des souvenirs embrumés.
Demain je ne la reverrais pas, et les jours suivants non plus. Alors je vais dormir, longtemps. Et la seule chose que je demande, et pas à elle qui n'y peut rien, c'est que je me souvienne d'elle dans un rêve dans la nuit.
Parce que je continue de trouver ça beau, ces histoires tristes.
Et le ridicule je ne vous le laisse pas, je l'emporte avec moi et mes bières et mes clopes. Elle je peux lui laisser ce qu'elle veut, elle ne prendra rien.

Aux environs de03:48 AM

mai 27, 2003

Elle n'en finit pas de passer

Teaser VI

En fait de bords de mer, on aura regardé des cartes postales. On n'aura jamais taillé la zone, tracé la route et perdu le nord en se tenant la main. Pas le temps. Les lignes ne sont pas blanches sur le bitume mais noires sur le papier, elles se dessinent infranchissables au fur et à mesure. Il y a deux mois à peine elle dansait sans envie. Je note sur un cahier à la couverture bleue et aux pages blanches recyclées les instants dont je me souviens. Sur ce cahier de lycéenne, les situations s'enchaînent sans respect de la chronologie. Je me souviens. La façon dont elle s'habillait ce matin là, ce restaurant où nous avions dîné, à cette petite table trop proche de l'entrée, le verre qu'elle avait renversé, son sourire confus et mon rire nerveux, le goût de sa bouche quand elle avait mis son lipstick pour lèvres gercées, goût de fraise et de cigarette, improbable pâtisserie érotique. Les souvenirs se font précis, les détails reviennent, je note, en vrac, en diagonale, raturant des mots pour en rajouter d'autres.

Aux environs de09:52 AM

mai 21, 2003

Cosmo

Hier, dans le métro, une fille un peu blonde un peu comme elle, collée à moi sans le vouloir, qui sourit et regarde ailleurs et dans son sac qui dépasse un numéro de Cosmopolitan.

Au Bataclan plus de places. Et dans libé :

"On est une génération sans révolte, ça fait partie des trucs qui doivent me plaire", dit-il en touillant la mixture sur la gazinière. "En tout cas, j'aime pas les révoltes artificielles. Les prises de bec politiques au café où on repose son verre très fort à la fin d'une phrase." Lui est plutôt papote cinoche ­ il a écrit son mémoire de maîtrise de lettres sur François Truffaut ­, soirée cartes entre amis.

Il a aussi le projet d'être «amoureux et déçu». Vivre des histoires «compliquées». Du genre à y mettre du sien. «Au lycée, il était amoureux d'une fille qui écoutait Cabrel, alors il a acheté une cassette de Cabrel», se poile encore Nicolas, ami d'enfance. «C'est son côté prêt à tout.»

Finalement elle avait trouvé que c'était pas mal, Vincent Delerm. On n'a jamais eu l'occasion d'en reparler, elle a gardé Neuhoff, Truffaut etc.

"Et le soir sous les abat-jours
En faisant des miettes de Savane
Sur le canapé en velours
Je relis Cosmopolitan"

Aux environs de12:55 PM

mai 12, 2003

Train de vie

Teaser V

En attendant l'Eurostar qui avait du retard. Elle avait eu quelque chose à me dire, mais non, ça n'était pas grave, assis sur les marches du grand escalier avant les guichets. Voilà, c'est juste que je ne sais pas comment ça va être, quand on va rentrer, nous deux. Rentrer où, à Paris ? Oui, à Paris, ce soir, demain, les autres soirs à venir, ce n'est pas toi, pas même nous, c'était génial ce week-end, et peut-être que je dis ça parce que je suis fatiguée, oui, sans doute qu'il y a de ça, mais pas seulement, je ne me sens pas capable, je n'arrive pas à m'imaginer avec quelqu'un, qu'on s'appelle le soir, qu'on se voit aussi, se laisser des messages sur le répondeur, voir des copains ensemble, sortir, je ne peux pas, ce n'est pas une question d'engagement, on ne l'est même pas encore, on n'est pas amoureux, on est juste contents de passer du temps avec l'autre, non ? je pensais que... je pensais que ça passerait, me disais que ça marcherait peut-être pour une fois, que je ne serais pas effrayée d'être avec toi, qu'on serait comme les autres, mais tu vois, là, après ces deux jours ensemble et dans cette gare où on est tous les deux comme les autres justement ça me fait peur, je ne suis pas à l'aise, avec ton bras autour de mes épaules, mais non, arrête, ce n'est pas qu'une question de contact, c'est tout ce qui va avec, je ne peux pas m'empêcher d'y penser, peut-être la peur d'avoir mal à nouveau un jour, oui, peut-être, mais il y a plus que cela, si on me pose la question je me sens incapable de répondre que je suis avec quelqu'un, que je suis attachée, que je dépends de toi, même si ce n'est pas une question d'engagement, je te l'ai déjà dit, tu me prêtes ton feu ? merci, je ne te dis pas que je suis désolée, je le suis encore plus que tu ne le penses, oui, triste un peu, parce qu'encore une fois ça ne marche pas alors qu'il me semble qu'il n'y a aucune raison pour que ça merde, je sais, je ne devrais pas dire des mots comme ça, maman dit toujours que ce n'est pas joli dans la bouche d'une fille, mais si ça merde dans trois mois, à quoi ça nous aura avancé, on souffrira encore plus et on le regrettera davantage encore, alors que là, terminer sur ce week-end et rester l'un contre l'autre quelques heures encore dans le train qui rentre très vite sur Paris, dormir peut-être dans tes bras parce qu'on est tous les deux crevés et se dire au revoir, sans se demander quand on se revoit, sans se promettre de s'appeler en arrivant, sans se sentir gênés de rentrer chacun de son côté, je pense que c'est mieux, plus simple, pour tous les deux, non, je t'assure, tu ne crois pas ? tu vois, on est d'accord, tu n'es pas amoureux au moins ? alors ça va, on est juste attachés l'un à l'autre, ça passera vite, et on ne se fera pas de mal, c'est dommage, je sais, parce que ça se passait bien, mais on s'est vu quoi, cinq ou six fois ? on a dormi deux fois ensemble et passé un week-end à Londres, tu admettras qu'on ne se connaît pas vraiment, que tout ce qui nous attache l'un à l'autre ce sont nos désirs puérils d'amour, tu vois je sais être aussi cynique que toi, ce n'est pas notre train qui part, là ? non, c'en est un autre, on sera sans doute amis, je ne te dis pas qu'il vaut mieux qu'on reste amis, que c'est mieux comme ça parce que je n'ai plus envie de toi, c'est autre chose, peut-être que ça aurait marché nous deux, bien au delà de trois mois, peut-être que c'est toi et moi, tu vois, je peux parler aussi comme dans les films, comme tu dis, mais même, ça ne changerait rien, je ne pourrais pas me faire à l'idée d'être avec quelqu'un, j'en suis incapable, c'est tout, une pauvre petite fille perturbée comme tu dis, mais plus que tu ne le crois, il y a des choses que tu ne sais pas, et que je ne te dirais pas de toute façon, parce que ça ne te regarde pas et que ça ne me regarde même plus moi-même, il y a des rêves et des cauchemars dont je ne parlerai pas non plus, il vaut mieux qu'on arrête alors qu'on peut encore se quitter sans se retourner l'un sur l'autre, on n'en pleurera pas, je m'en veux tu sais de tout te dire comme ça, dans une gare, quand tu ne t'y attends pas, mais je ne le savais pas il y a une heure encore, et merci, c'est con à dire comme ça, mais merci pour ce week-end et les autres que j'aurais aimé passer avec toi, malgré ce que je viens de dire, il n'y a pas de contradictions dans les histoires d'amour, tout se superpose et se percute en même temps, on peut penser oui et non en même temps, c'est juste que parfois on est plus fort que d'autres, que parfois c'est le non qui prend un peu plus de place, ou auquel on attache un peu plus d'importance, qu'on préfère faire des conneries qu'on pense rationnelles que de s'oublier à d'autre trop sentimentales, là c'est vraiment notre train qui part, il faut qu'on y aille, c'est toi qui a les billets je crois ? Oui.

