février 04, 2007

Deux ans plus tard

A l'aéroport de Los Angeles, j'ai réservé une Ford Taurus, middle class avec gps, parce qu'on ne sait jamais, les fway à six voies et les échangeurs inhumains.
Au comptoir Hertz, Jeff aux cheveux gominés et à la chemise maculée de sueur, malgré le ronflement de la clim et malgré les 68 malheureux fahrenheit, propose la convertible pour 23$ de plus. La convertible, c'est la Ford Mustang décapotable rouge.
Mais Jeff peut se demener en tous sens, ce qui n'augure rien de bon pour sa chemise, il n'y a plus de convertible avec gps. Do I really want the navigation system ? Los Angeles, c'est un maillage d'autoroutes bétons, North ou South, 405 ou 105, des rues tracées au cordeau. Rien d'insurmontable. Et la Mustang rouge c'est pas rien. Surtout pour 23$ par jour.
Mais ça Jeff, c'est le résumé de tout ce qui précède, de toutes ces histoires, ce qui est cool ou ce qui est pratique ?

En démarrant la Ford Taurus bordeau triste, en entrant le 777 Convention Way dans le Navigation System Hertz Neverlost à 28,99$ par jour, je n'avais d'yeux que pour la Ford Mustang rouge rutilant, garée pile en face.

Un jour, Jeff, il faudra bien se résoudre à jouer de l'excitant ronronnement d'une Mustang rouge décapotée. Alors, Babe, la prochaine fois, tu t'occuperas de la carte, et moi du ronronnement.

Aux environs de02:58 AM

juillet 22, 2004

Une autre histoire

Une dépèche Reuters envoyée à 18:06 (ET) annonce que Hawking admet finalement que de la matière pourrait s'échapper des trous noirs.
Un brusque revirement dont l'inconvénient majeur est de détruire sa théorie du voyage vers d'autres univers à travers les dits trous.
La BO de L'étoffe des héros et les images de Chuck Yeager. Et sur la musique une histoire de fille qui coupe des oignons, et elle pleure, façon fille adorable et plus elle met ses mains sur ses yeux et plus elle pleure. Une histoire, la fille a un chat sur son tee shirt et dort sur le côté droit.
C'est dommage ; peu importent les trous noirs.

Aux environs de01:18 AM

juillet 05, 2004

Ca s'aime

Sur le site internet de Bouygues Telecom, les SMS sont déjà emballés, deux clics pour dire tout ce qu'on a, à dire. Des messages pour la fête des pères et des messages pour faire l'amour. C'est très pratique pour les histoires courtes. Pour une histoire de fille revue et à revoir, une fille qui s'envisage jolie, une histoire commencée par la fin qui reste à griffonner.

Il y a le message simple et direct, cocktail de bonheur en intraveineuse. Relents de Céline Dion, paroles Jean-Jaques Goldman, il y a tant et si peu à la fois.
On a beau tout rêver, tu dépasses mes rêves... Je t'aime à la folie et tu remplis ma vie.
C'était trop ambitieux de dépasser les rêves et ça sentait déjà trop la table en formica et la peinture Valentine. Faut laisser les rêves aux pauvres.

Il y a la philosophie et les collégiens qui s'y frottent. Je me souviens L'amour c'est comme un rhume, ça s'attrape dans la rue et ça se termine au lit gravé sur une table de la salle d'étude du collège inscrit au blanco, à côté des bites esquissées au marqueur semblaient sourire.
L'amour est ce je ne sais quoi, qui vient de je ne sais où, et qui finit je sais comment...
Les amours finissent en pneumonies, sans souffle ni vie. L'amour façon Leibniz, habillé de haut en bas, vient de la tête et descend, descend. Et s'égare par le coeur pour des raisons de sécurité sociale. Alors, à quoi foutre ?

Il y a le cahier rose de Stéphanie, qui avait des couettes et maintenant une frange, des cheveux blonds et qui écrivait des lettres d'amour en écoutant Roch Voisine. Au mois de juin Stéphanie avait envoyé sa déclaration en même temps qu'une invitation à sa boum pour économiser un timbre.
Je voudrais être une larme, pour naître dans tes yeux, vivre sur tes joues, et mourir sur tes lèvres... Je t'aime.
L'odyssée manque d'audace. Stéphanie a grandi et elle ne pleure plus tellement de toutes façons. Stéphanie, il t'arrive encore de dire je t'aime ?