Aux environs de11:16 PM

avril 21, 2003

Anniversaire

Et, bien sûr, il y a un an, je déchirais par tout petits bouts ta photo, je les jetais à l'eau, lo - dernière fois... - dans le sillage sur la mer noire de nuit. Tu m'avais dit que tout cela était pathétique, je t'avais répondu te laisser le dernier mot, avais admit être trop con.
Je profitais que tous les regards soient portés ailleurs, sur tout l'important, pour continuer mes dernières conneries.
Je n'ai presque pas recommencé depuis. Tu n'as pas eu un mot de plus.

Aux environs de11:59 PM

avril 15, 2003

Situations existentiallistes

Elle avait appelé, n'avait pas envie de sortir, voulait juste voir un film. J'avais récupéré Harry Potter, lui avais fait la surprise. Elle avait sourit, avait sans doute dit cool, ou good. Je ne sais plus si j'avais mal entendu, si j'ai oublié.

On avait ouvert une bouteille de vin, j'avais fait des pâtes, la sauce n'était pas bonne, on avait parlé. Je l'avais rejoint, elle s'était allongée, avait posé sa tête sur moi. J'avais lancé le film, en anglais ; elle avait dit sans les sous-titres. J'avais enlevé les sous-titres, augmenté le son et éteint la lumière.

Elle devait m'apprendre le marketing et à parler anglais ; je devais lui apprendre le cinéma. Le cinéma ? Mais quel cinéma ? Tout. Le cinéma, des vieux films, tout, elle n'y connaissait pas grand chose.

Elle avait appelé, demandé si l'invitation tenait toujours. J'étais sorti acheter de quoi manger, un melon et du raisin, du kiri, de la salade et des tomates. J'étais sorti avec une simple veste par dessus un tee-shirt, les chaussures délassées et sans chaussettes ; pour la faire rire. Elle avait ramené deux tartes au chocolat parce qu'en ce dimanche matin il n'y avait plus de croissants ni de pains au chocolat.
Je lui avais dit qu'il fallait que je lui montre un film. Elle était fatiguée mais d'accord. Alors j'avais tiré les rideaux et lui avais montré A bout de souffle. Elle avait aimé, je crois. Elle ne s'était pas allongée sur moi, s'était endormie, j'avais monté le son. Le film n'avait pas été remasterisé et le son pas égalisé l'avait réveillée.

Elle était repartie avec Le mépris, qu'elle voulait voir. Elle l'a toujours, ne l'a sans doute jamais regardé. Il aurait fallu que je lui demande, il aurait fallu qu'elle réponde quand je l'appellais.

Ce fut une histoire courte et destructurée, dont j'ai perdu la fin et dont elle a oublié le commencement. Une histoire juste pour les images et les mots, pour le plaisir de l'instant ; une histoire très nouvelle vague.

Il y a tant de films qu'il aurait fallu lui montrer.

Aux environs de11:34 PM

avril 11, 2003

Troubles

Dans le bus.
A Opéra je trouve une place à côté de la plus jolie fille du bus.
Elle regarde, engoncée dans un grand manteau blanc, des annonces immobilières, je lis Libé.
A St Germain j'apprends que le montant des infractions est de 30 euros, auxquels s'ajoutent 22 euros de frais de dossier si le montant n'est pas reglé sur le moment.
A côté de la plus jolie fille, à lire Libé, un papier bleu dans la poche, je rate l'arrêt.
Je me retourne, elle non, elle n'était pas si jolie.

Aux environs de06:59 PM

avril 08, 2003

Obstination mélancolique

J'aime les filles
et remettre
quand elles dorment
leurs cheveux
désordonnés derrière
leur oreille.

L'image implacable
d'une fille endormie
une nuit en Technicolor.

Fermer les volets
tôt le matin
pour ne pas qu'elle se lève,
pour qu'elle reste encore
un peu
endormie
ou mieux.


Aux environs de12:13 AM

avril 02, 2003

Parodie

Tes cheveux blonds en mèches forfait 20 ans et tes yeux derrière, que tu surlignes d'un azur guimauve, tes yeux pas bleus, j'aime pas ton air ni ton sourire, j'aime pas quand tu parles et ça ne m'interesse pas, ni maintenant ni plus tard. La douceur n'existe pas, la tienne serait superflue, tes gestes faussement sans sens me lassent, quand tu prends ton sac en simili de rien et ta démarche trop assurée trop balancée de droite à gauche qui peine à revenir, tes talons bas plastique qui claquent un peu et tes pantalons trop serrés, tes hauts blancs d'où débordent trop de tout, tes grandes écharpes qui ne cachent rien de ce qui manque et tes bijoux argentés qui grincent.
J'aime pas ton parfum.
La grâce que tu n'as pas d'avant l'amour, l'envie que tu ne donnes par cette vulgarité involontaire et maladroite, tes mots de trop et tes questions faciles, tes mots appris, expressions évidentes, réactions attendues.
J'aime pas tout ça.
J'aurais aimé passer à côté, juste une nuit et de l'alcool, l'odeur de la cigarette pour tout accompagnement, lumières éteintes et la radio pour ne pas choisir de disque.
Je ne peux pas.
J'ai besoin d'un minimum. T'es mignonne et tout, parfait. Mais tu vois, ça n'a pas marché, je n'ai pas assez bu, jamais, je me méfie de toi, de l'alcool et de moi, même si j'aimerais m'y abandonner.
Tes étoiles sont depuis longtemps éblouies par la lumière d'un fard un peu appuyé. Rien de nouveau ici bas et pour toi et pour longtemps, que de l'attendu, rien d'imaginé ni de rêvé.
Peut-être que c'est moi, enfermé dans des souvenirs imaginés, des nostalgies enjolivées de romantique attardé, des envies de joli et de vent dans des cheveux au goût de sel ; peut-être moi encore, attendant un peu n'importe quoi, ce que je sais ne pas arriver, des mirages à grande vitesse, les constructions bâties jour après jour, à force de fantasmes et d'obsessions entretenues soigneusement.
Vous trouvez tout cela ridicule, n'acceptez pas mes rêves. Mais je les préfère à vos vies, et la fille à qui je pense est plus jolie encore que celles de vos magazines, elle et lui, qu'importe, et les poussières que je ramasse dans les égouts de vos goûts, particules d'un univers desordonné et chaotique, bouts de musiques murmurés, chansons sucrées et livres improbables, mes films inconnus, ce grand vrac bordélique sournois mélange de pornographie intellectuelle et de poésie sporadique - pourquoi la poésie ne serait-elle pas sporadique ? - cet univers volé et brinquebalant, discret petit amas nébuleux, construit jour après jour, mes poussières s'assemblent les unes aux autres, se confondent, s'attirent et finissent par briller davantage encore que les réverbères à la lumière desquels vous me jugez au mieux étrange, au pire je n'ose espérer l'imaginer.

Je n'ai pas eu besoin de te le dire, tu te l'es imaginé bien avant : ce n'est pas toi, c'est moi.
Je n'ai pas voulu te décevoir, ce n'est pas moi. Mais toi dans tout ce que tu es dont je ne veux pas, tout ce que cela représente, ce monde effrayant même s'il sait certainement se montrer rassurant, au matin ou au soir bien plus tard, c'est toi et tout ce que tu dis, ce que tu es, ce dont je ne veux pas, ni ce soir, encore moins demain matin, ni jamais.
Mais c'est dégueulasse et on ne dit pas des choses comme ça.
Alors je ne te dis rien, et n'en pense rien.

Je troque cette parodie de normalité contre toute idée corrosive.
Encore des conneries qui n'ont pas leur place ici.
Taciturnes simagrées, c'est pour de faux.
Rien n'est vrai, il ne s'agit que de mots.

Que je peux poster et backspacer, à mon gré.
C'était simplement pour occuper une dernière bière, une dernière cigarette, rien de grave, tu vois.