J'ai vu les envolées en turboréacteur, ça ressemble à du Gérard Lenormand, du gros porteur en charter, pas des histoires à moitié. Lenormand a tout envoyé, des mots tendres et des sourires, les clés de l'appartement et des mèches de cheveux.
Je t'envoie des baisers, des mots tendres et des sourires. Garde-les bien au chaud dans ton coeur.
Gérard, faut rien mettre dans son coeur, ni les filles ni les baisers, ça prend de la place et tu coures moins vite.
La suite qu'on ne connaît pas est quelque part sur une bande huit pistes. Façon récidive, un coup à prendre la perpétuité, sans remise de rien. Du définitif monté à la truelle par un gang de nègres sans papier.
Je t'envoie tout mon amour, tout mon coeur et mes baisers les plus passionnés. Je t'aime à jamais.
Gérard cette fois c'est mort. A la fin dans ces histoires, tu te retrouves tout seul, devant l'appartement dont t'as plus les clés.

A un moment Indochine a joué Polnareff et dans un élan acoustique, jeté d'un trait sur le papier, comme la craie dans l'encrier et la plume dans le cul, toute une phrase sans onomatopée. Sur M6Music les bandeaux défilaient spécial dédicaces, des mots trouvés dans des chansons et des images pour mémoire. Des bandeaux roses à ruban rouge.
Les seuls beaux yeux sont ceux qui vous regardent avec tendresse... je décrocherais la lune pour ces yeux-là, les tiens.
Et la lune qu'en avait marre d'être décrochée et oubliée, elle faisait la gueule toute seule là haut, mise aux enchères sur ebay par Armstrong_95 ; décrocher la lune pour une paire d'yeux et un peu de tendresse, un moment de rage et Indochine explosait un synthétiseur Yamah DX-7 lors d'un dernier rappel.

Les rêves l'été durent moins longtemps, la faute aux nuits trop courtes, aux jupes aussi. Calogero en rêve encore et Laura minaude et sussure encore son corps dans ton corps, une sale affaire pour sûr. Alors Hélène Segara rêve qu'un vent d'amour l'emporte, c'est que paroles.net retourne 178 titres à l'entrée rêver. De l'or en barre, Hélène, cette affaire là, tu sais, la nuit vient et les rêves suivent, et restent la nuit partie, les rêves l'été passent sur des transistors en bakélite noire.
Je rêve de toi le jour, je rêve de toi la nuit. Je n'ai envie que de nous savoir réunis.
Je vais te dire, Hélène, les rêves c'est juste la vie après le sexe.

L'horloge est sur le mur et il est 22h, et la fille a dit ce soir mais ce soir c'est quand, il est 23h et la fille a dit ce soir mais c'est bientôt demain et ce soir c'est terriblement vague. Et Claude François de le chanter, un jour comme un autre, je t'ai attendue, jusqu'au petit matin, mais tu n'es pas venue, les mois ont passé et malgré moi j'attends. Claude François aurait beaucoup aimé les SMS, courts et efficaces, tout lui, ça, court et efficace.
Chaque seconde loin de toi me paraît une éternité. J'imagine si souvent que demain tu seras dans mes bras. J'attends d'être avec toi.
Dans certains pays il n'y a pas de nuit et pas de matin et la fille est venue et dans mes bras. Claude François éternel, les éternités s'accumulent dans l'indifférence et l'attente, elle, manque de cul.

C'est un paradis blanc esquissé par Berger, un truc en white satin, de la pureté en poudre blanche, une mélodie pianotée en neuf touches T9, sans abréviation ni raccourci, un full trip all inclusive au 7e ciel. Un monde meilleur comme un slogan pour téléphone finlandais.
Là où on s'aime il ne fait jamais nuit, là où on s'aime il ne fait jamais froid, je t'attends, je t'aime.

Ôte ton jean, fais glisser ta taille 28 façonnée bébé requin, sur des nuits noires et froides, alors à la fin j't'envoie : t'emballe pas mon amour, ce serait trop long, faut consommer tout de suite.

Aux environs de09:06 PM

juillet 01, 2004

Clap

Bonjour Pascale Clark,

comment allez-vous ? Je vous écris du plus lointain de mes rêves, comme disait Claude Villers, disparu de l'antenne, un peu avant vous. Des rêves interrompus, combien de matin, au son de votre voix ? Combien de réveils à vos côtés, trois années de tam tam incessant, des matinées à n'en plus finir dans cette brousse urbaine. Vos mots en stéréo. Des fins de nuits à trois autour d'une table en formica, vous et un invité et la gorge sèche de sommeil. Des journées qui commencent timidement aux échos de vos questions. Comment allez-vous Pascale Clark ? Je vous avoue, les matins ne seront plus les mêmes sans vous. Je vous avoue encore, elles sont nombreuses les filles qui ont entendu ça, je ne pensais pas un jour vous l'écrire.
Combien d'heures passées ensemble sans que vous le sachiez, coincé dans les embouteillages, parfois aux abords de la maison ronde, plus rarement sur des routes de bord de mer, quelquefois à l'autre bout du monde par internet. Des émissions flânées sur une terrasse, un café au goût amer, la première cigarette de la journée, le flash de 10 heures pointe, il est temps de remballer, vous quitter avec le regret du journal qu'on replie.
Je me souviens, pour plus tard. Des barouds en Irak partagés avec Nicolas Poincarré, des festivals entre paillettes et pacotilles, Kurosawa sous les applaudissements de Christine Masson, des virées amoureuses tardives et tragiques emmenées par les lamentations d'un Nicolas Rey trop réveillé.
Je me souviens, pour plus tard. Vos éditos quotidiens prenaient le large de la tranche info, à l'heure des premiers coups de téléphone, comment avez-vous fait, dire et redire, chaque jour, réagir, des élections, des télévisions, des guerres, du quotidien. Combien de quotidiens ? Ca se quantifie le quotidien ? Trois journées pas trop difficiles s'il vous plaît, et puis mettez moi tout finalement ; ça se fait réchauffer le quotidien ?
On a dit que tout ça n'était qu'une litanie de name-dropping, façon intelligentsia panaméenne, des interviews téléphonées, l'extension de la lutte à la sauce Libé, Télérama Inrocks. Etes-vous incorrecte, Pascale ? Est-ce vous que j'écoutais tous les matins ou vos invités ? Tribune libre sous couvert d'anonymat, finalement c'était nous les invités, tant pis pour les autres, artistes et politiques et journalistes et assimilés qui s'installaient tous ces matins beaucoup trop tôt sur ces fauteuils bleus. Les fauteuils des radios, comme ceux des plateaux télés, tout est bleu, peut-être le bleu est-il plus lisse, aviez-vous remarqué ?
Le seul compliment qu'il faut vous faire, Pascale ; Paris l'été il manquait vous, ce rendez-vous matinal qui sentait un peu plus que l'évasion.
Je me lèverai un peu plus tard, me coucherai un peu plus tôt, entre neuf et dix heures il faudra penser à dormir.
Pascale Clarck, vous quittez France Inter pour des raisons personnelles. Puisque nous en sommes aux confidences, sachez qu'au Sentier des Halles, rue d'Aboukir, la serveuse a tout d'une fille adorable. Ca ne change rien au monde mais ça aide à passer les jours.

Au revoir Pascale Clark, portez-vous bien.

Aux environs de12:35 AM

avril 13, 2004

Mater Harry

Madame, Monsieur, cher confrère - permettez-moi, j'ose !

J'ai lu votre annonce, parue dans Libération : « Mon loup, vient vite, tu nous manques, Dédé et Gégé. (SE). » Bien entendu j'ai immédiatement déchiffré votre message et me permets par conséquent de vous proposer mes services. Habitué de l'agencement - à tendance secret - je suis, pour ainsi dire, rompu à toutes les ficelles du métier. Planqué de nature, j'excelle particulièrement dans la surveillance discrète, avec ou sans vraies jumelles. Mais les aventures exotiques et érotiques ne me font pas plus peur : s'il s'agit d'être dans le cou, croyez-moi, je suis votre homme. Vous l'aurez compris : j'ambitionne l'excellence, feutrée si possible, délicate de toute évidence.

Ainsi que vous l'aurez compris, j'exerce depuis plusieurs années déjà l'excitante profession d'agent secret pour mon propre compte - ce qui ne m'a jamais empêché, bien au contraire, d'observer les règles essentielles qui font l'unicité de notre profession. Spécialisé dans le quartier Nord Ouest des Halles (HON, selon la terminologie officielle), je me fais un honneur, non seulement d'en connaître les moindres subtilités, jusqu'aux réseaux les plus secrets, mais encore de pouvoir vous y introduire sans peine, vous en sachant absent. Je me fais un devoir de glaner ci et là tous les renseignements utiles : de nuits passées dans les bars, vision double pour agent trouble, aux soirées rouges, imper et passe, j'ai pris tous les clichés les plus éculés.