Aux environs de01:20 AM

mars 19, 2003

Flash

Sur son canapé blanc on s'était embrassé et on avait fumé, elle avait voulu me montrer des photos, pour meubler et inventer, dans son appartement vide, on avait regardé les photos et puis continué à fumer, allongé sur le canapé, un peu par terre. Elle avait sorti une bouteille de vin blanc déjà ouverte, fait cuire une soupe, on s'était embrassé encore, entre deux cigarettes et pendant aussi peut-être.
Et, juste avant d'aller dormir, en fermant les volets, elle m'avait demandé si ça sentirait encore la cigarette le lendemain.

Aux environs de11:54 PM

mars 14, 2003

Turn me on

Votre monde commercial et vos gambettes en pattes d'eph me dépriment. Vos belles idées et sales compromissions me lassent. L'ambiguïté n'est pas la naïve duplicité. On ne peut être tout, rien est déjà tellement difficile.
Se faire enfin dieu après les avoir tués.
Le guerre de toi n'aura pas lieu.

Aux environs de12:58 PM

mars 01, 2003

Pop

Je voulais écrire.
Avant de partir, boire et écrire, sur rien ou sur elle, pourquoi pas. Elle que je ne connais pas et qui n'existe pas.
Il faudra lui envoyer un jour.

Dans son appartement refait à neuf et pas encore payé, des murs blancs et des meubles trop propres. Pas encore de poussières, encore quelques cartons. Pourquoi pas commencer, des souvenirs dissimulés derrière le faux facile. L'affiche blanc bleu. Deux, trois livres. Un peu plus, pas tant que ça, pas le temps. Pas de cadre, elle ne sait pas, celui-ci ou celui-là ? Et faire des trous dans ce mur si blanc si propre si grand ? S'imposer déjà, laisser une trace, abimer ? Accrocher. Crucifier un bout de vie sur un crochet X, une punaise tenace, poussières de platre à terre sur le parquet refait qui grince. Ou pas, je ne m'en souviens déjà plus. Un carton dans la chambre, encore. Un dessin. Qui ? Son amoureux ? Ah, Rimbaud. Avec une gueule d'ange comme ça, crayonné et sans ratures. Je te le laisse, dans son carton. Et ton Lamartine, mort un 28 février aussi.

Ecrire et effacer, une fois de plus, tout ce qui n'existe pas, tout ce qu'il faut empêcher à tout prix d'exister. Sinon une histoire qui recommence. Malsaine, on le dit. Les rêves ne font mal qu'au réveil. Tu les connais mes grands mots.

Ce soir à 100 mètres de chez toi, le hasard, nerveux, un peu, absurde. Ta voiture. 444. Tu ne sors plus le vendredi ? J'ai hésité, exploser ton aile, rayer ton capot, briser un phare ou arracher un essuie glace, crever les pneus ou mettre de l'eau dans l'essence. Faire quelque chose, mais pas voir ça et ne rien faire. La vie qui continue après sans raison. Toi et tes études de chimie ça ne te choque pas ces changements d'état sans raison. J'ai vérifié, j'ai toute mes molécules, elles n'ont pas bougé. Les tiennes non plus. Ca se précipite plus, rien, fiasco. Ridicule.

Je ne sais pas. Tous ces mots que tu ne liras pas, qui ne sont pas plus pour toi que pour une autre. Ceux-là et les autres, planqués dans un sous-dossier, une fille passe, revision 4 en attendant la 5 plus que nécessaire. De l'inutile, une histoire, bleuette et bovarysme, pendez-moi, il semble que l'érection est phénoménale.

Rentrer. Une dernière vodka et un paquet de cigarettes et rideau, dormir enfin. Ne plus penser à toi, te noyer dans les vapeurs ethyliques et les fumées tabagiques. Asphyxier ton sourire et irriter tes yeux. Se détruire peu à peu. Avec ou sans toi.

Et ne pas relire. Ne jamais relire, en assumer les inconvénients, l'obligation aux mots justes, toujours, pas un de trop ni un de moins, prendre sa respiration et plonger. En apnée. Grand bleu et grand vide.

La mer, pas loin, qu'on a manquée de peu.
Histoire d'amour remboursée pour cause de surbooking. Surclassement tu parles. Flonflon et plein la gueule, bidon des mots et des visages lisses et sans vie. Des apparts en kit sans vie ni vue, vis à vis de merde sur un miroir sans tain ni toi.

Aux environs de02:55 AM

février 28, 2003

Train de vie...

Teaser IV (demain j'arrête...)

Elle a dit oui pour n'importe où, j'ai proposé l'Italie, parce que ça ne ressemblait pas à l'Angleterre que nous connaissions déjà, elle a dit oui, le train a du retard, reste en gare. J'ai envie d'aller engueuler le conducteur, lui ordonner de mettre immédiatement son train en branle, avant qu'elle ne change d'avis et ne descende. Elle a acheté Cosmopolitan à la gare et je le lirai tandis qu'elle sera endormie. C'est un nom qui fait rêver, Cosmopolitan, qui donne des envies d'ailleurs, de grand et de romantique, de vie, moderne. Le train ne démarre pas et je me réveille en sueur, les mains posées sur le clavier, des lettres qui ne veulent rien dire quand on les met les unes à côté des autres ont rempli presque une page. Des lignes de aaaaaaaa et de hhhhhhhh. J'efface.

Aux environs de04:55 PM

Au bord de lo

Teaser III

Au bord de la piscine bleue, elle n'a pas les yeux azur. Elle plonge dans l'eau, toute seule, je la regarde, un peu, trop, est-ce qu'elle s'en rend compte ? Je ne sais pas quoi lui dire. Un autre verre ? Elle n'a pas fini le premier. Et elle fait quoi dans la vie ? Et moi ? Non, pas ces questions, on s'en fout. Faut juste qu'on dorme ensemble, et vite.

Début de soirée, la musique, le vin dans les gobelets en plastique. Elle garde son maillot de bain. Elle n'a pas froid ? Non, si, elle met un pull noir. Par dessus son maillot de bain, comme ça ? Oui. Elle discute. Avec d'autres. Aller vers elle ? Non. Je ne sais pas faire, ça. Elle ne viendra pas d'elle-même. Merci, je suis au courant. Et tu vas rester longtemps comme ça ? Pourquoi pas, de toute façon ce n'est pas une fille pour moi, ca va mal se terminer, désolé, je me suis planté sur ce coup là. Elle ne te plaît plus ? Si, trop, justement, c'est ça le problème, elle me plaît, elle m'impressionne mais on est en sur-ex là, comment tu veux qu'elle ne me plaise pas ? Tu l'as vue sur son banc, avec son gobelet en plastique, sa cigarette et ses cheveux tout mouillés qui laissent des gouttes sur son pull en laine ? Tu nous fais chier avec tes histoires d'amour, tu ne peux pas faire simple, pour une fois ? Elle est mignonne, elle est adorable, elle est là, tu n'as qu'à aller lui parler et lui faire un sourire, y'a pas de raison que ça ne marche pas, tu verras, t'as rien à perdre de toute façon. Si. Tant qu'elle n'a rien dit elle n'a pas dit non ; tant qu'elle n'a pas dit non, je peux encore rêver d'elle, c'est si compliqué à comprendre ? Reprends un verre, plutôt que de dire des conneries. Vodka. Maintenant ? Pourquoi pas. Sans rien ? Si, des glaçons. Ils sont tous fondus. Alors sans rien.

Aux environs de12:29 AM

février 23, 2003

Train de nuit

- Il est à 22 heures ton train, non ?
- Je crois, enfin, à peu près...
- Si tu me dis 22 heures, c'est qu'il est plutôt un peu après qu'un peu avant, non ?
- En fait je crois qu'il est un peu avant, 21 heure quelque chose...
...
...
- Tu veux vérifier ?
- Oui...
...
...
- Alors ?
- 21h46.
- Ah.
- Pourquoi, la gare est loin ?
- Non, 10 minutes. Mais il est 21h35.
- En plus je n'ai pas mon billet.
...
...
- C'est à gauche ou à droite, mais le plus court je ne sais pas. On va essayer à gauche.
...
...
- Voie 27, c'est celui-là.
- Mais je n'ai pas mon billet. Je ne veux pas payer dans le train !
- D'accord mais il est 44, tu n'as physiquement pas le temps de prendre un billet...
- Mais si, 44, c'est bon, j'ai deux minutes.
...
...
- Bonsoir je voudrais un billet pour Reims.
- Ici c'est Ile de France, grandes lignes c'est de l'autre côté de la gare.

(Ce qui, entre parenthèses, comme je les ai mise, est d'une logique absolue : mettre les trains dans la mesure du possible à l'endroit le plus éloigné de celui où l'on peut acheter les billets dudit train.)

- Tiens, un distributeur là.
- En même temps tu l'as raté ton train, là.
- Mais non, 45.
- 45 et 45 secondes.
- Merde mon portable qui sonne. Et qu'est-ce que j'ai fait de ma carte, tu me l'as rendue ?
...
...
- Tu ne courres pas là ?
...
...
- Voilà, il est là, c'est cette voie, c'est bon.
- T'es sûr ? Ce n'est pas écrit...
- Normal, il est 47, il est en train de partir. Non c'est bon, vas-y.
...
...
- Vous allez où ?
- C'est bien le train pour Reims, non ?
- Vous savez que vous auriez du le rater ? Enfin bon, montez.
- Merci.

Parce que quelqu'un s'est aggripé au train quand il partait, parce qu'un autre a tiré le signal d'alarme, ce n'est pas encore ce soir.../ Echappé belle.

Aux environs de10:43 PM

février 17, 2003

Too much flesh

Etait-il vraiment nécessaire, dans les plans d'un hypothétique grand architecte ou dans les relations causales d'une cosmogonie potentielle que je sente son parfum en sortant de l'ascensceur ce soir ?


Teaser, part II :

On parlerait toute la nuit, autour de verres de vin, de bières, de tisanes et de café, avec des olives et des petits lu et des carrés de chocolat noir, et puis le matin elle partirait, on ne s'embrasserait pas, on se prendrait juste le bras, pour se tenir encore un peu pendant que les portes en aluminium de l'ascenseur se refermeraient. Alors je descendrais les escaliers en courant et finalement on s'embrasserait en bas. Il ne me resterait plus qu'à remonter et à mettre un peu de vodka dans la tisane qu'elle aurait laissée, à moitié froide, sur la table, à côté de son pull, qu'elle aurait encore oublié.

Aux environs de07:52 PM

février 15, 2003

15.02 | 21

Autre histoire.

Attends-toi, à c'que je me traîne
A tes pieds, Laura, en attendant je sais
Que le jour viendra, où je pourrai en mourir de rire

J'allais l'oublier. Tu vois. Un jour viendra. Almost.

3x7 donc.


Aux environs de12:16 AM

Minuit dix

Toute ressemblance avec des personnes existantes ou ayant existé and so on.
Tout ça n'est qu'un jeu à alimenter continuellement.

A la recherche des jolis sentiments. Film d'aventures pas très épicées.
Chanson d'amour panellisée.

L'histoire vraie avant adaptation : distraction amoureuse sans envergure.
Même un peu de lassitude, l'impression d'inutile, de redite.
C'est juste que personne n'a jamais pensé à passer la fin de la bande après la coupure pub.

30 jours en plan séquence sur une histoire sans conséquences.

Teaser.

On s'était réveillé l'un contre l'autre, presque, elle au milieu du lit, moi la regardant, le réveil qui sonne, encore, cinq minutes après, et encore, cinq minutes, et elle qui s'était levé, m'avait fait un sourire embrumé, tiens t'es là toi, c'est chouette, elle était allée prendre sa douche, l'eau qui coule, je ne m'étais pas rendormi, avais posé ma tête sur son oreiller, dans son odeur ou ce qu'il en restait. Et puis l'eau s'était arrêté de couler et elle avait mis Etienne Daho sur la chaîne hi-fi à côté. Elle : tu veux un café ? Non, ça va, merci. J'en avais pris un plus tard, un double express à une terrasse, avec Libé et une cigarette, à penser à elle plus qu'à lire, à tout ce qui devenait différent, à regarder les voitures se presser aux feux rouges, les costumes passer sur les trottoirs, les petits rouges qui s'alignaient au comptoir, tous les gens qui ne savaient pas, qui n'avaient pas à savoir et s'en foutaient, elle perdue dans ses embouteillages, sans doute, ou déjà arrivée peut-être, la cigarette qui s'était terminée et que j'avais écrasée par terre avant d'avaler d'une traite le reste du café, alors un peu tiède. J'avais pensé à la chanson de Vincent Delerm (oui, comme elle me l'avait demandé, le fils de...) "J'étais passé pour prendre un thé, caramel ou vanille, ben non, j'ai plus que vanille, j'étais venu pour dire des trucs pas terribles, y'a plein de travaux dans ta rue, tiens, c'est marrant, t'as la bible, sous un poster de Modigliani, j'étais passé pour prendre un thé, et j'ai passé la nuit. Mais ce matin, rue Saint-Severin, je sors de chez toi, habillé comme hier, dans la ville normale, des voitures banales qui ne savent pas pour la nuit dernière. On a discuté jambon, purée, bougies, Gabriel Foret, Mozart, Laurent Voulzy, assis en tailleur face à Modigliani sur Karin Redinger tu m'as dit bien sûr que si..."

End Credits.

Aux environs de12:09 AM

février 14, 2003

Minuit moins dix

Et après j'arrête.
J'essaye tout au moins.

Je n'osais pas te le dire
Encore moins te l'écrire
J'attendais le moment
opportun, important
Je ne savais pas comment faire
Oh ! Mon dieu quel enfer
Et par où commencer
C'est la timidité
Je ne savais rien de la vie
Ni de la dernière pluie
Près d'un petit ruisseau
De la vie en duo
Oui mais j'ai du me résoudre
A faire parler la poudre
A passer le turbo
Un soir au bord de l'eau

Ca valait la peine
C'est sûr
Ca en valait la peine
Ca valait la peine
C'est sûr
De te dire que je t'aime

C. Clément / B. Biolay.

Aux environs de11:43 PM

Transports amoureux

Y a rien pour moi, rien pour toi.
Peut-être que personne n'y a pensé.
Peut-être est-ce un peu trop ridicule.
Un peu facile et un peu trop cher aussi.
Tant pis pour les étoiles et toutes ces conneries.
Cherchées à Paris et trouvées dans une tempête de sable, tes yeux qui pleuraient et c'était juste le sable.

Anyway. Cette histoire était plus jolie à écrire qu'à vivre.

Je ne sais pas ce que j'aurais écrit.
Tu ne lisais pas libé capricieuse.
Tu n'as toujours fait que ce que tu as voulu.

Anyway. Cette histoire n'aurait gagné qu'un concours de circonstances.
Atténuantes attérances.
Attirance, encore un peu.

Aux environs de11:47 AM

février 11, 2003

Memories

Car c'est l'alcool lui qui me donne,
les plus beaux rêves que je fais.

Je sais bien qu'autour de moi on dit,
que de jour en jour je me détruis,
car sans l'amour qu'elle m'avait donné,
ça ne sert à rien d'exister.

Et dans ces moment-là, la fille à qui je pense,
est plus belle que toi.