Mais, aujourd'hui, il me faut bien l'avouer - et ce n'est pas à vous que j'apprendrais ce que cela peut me coûter ! - il n'est guère de gloire à garder un secret quand on est seul. Aussi, la perspective d'entrer dans une grande famille, d'anonymes certes, de servir un Etat, d'esprit peut-être, voilà aujourd'hui, cher confrère, ce qui m'anime.

Nous pourrions, dans un premier temps, envisager une collaboration épisodique. Freelance pour les plus grandes puissances, je vous assure être rompu à ce genre d'exercice - j'ai notamment été impliqué dans l'affaire du Bretzel, dans l'échappée à mobylette : bref, je vous invite à vous reporter à mon CV, ci-joint.

Et pourquoi pas, si cela vous convient, travailler comme agent double ? Je pourrais ainsi, dans le respect de la déontologie de notre profession, trahir mes propres secrets d'agent solitaire, à votre profit. J'ai des informations, vous en voulez : brisons la glace, entendons-nous autour d'une Vodka-Martini. Et ne tardons pas, ce n'est pas à vous que je l'apprendrais : on ne vit que deux fois.

J'attends, confiant, votre réponse. Bien entendu, ma ligne est cryptée et mon pigeonnier ouvert. Je vous laisse donc le choix des armes - si vous me permettez l'expression.

Très discrètement,

L'ordure.

Aux environs de12:31 AM

avril 03, 2004

a little late

Peut-être suffit-il de raconter, linéairement, le déroulement des événements - quels qu'ils soient.

Mercredi soir, dans un bar à la réputation usurpée de la rue Amelot, trop de bière fade mais réconfortante, comme une limonade d'été, une fille blonde, suédoise sur paris de tablée, jolie non, ce qui importe est de trouver la plus jolie fille de l'endroit, de la rame de métro, de la salle de cinéma ou de cette soirée improvisée. La fille finit par partir, quelle heure était-il, déjà ? plus tard dans un taxi il ne reste qu'à discuter itinéraires, trucs de taxis, les lumières défilent trop vite par la fenêtre, compter les minutes qui passent et bouffent les heures qui restent, fragiles.

Jeudi matin, relire plusieurs fois les articles, il ne faut pas compter sur la lucidité, les informations réveillent en fond, de jeunes ministres batifolent matinaux. Se recoucher avec Clark, compter les heures par dizaines, 24, 36, 48, la semaine s'étiole, était-ce hier ou bien plus tôt, lundi, déjà, lundi la fille lisait ses mails sur caramail, secrètement, que je ne vois pas son mot de passe, moi lui répondant que dans cet hôtel, sur caramail, ce que je sais d'elle, non, il n'y aurait pas grande difficulté à le découvrir, elle sourit, mardi, quelques heures plus tard, elle prend des photos, elle décadre, explique qu'elle aime, décadrer, je lui montre comment conserver la mise au point, sa main sur la bague, mise au point, la mienne par dessus, mercredi, la fille... et puis.

Jeudi plus tard, midi, à la radio les informations réveillent, des analystes analysent les jeunes ministres du matin, il sera toujours tant de manger plus tard. J'ai toujours rêvé de bosser dans un endroit où l'on boît du Coca à volonté, sur les quais, l'Est parisien ressemble de plus en plus à l'Ouest, des tractopelles s'affairent, construisent. La fille dort allongée sur le dos, le plus simple pour l'embrasser serait de pencher un peu la tête, mais il faut se plier à des contorsions extravagantes pour rester convenable. Le temps passe, la fille s'ennuie au bord des larmes, perturbée désabusée, il fait nuit depuis longtemps, dehors, les avenues s'enfilent, sur St Germain il ne s'agit plus que de surfer sur la fin de la marée verte des feux synchronisés, j'aimerais prendre à droite rue de Sèvres, c'est sans objet.
Il est à peine une heure, le café chauffe, désabusé je regarde les 4 K7 miniDV de 60minutes, la nuit passe, les sujets griffonés sur le carnet prennent forme sur la timeline les uns après les autres, il est dix heures j'exporte ; ne pas dormir une heure, ne pas prendre la voiture, ni bière ni cigarette, il fait jour depuis longtemps.
Traverser Paris vers l'ouest, là le Coca n'est plus gratuit mais le café n'est pas si cher, réunion informelle ; partir se coucher et finalement non, aller voir la fille, station Roosevelt, station Bayard, passer devant chez Fendi les yeux baissés, une autre histoire mal terminée. Tout ça pour rien, sourire à la fille en lui glissant bonjour princesse, enfin, comme promis, sourire à d'autres, l'AP est là, la fille s'en va, je reste un peu, il ne reste plus qu'à traîner, ici ou là ça ne changera pas grand chose, la journée est plus que foutue. Quelle heure est-il ? Ca n'a aucune importance, il s'agit d'enregistrer une nuit, entre Daniel Darc et Lou Reed, 4 heures sont mises en boîte en 20 minutes. Trois heures, quatre heures, rentrer dormir quelques heures, sur les Champs Elysées une meute de photographes se presse devant le Gaumont Marignan, j'ai envie de m'enfermer dans une salle de cinéma, dormir mal installé dans un fauteuil et dans le noir, se réveiller deux heures plus tard sans rien savoir de plus, du film, du reste. Finalement marcher, fumer une cigarette de plus, écouter de la musique, le ciel est gris mais peu importe, ne devrait-il pas faire nuit ?
Il est minuit, un autre demain, la moitié de la semaine se serre dans un sirupeux fondu enchaîné. Les batteries sont dans les chargeurs. Compter les heures, si peu, avant de revoir la fille.