Aux environs de07:23 PM

janvier 30, 2003

Sous le soleil exactement

Merde. Je l'ai pas encore dit ça mais tu vas tout de même me manquer. PLus que tu ne le crois et moins que je ne le pense. Mais tout de même. Je penserais à toi, encore un peu, je ne sais pas combien de temps.
Plus tard, toujours plus tard. Le soleil tape trop à présent et je ne sais plus ce que je voudrais écrire. L'amour dure toujours ? ça ne me ressemble pas. J'aurais pu penser à un moment que tu aurais pu l'écrire, toi. Finalement, non, je ne pense pas. Je serais presque partisan d'une politique libertaire, sans engagement et sans égarement. Mais c'est encore plus facile à dire cela. Je suis incapable de l'appliquer. Tout a changé, d'un coup, quand je ne m'y attendais pas, tout en le redoutant depuis le commencement. Je m'imaginais que tu ne voulais qu'une histoire de quelques jours au soleil, sans engagement. J'aurais enfin eu la possibilité d'appliquer mes principes...
En fait nous n'avons même pas eu le plaisir de marcher au bord de la mer. Tu vois, j'aime les clichés. Ce n'est pas du romantisme, c'est de l'envie de normalité. Etre comme les autres. Pensent-ils autant ? Comment font-ils alors ? Je ne peux m'empêcher de me demander si tu liras ça aussi ? Sans doute pas une bonne idée. Déjà que j'en ai marre de ces histoires d'amour sur papier, marre de ne pas sentir de peau et de ne pas voir de corps. J'en ai assez d'imaginer et de me replier sur des tours d'y voir et des chateaux en chatterton.
Si la machine à voyager dans le temps est un jour inventée, je crois que ce sera l'oeuvre d'un amoureux. Retrouver les premières impressions et les illusions envolées. Il n'y a pas d'amour heureux. Il n'y pas d'amour tout court. Restent les envies, les besoins et les mots trop lourds à écrire, trop durs à dire. Pas grand chose en définitive et pourtant c'est déjà trop. Même le temps semble de trop de tout façon.
J'arrête les pays chauds. J'arrête les amours déçus sous les soleils assassins. Trop court et pas le temps. Trop loin et pas l'envie. Trop dur et pas les mots assez forts.


- C'est quoi ça ?
- Un truc que j'avais écrit, parmi d'autres, cet été. On était encore ensemble sans l'être, à côté sans plus. En recevant des gouttes d'eau chlorée et des coups de soleil.
- Ca change pas.
- Ca revient toujours.
- Elle l'a lu ?
- Elle a demandé. J'ai dit non. Et puis oui. Elle a lu juste ça, pas le reste, pas les autre pages. Ou sans me le dire et sans que je le lui permette puisque je n'ai jamais chercher à cacher tout ça. Les mots traînent.
- Et alors ?
- Alors elle avait fait la gueule. Parce qu'elle avait cru lire narguer au lieu de manquer. Alors j'avais ri et elle avait arrêté de faire la gueule. Elle avait fait des dessins sur une autre feuille que j'ai gardée, on avait ri ensemble. Et puis elle s'était à nouveau refermée sur elle-même, brutalement, comme à chaque fois. C'était le 4 septembre 2002.
- Pourquoi mettre ça sur ouahad et pas le reste ?
- Je ne sais pas. Ca ne sert de toute façon déjà pas à grand chose de mettre ça. Deux raisons peut-être, les plus probables. D'abord parce qu'elle l'a lu et que ça a par conséquent perdu son côté privé, ou indicible, je ne sais pas. Et puis parce que c'est une histoire de plus, et qu'il y en a déjà tellement ici de toute façon.
- C'est vrai. On reprend une bière alors ?
- Alors.

Aux environs de08:12 PM

janvier 22, 2003

Yesterday

Yesterday parce que ça aurait du être posté hier.
Mais que non, parce que pas le temps, et oublie, etc.

Lisa. Fnac Italiens. Lisa. Fnac Italiens. Lisa. Fnac Italiens. Lisa. Fnac Italiens.

Tout à l'heure. Hier je suis allé à la Fnac.
Je suis allé à l'accueil de la Fnac.
J'ai dit bonjour mademoiselle à Lisa, lui ai donné ma carte bleue et elle m'a donné les places.

Lisa. Fnac Italiens. Lisa. Fnac It...

J'ai trouvé d'autres concerts dont je pourrais aller chercher les places à la Fnac.
et d'autres.

Et puis sinon j'irai faire développer des photos au Photo Service, 300 mètres plus loin. Anne Emmanuelle. Photo Service...

Aux environs de02:21 PM

A comme

L'amour c'est ce qu'il reste quand il ne reste rien. C'est à dire pas grand chose.

Aux environs de11:42 AM

janvier 08, 2003

Cutic girl

Winona Ryder fait définitivement partie de ce qui vaut la peine de - tout simplement la peine de.
Même dans ce qui n'est qu'un navet trop mûr, une gélatine de guimauve mielleuse, même dans ces aventures de Mr Deeds, elle est adorable voir plus si affinité. Je serais même prêt à retrouner voir le film, ne serait-ce que pour la voir 20 minutes sur les 90 générique inclus.
Sinon deux gags amusants à condition de ne pas être exigeant - mais je viens
d'exposer les raisons - et une B.O. pop-rock U.S. (Weezer, Travis, Bowie...) plutôt rafraichissante. Evidemment on est loin du Capra original - mais bon.

"If you're over 25, have an IQ over 90, and have a driver's license, you should be able to find better entertainment."
-- Paul Clinton, CNN

I'm still 24 :)

Au fait, Winona a les cheveux teints en blond dans le film.
Et elle est sacrément mignnone.
Ce qui me fait dire que, finalement, peut-être que j'aime bien les blondes aussi.
Ou plutôt ça le confirmerait, ayant des doutes depuis plusieurs mois déjà. Ce n'est pas si terrible que ça, on s'y fait.
J'aime bien les blondes.
Voilà, je l'ai dit.


wino.jpg

Bien sûr ce post resterait incomplet s'il n'était pas rappelé que le second prénom de Winona est Laura.

that's it. that's all.

Aux environs de11:32 PM

janvier 05, 2003

Parachute et par ailleurs

Il faut prendre les femmes pour ce qu'elles ne sont pas et les laisser pour ce qu'elles sont.

S.G. une fois de plus.

Aux environs de05:08 PM

décembre 05, 2002

J'veux du...

Alors, elle n'est pas venue ?

Tout au long d'la vie, c'est sûr,
On s'abîme le cour
À vouloir mettre la main sur
Les filles conducteur.

Elle a pas voulu/pu/su venir, glauque/glloq.
Une autre.

On peut tout jeter les instants, les photos, c'est libre.

Libre de droit et pas signé.

Toute ma vie, c'est courir après des choses qui se sauvent :
Des jeunes filles parfumées, des bouquets de pleurs, des roses.

Alors tant pis, pour la mer et les étoiles et les bateaux

Là-bas, dans l'Cotentin, j'te jure mon amour :
J'f'rai tout pour que nos baisers durent toujours.

J'avais peur car les filles, quand elles passent,
C'est bien souvent pour qu'on les embrasse

Alors on s'cache, et à plus tard, et tant pis les baisers volés
Antoine de fond hypothétique, c'est vrai qu'en blonde j'ai des lacunes.

Un air de cinéma.

Aux environs de02:32 PM

septembre 12, 2002

Sale histoire

Je reviens de chez toi.

Tu manquais trop, même les rêves les plus jolis ont besoin d'un peu de consistance, un peu de glucose et d'oxygène. Les histoires safe sex, ca va deux minutes, mais après. Alors chapitre deux. Ou trois, on ne sait plus dans cette histoire.

Premier : le début, les premiers émois et moi, les frissons et tout et tout. On finit sur un baiser. Chapitre deux, tous les deux, pas trop épicé, joli, juste, bien, voilà. Et puis trois : ça ne marche plus. Perestroïka dans le couple et gaz à tous les étages. Boum, ça explose mais sans un bruit. Explosion muette d'une super nova dégénérée, passée inaperçue. On attaque le quatre alors. Combien, au final ? Dans un scénario, faudrait à peu près en être à 40 minutes. Ca serait pas mal. Schéma classique : exposition très rapide, ca marche. Et puis plus, on y bosse, courses effrénées et enflammées, on s'enfuit, l'un, l'autre, on se croise et ca fait mal, on fait durer un peu. Et puis les 5 dernières minutes, ok, c'est bon, c'est reparti, on a eu chaud, 90 minutes d'un suspense insoutenable. Le cinéma c'est pire que la vie. Les vraies histoires d'amour, par rapport à celles des films, c'est un peu comme Roissy-Porte de la chapelle par rapport au rally de Monte-Carlo. C'est qu'il en faut, maintenant, pour faire rêver.

Lights are ok, Camera 1, roll, camera 2, roll and action.

La question je me la suis posée toute la journée. Je viens ou pas ? J'ai tiré à pile ou face, tu parles que c'est simple, sur les pièces d'euro, y'a plus de face. Mais bon, de toute façon ça semblait pile : alors je viens. Je t'appelle avant ? Je t'envoie un mail ? Je débarque comme ça ? J'ai jamais fait ça. J'ai jamais osé. Peut être parce que ça engage trop, peut-être parce que j'ai l'impression de pouvoir être différent avec toi. Non, y'a pas de sous entendu dans cette phrase, c'est fini tout ça. C'est juste que c'est comme ça.
Je me souviens, c'était avant et nous, toi : tu passes ? D'accord. Tu es où ? Sur la route, déjà, je suis là dans cinq minutes.


J'ai bien pensé ramener des fleurs - tu me vois, avec des fleurs, en bas, à l'interphone ? Toi : oui. J'ai des fleurs, là. - mais les fleurs c'est périssable. Et les bonbons y'avait déjà une chanson. Alors la pièce d'euro je l'ai filée au Mc Do, et je suis reparti avec des frites. J'aimerais dire que je me suis battu pour avoir de la mayonnaise avec, mais ils n'ont pas bronché. Ca doit être ça d'en imposer. Le regard : avec de la mayonnaise, s'il vous plaît. Terrible. Genre Clint Eastwood, un peu moins buriné, mais tout de même. Ca devait avoir de la gueule. Le paquet de frites planqué au fond du sac, je m'engouffre dans le métro. 19H30. Tu ne dois pas être arrivée. Mais après, je prends le risque que tu dormes. Quoi ? oui, je te réveille, désolée, mais bon, voilà, j'ai amené des frites. Ca va pas non ? Bof, c'est vrai que là, même Clint Eastwood serait bien emmerdé. Alors 19H30, métro, et on ne traîne pas, 55 km/h, vitesse réglementaire dans les fours noirs de suie sortie d'on ne sait où - qu'est-ce qui empêche les tunnels de métro de ne pas être blancs ? Je n'en connais aucun qui fonctionne au charbon. Ca pue le Mc Do dans le wagon et j'imagine les frites se mettre à jaillir du sac pour me désigner coupable. Non, tout va bien, on arrive. Je descends là ? Oui, autant marcher, de toute façon, t'es pas là. Cigarette à la main, nonchalant, Belmondo dans A bout de souffle. Manque le chapeau. Manque toujours, celui-là. Ha oui, le film, c'est vrai, tu ne l'as pas vu. Tant pis pour l'image, mais bon, t'imagines.


Je remonte ta rue, tout le monde me regarde. C'est lui ? Vous croyez qu'il va la voir, là ? Il exagère, vraiment. Il n'a pas compris ou quoi ? Et toi, tu vas me voir ? Heureusement que je n'ai pas les frites à la main, en corolle comme un bouquet. Mais non, je dois juste être quelqu'un qui marche dans la rue. Première à gauche, oui, c'est ça. C'est drôle, on ne connaît bien un chemin que lorsqu'il est trop tard. Tant pis. Je cherche ta voiture garée, l'immatriculation. 9444. J'ai fait la rue, un sens et puis l'autre, à côté. Tant pis. Devant chez toi. La porte est fermée. Je n'ai pas ton digicode. Bon. Cigarette. Je fais un tour. Ta voiture n'est pas non plus dans les rues à côté. Je reviens. C'est trop bête de n'avoir jamais pensé à noter ton digicode. Je ne l'ai pas retenu après ne l'avoir fait que deux ou trois fois. Alors j'essaye les combinaisons au hasard, 10 chiffres et deux lettres, beaucoup de possibilité s'il y a 4 chiffres, encore plus s'il y en a 5. Pas méthodiquement, au hasard des figures géométriques dessinées, très vite, en essayant de jouer avec tous les chiffres. Est-ce que quelqu'un va venir me demander ce que je fais ? je teste simplement la sécurité du mécanisme, oui, certains digicodes se bloquent si l'on rentre trop de combinaisons trop vite, la mémoire qui sature, le système se réinitialise, alors il faut vérifier, non, ce n'est pas très drôle comme boulot. Et puis j'entends le bruit caractéristique de la porte qui se débloque.


Je n'ai aucune idée de la combinaison qui vient d'ouvrir la porte. Peut-être est-ce vrai que les mécanismes se bloquent au bout d'un moment. En tout cas cela paraît totalement improbable, combien de chances y avait-il d'y arriver en moins de deux minutes ? vraiment pas beaucoup. Mais c'est parfois le plus incroyable qui est la seule chose vraie d'une histoire.


Direct chez toi, au fond de la cour, je connais. Pas de lumières aux fenêtres, mais il fait jour. La porte est ouverte mais je sonne. Monter directement, non, là c'est trop tout de même. Personne. T'es pas là. Comme prévu. Bon, t'as pas de boîte au lettre, je peux pas laisser de mot. Salut, c'était moi, je suis passé, oui, comme ça, t'étais pas là. Tant pis, ce sera pour une autre fois. Je ressors. Et si je te croise à la porte, tu fais quoi ? on saura pas, t'es pas derrière la lourde porte en verre et noir.
Je marche, encore. A peine 20H10. J'hésite : je rentre ? On oublie tout. Oui mais non. Toutes ces histoires, j'en ai marre de les raconter. Parce que ce genre de scène, là, nuit américaine sur trottoir parisien, j'ai envie de la vivre. Venir chez toi, comme ça, juste pour te voir, même 5 minutes, pour dire bonjour, bonsoir, bonne nuit et voilà. Juste essayer de vivre sans tout prévoir, tout planifier. Un peu d'improvisation dans le jeu, l'acteur qui part en live va falloir le calmer. Non, c'est bien l'impro, ça met de la vie. Ha, bon. Mais juste une fois, alors, parce que sinon on ne s'en sort plus. Promis, après je suis les lignes noires et ne double plus les blanches.


Pas de bar en bas de chez toi. J'ai pas envie d'attendre devant. Une fille sort, et puis elle rentre. Je vois le code, enfin, les doigts bouger, vite. J'essaye derrière, 832B5, ca marche. Le grand Clint à nouveau en selle, Paris prend garde à toi, détectives de tous poils et rasés de près j'arrive. Je ne rentre pas, mais juste parce que je peux revenir. Je ne voulais pas t'appeler. Allô ? Oui, c'est quoi ton code déjà ? Quoi ? Non, vraiment. Déjà que l'interphone, ça m'a paru dur, même l'inspecteur Harry ça l'aurait fait flipper ça. Un bar, donc. Bon, la rue encore, en sens inverse. Le métro, à nouveau. Ce serait mieux, peut-être ?


Le bar est glauque. Comme tous les bars dans mes histoires, ça tombe bien. Un demi à 25 balles non convertis en terrasse, la nuit tombe, un bouquin se finit, deux trois cigarettes, des voitures qui passent, il fait nuit maintenant. 20H35. Un autre mec à côté de moi, chacun sa table sur la terrasse, face aux néons qui clignotent. Il se siffle une grenadine. Pour le style aventurier il repassera. Merde, on bosse là. Une fille : vous n'avez pas du feu. Une autre : vous n'avez pas une cigarette. Bha si, prenez, voilà. Je ne sais pas ce que je fous là. Peut-être qu'un bus va avoir une fuite dans le circuit hydraulique des freins et va venir s'écraser contre le bar, emportant au passage la terrasse, la table, la chaise, la bière et moi. Et l'autre à côté aussi. Et on ne saura jamais ce qu'il foutait là, lui.
20h50. J'y vais là, non ? Si, tout de même. Cette fois je sais que tu seras là, alors une autre fois ta rue encore. Première à gauche, toujours. Par l'autre côté ça aurait été moins long. Oui, mais statistiquement, j'avais moins de chance de voir ta voiture garée. Totalement malade. Le code : ça marche. Même pas une concierge pour me demander ce que je fous là. J'aurais peut-être laissé tomber. Non, faut y aller. J'y vais alors, ok, ça va, poussez pas derrière non plus. Lumière chez toi. 800 watts à tout casser, ça ne va pas suffire pour la pelloch ça. Demandez à l'éclairagiste, c'est son truc d'éclairer, nous on a l'histoire à faire. Il fait une pause, les 35h et tout, ce n'est pas pratique. Tant pis pour la lumière, on la jouera pénombre. Style dogma, du grain dans tous les sens. Ce n'est pas encore ce soir qu'on se fera du David Lean.


Là devant, l'interphone. Mais la porte est ouverte. Gros plan sur le nom, le doigt qui s'apprête à sonner. Et puis non, je monte. J'appelle l'ascenseur, fais demi-tour. Une fille entre - y'a que des filles ce soir à Paris ? - bonsoir. Bonsoir. Et oui, mademoiselle, j'ai une très bonne raison d'être là. Mais ça ne vous regarde pas. Non, elle dit rien de plus, on s'en tient là : bonsoir, bonsoir. Faut que je sonne. Dernière répétition avant le clap. Tu as deux minutes ? J'ai juste un truc pour toi, là. Non, ça peut pas attendre, faut vraiment que ce soit ce soir. Ca se mange, c'est pas cru, c'est jaune. Mais toi tu ouvres juste la porte qui est déjà ouverte. Ca veut dire que je peux monter, alors. C'est tout, pas plus compliqué ? Bon, tant mieux. De toute façon ça devenait un peu long, là, on s'égarait. L'ascenseur. La glace de l'ascenseur. Ca va ? Maquilleuse, juste pour le raccord, là, la mèche. Laquelle ? Parce que vous en voyez plusieurs vous ? Allez vite, c'est pas long 5 étages.


La porte. Je sonne ou je frappe ? Si je sonne c'est un peu protocolaire. Mais si je frappe juste, peut-être que.
Tu ouvres la porte.


Et puis voilà, c'est toi, juste toi mais toi tout de même, là, la porte dans la main et l'autre je sais plus où. Champ / contre champ, travelling avant, tu rentres dans l'apparte. T'es jolie. Mais je vais pas te le dire en plus. Là je me trouve con : Woody Allen sans lunettes, il vient d'avaler une boîte de laxatifs au lieu de son Lexomil. Tes frites. Oui, ça surprend. Je te suis. Je le connais l'appartement, il n'a pas changé. Faut faire vite et pas se planter, on ne retournera pas la scène. Budget serré, pas assez pour la pellicule. En haut on a qu'une caméra, alors la mise en scène c'est simple, toi et moi sur le canapé, un peu de musique, on bouge à tour de rôle, pour les plans serrés et pour pas avoir de cut. La caméra reste fixe, 3 magasins de 12 minutes, c'est tout ce qu'il reste. A peine une demie heure, avec l'amorce. Un verre ? Oui. On parle, tu bouffes tes frites. Le scénariste devait en jubiler : c'est bon ça le coup des frites. Là il sent qu'il marche déjà vers Hollywood.
Mais non, on le vire ce con là, tant pis pour les frites et les bonnes idées et les bons mots.


Dans le film on ne saura pas ce qu'on se dit. Final Cut. Et la pelloch que le troisième assistant stagiaire s'est fait chier à monter ? Et les rails de travelling et tout ? Fini tout ça. Tu me fais juste un plan de la porte qui se referme et c'est tout. On reprend dans une heure dehors. Faut bloquer la rue et cette fois je veux de la lumière : sortie en grande pompe, des bagnoles qui passent et des reflets d'eau sur les façades. Faut que ça en jette. Je ne fais pas toujours dans l'intimiste. Là il me faut du clinquant, un clip de pub pour un parfum. Ca a intérêt à être léché votre truc.


On parle un peu. C'est bizarre de se retrouver tous les deux, ici. Mais c'est bien, calme, simple. C'est un peu un autre monde, ça ne durera pas, alors on en profite, mais pas trop, vaut mieux partir avant la fin, avant le monde à la sortie, s'imaginer ce qui aurait pu pour ne pas être déçu par ce qui sera.


Pas grand chose à dire de plus. Fini c'est juste une lettre de plus que FIN, mais ca change toute l'histoire, les pleurs et les acteurs qui ne s'embrassent plus, le générique tombera tout seul sur les plaines ensoleillées et la musique de Legrand. Tant pis pour les lettres d'amour entr'aperçues, presque hors champ, tant pis pour les baisers échangés au tarif syndical, tant pis pour les scènes d'amour cachées derrière les tentures hollywoodiennes. C'était la dernière scène, et coupez. Pas besoin de post-synchro, tout est en boîte. On remontera tout derrière, des nuits à faire de tout ça une histoire convenable, plus longue et plus jolie. Et puis peut-être un happy end, pour la fin, alors on dira plus fini, juste The End. On s'embrassera et on se fondra dans le générique de fin, au son des violons et des pop corns écrasés par les spectateurs qui quittent la salle.
De toute façon, le budget était minable, on a fait ce qu'on a pu.

Ce n'est pas assez : c'est dommage, mais on ne va pas tout retourner. Si ? Tu veux ? alors on y va, scène 1, c'est dans le script : 1.Ext. Jour. Sur la plage. une lumière bleutée, le soleil s'est levé et tu cours sur le sable pieds nus. T'as pas de chien à côté, pas de cheval non plus, mais on n'avait pas assez pour un bon scénariste. On s'est contentés des plans guimauve, dans les bras l'un de l'autre, des sourires à en crever les publicitaires de Colgate et des envies sorties tout droit du manuel de biologie d'un collégien. Roméo et Juliette à paris, entre clopes et cafés, métro et boulot, rendez-vous sur les balcons des cinémas et les banquettes en moleskine des brasseries.


Non, c'est pas mal tout de même. Inachevé mais pas mal. Un joli film peut-être pour des chaînes pas trop regardantes, à des heures pas trop regardées. Un film sans affiche et sans vedette, tant pis pour les 4 par 3 et les culs de bus, tant pis la campagne comm. dont on rêvait ; tant pis les serpentins multicolores, les guirlandes clignotantes et le champagne au goût mousseux.


Et puis c'est fini, je redescends. Je ne me retourne pas, ça m'étonnerait que tu sois à la fenêtre. Tu y ferais quoi ? me balancerais une frite ? j'aurais peut-être du prendre des roses finalement. La rue est toujours la même. Ta voiture, mal garée, un peu plus loin. Je glisse un mot sous l'essuie glace, qui ne sera peut-être plus là demain. C'est le jeu. Le métro. Les deux coréens qui se partagent un casque de walkman et la copine qui les regarde, une bande de copains un peu plus loin et juste en face une qui doit en être un. Tu es loin.


C'est la vie et tout et tout. Mais parfois faut faire comme si la vie c'était pas que ça, comme si la vie ça pouvait être un film, avec des bagnoles qui roulent trop vite, des amours qui durent des vies et des plages qui n'en finissent pas de se découvrir sous les brumes artificielles. Et puis c'était peut-être la dernière séquence de la dernière séance et toute la suite, mais c'était quand même bien.

Il ne faut jamais dire que l'actrice est formidable, parce qu'après on passe pour partial et fan et dans le cinéma, faut surtout pas être fan. Mais pour une fois peut-être qu'on peut le dire tout de même. She's cute as no one before. Ca serait bien, ça comme phrase d'accroche, sur les affiches. Pas signé Ciment, Lefort ou Loiseau, juste moi. Et puis pas de pseudo, pour une fois je la signerais vraiment cette histoire, parce qu'elle me plaît bien.

Aux environs de11:59 PM

septembre 10, 2002

Prime à bord

Si t'étais là, avec moi, j'crois qu'on partirait, tous les deux. On ferait ça un soir, en sortant du boulot. Je passerai te prendre, là bas, dans ta grande tour. Peut-être que tu serais pas d'accord, alors il faudrait que je t'enlève. Tu ferais juste semblant, parce que ça te ferait plaisir tout de même. On part où ? Je sais pas. Mais dans la voiture on écouterait de la musique, les fenêtres ouvertes comme dans une décapotable, le vent s'engouffrerait derrière et ferait voler tes cheveux. Si ça se trouve on n'aurait pas de lunettes de soleil, parce qu'on n'y pense pas à ces choses là. Peut-être même qu'on aurait pas de brosse à dent, et pas de sac du tout. Juste l'envie d'être ensemble, et de partir. Même pas loin, deux heures et puis la mer elle est là. T'aurais pas de maillot de bain, alors tu voudrais pas te baigner, on s'arroserait juste un peu en jouant dans les vagues. Et les vagues ? Y'en aura ? J'sais pas. Ca dépend du vent. S'il se mettait à pleuvoir on serait trempés, et la voiture aussi. Mais ça serait drôle, et bien aussi. T'aurais les cheveux mouillés et on pourrait même plus allumer de clopes. Alors on mettrait le chauffage à fond dans la voiture et puis on irait ailleurs. Un café et un thé, au restau à côté, fermé pour l'hiver mais pas pour nous, trempés comme on est. Ca foutrait de la flotte sur le carrelage, ça en foutrait aussi sur les banquettes en sky. Y'aurait plus de café, alors on prendrait deux thés. Il ferait presque nuit, on regarderait le soleil se coucher, la voiture face à la mer, par le pare brise panoramique. A la radio on écouterait de vieux trucs. T'as déjà vu le rayon vert ? Non et toi ? Non moi non plus. Mais on le verrait pas non plus cette fois là. La mer serait devenue noire sans qu'aucun pétrolier n'y dégueule ses relents. T'aurais faim, alors on irait voir à côté, un peu plus loin sur la côte. On prendrait juste des huîtres et du vin blanc.
Voilà, c'est juste comme ça, partir parce que c'est bien, y'aurait pas de gangsters dans l'histoire, pas d'embouteillages le dimanche soir, on n'aurait pas besoin de s'arrêter prendre de l'essence et pas besoin de regarder une carte routière. Sur les photos tu sourirais tout le temps, sauf celle qu'on aurait prise la nuit sans flash, parce que bien sûr elle serait toute noire.
On rentrerait pas à paris, on déciderait de partir plus loin, juste encore une fois, toi et moi et juste comme ça. Pour voir si le soleil a la même gueule un peu plus loin, et si la mer est aussi bleue. Y'aurait des kilomètres en plus sur le compteur, des péages qu'on passerait en suivant les autres voitures. T'aurais acheté un carnet, en même temps que des croissants, le lendemain, pour marquer les villes qu'on traverserait. Dès fois on irait tellement vite que tu n'aurais pas le temps de les marquer, on se souviendrait juste que c'était au bord de la mer ou pas. Ce serait comme pour sortir d'un labyrinthe, on suivrait le bord de mer. La France, et puis l'Espagne, de plus en plus chaud, le Portugal, Gibraltar où on aurait des problèmes, et puis la France encore, qu'on passerait vite, pour aller encore plus loin, pour pas se rappeler comment on parle français. Sur ton carnet s'entasseraient les villes traversées, toujours plus. On aurait jamais autant roulé en voiture, ni toi ni moi, et encore moins ensemble. La mer, toujours bleue et le soleil, qui se coucherait tous les soirs, presque pareil, et nous qui le regarderions, à chaque fois. On ferait même l'amour dans la voiture quand on trouverait pas de chambre. Peut-être même sur la plage, une fois, parce qu'il n'y aurait vraiment eu personne. Juste la mer, encore, et le soleil, aussi. A un moment il faudrait rentrer. Ca te ferait un peu pleurer, alors on se prendrait encore dans les bras, et on s'embrasserait. Encore. Mais tu verras, on recommencera. Et puis paris c'est bien aussi. Non, c'est pas pareil. A paris y'a toi mais pas la mer, on n'est pas tous les deux. Non, c'est pas pareil. Et là tu vas me manquer. Toi aussi. C'est vrai ? Oui, c'est vrai. On peut pas rester ? C'est toi qui peut pas rester. Je sais. Mais vaut mieux rentrer, où on pourra plus partir après. Peut-être que sur la route la bagnole finirait par lâcher. Alors on reprendrait le train, sans billet parce qu'on aurait plus l'habitude de payer.
Et puis voilà, paris, une gare. Ca se finirait comme ça. On s'embrasse une dernière fois sur le quai et tu rentres de coucher. Je prends un café, sucré. Une cigarette. Et je pense à toi. Qui ne partira pas avec moi.

Aux environs de09:28 PM

novembre 18, 2001

amours forfaits et faux frais amers

Vous attrapez les hommes avec vos téléphones portables, mesdemoiselles. Vos téléphones s'enfilent, c'est un fait de satiété.
Vous prépayez et résillez, vous connaissez toutes les arnaques et maniez la langue juridique à défaut d'une autre. Formule tout compris ou formule sans abonnement, fromage et dessert en sus, prime de fidélité et lettre de rupture. Vos mots d'amour de 160 caractères-pas-plus, vos forfaits d'amours à crédit, identifiant inconnu et répertoire plein. Vous ne zappez plus les emmerdeurs, vous les wappez de chat en tchatche. Vos sms en sos, en loque votre portable est sim-lock. Messages courts et numéros abrégés, taxis et fleurs en commande, facturation à la seconde et prélèvement automatique. Changement de forfait au gré de vos numéros passion et de vos amours hors forfaits. Déclarations sur boîte vocale en sorties de boîtes arrosées, messages reçus et sans réponses. Accusé de réception, journal des appels imprimé livré. Appels perdus sur toute la ligne, faux numéros et mélodie du bonheur personnalisable. Franchissements de ligne, feu à l'orange et excès de vitesse sur les autoroutes de vos informations, la facture a le goût de vos larmes.
Et moi je te les envoie quand tous ces mots qui ne tiennent pas en 160 caractères ? Après les petites françaises qui se font appeler bébés et les autres, d'amours platoniciennes qui durent trois ans en politique pas très morale. Autant d'écrits qu'en emporte le vent et qu'en dépose sur la grève de la feuille de papier ta mer d'encre de chine. Je t'invite à t'y baigner avant que cette écume de jour ne t'étouffe, mousse brunâtre et indigeste recrachée par un bout du monde couleur égoût. L'égoût et tes couleuvres. C'est moi maintenant qui déca-danse la censure du sens. Je t'invite à nager dans ces eaux troubles, toi que j'appelle lo pour en faire mes histoires, puisque c'est toi qui m'a troublé quand je croyais avoir tout compris. Je t'em-brasse papillon, toi qui m'embrassait si fort. Nage dans ces larmes que je n'ai pas voulu verser pour toi, dans ces lames qui déferlent, sur ces lames aiguisées, au sang d'un âme-ment. Joue toi de ces pièges toi qui m'y a jeté et vois comme cela fait mal.
Tes lips ellipses et ton nose sur rose. Merde, tu me fais chier les pléonasmes et m'entube les métaphores. Pas de sursis, j'ai pris deux ans, récidiviste je rempile ou face. Mais je perds dans les deux cas, pièce sur la tranche et face contre tronche. Je pense et tu me dé-panses, les neurones s'échappent, course de globules et de cellules, évacuation immédiate, auto-destruction engagée. Le tout finit aux chiottes, gerbant des molécules d'alcool que je ne me souviens pas avoir rencontrées auparavant. J'enfile sans connaître mais ça ne passe pas. Ca lasse et ça me glisse. L'aube qui se lève et lo qui se couche. Histoires de lo, à censurer, bourrées à la pornographie d'ironie mentale. Lo rit jaune et l'horizon est bas sur ma tête. L'échappatoire s'est fait la malle et les portes se sont barrées par les fenêtres. La corde à pris ses jambes à mon cou et je m'en tire à bon compte, moi qui voulait te tirer un bon coup. C'est moche, et alors ? C'est pas toi qui va me faire du sentimentalisme à deux balles et un râteau ? Tu m'as filé le râteau et j'ai gardé les balles. C'est toi, lo-rat qui a des problèmes de souris et toi lo-râ qui n'aime pas le soleil et c'est toi, lo tout court, qui n'aime pas la mer ? Figure de style ou figure de proue, je te rappelle que ton homonyme premingerienne est morte. Envole toi, toi qui joue les princesses envoilées, sur une gerbe d'écume grisée par les vapeurs d'Arcole.

Aux environs de10:01 PM