Aux environs de12:00 AM

mars 26, 2004

3:53

Je ne sais pas trop. Tout est très compliqué, évidemment j'y suis pour beaucoup. Je rêvais d'être aventurier, ou chanteur de rock, ou navigateur (solitaire), ou agent secret. Des trucs comme ça, rien de plus.
Ca n'a pas beaucoup d'intérêt.

Je ne sais pas comment arrêter, ce qui se passe ici - j'ai pas envie de dire : "écrire" - ça tient de la schizophrénie. C'est de plus en plus difficile, il faut faire attention à ce que l'on dit, je ne parviens plus à m'en foutre - comme au début. Je sais ce qui a changé, je sais quand.
Il y a tant à recommencer.

Finalement j'ai le temps, la nuit est à peine commencée. Il reste des filles dont il faut parler, mais plus tard. Avec les heures qui passent, j'oublie ce qu'il ne faut pas dire.

Il y a un peu plus d'un an, une fille ne venait pas au concert, un mail laconique, finalement elle ne pourrait pas venir (c'est archivé quelque part ici, oui) Non, finalement je suis incapable de raconter toute cette histoire ici, cette formidable histoire de coïncidences emmêlées, trois ou quatre histoires de filles, une incroyable collision, ce scénario compliqué. J'ai toujours pensé qu'il ne fallait pas parler du boulot ici, pourtant, avec ces histoires de filles, partout, tout le temps, ça finit forcément par se recouper. Faut faire gaffe. Je sais pas en parler, j'y arrive pas, c'est dommage, c'est chouette ces coïncidences. Beaucoup mieux que tout ça.

Ce que je sais, c'est pourquoi l'autre fille - une autre, oui - n'est pas encore totalement tombée amoureuse, comment elle resiste à mes stratégies formidables, dont on a déjà trop parlé, récemment et bien avant - lire le formidable commentaire laissé par Mr Cutic. La fille attachante de 4:47 se marie, le 19 juin, et je n'étais pas au courant. Non, je préfère ne pas y aller, ça vaut mieux, et puis je ne suis pas invité.

En vrai, tous les jours, ce n'est pas aussi compliqué qu'ici, non, parfois les histoires sont simples, parfois brèves, tout ça c'est de la comédie, aussi. Cela dit, l'avantage, navigateur solitaire, c'est d'éviter tous ces méandres vaseux. Rockeur, agent secret et aventurier aussi. J'ai vraiment raté quelque chose.

Aux environs de03:53 AM

mars 19, 2004

4h14

C'est le point de 4h14, celui-là même auquel on ne s'attend pas. Les bandes défilent sur l'écran, c'est la plus mauvaise heure pour écouter la radio, les rediffusions sont terminées, les matinales encore en préparation. Ce serait l'heure parfaite pour prendre un quart. J'en suis à la moitié du saucisson. Impossible de dormir la nuit dernière. Le Valium n'a rien fait, trop de fièvre, un truc genre courbatures et yeux brulants. Sur la 22.222ème photo il y a la fille. J'aime bien ce genre de coincidences. C'est assez mal barré avec la fille, mais c'est une constante/mais ce n'est pas une surprise. Tout a commencé il y a quinze ans sur cette chanson, un slow langoureux ; j'ai repensé à cette vieille histoire en écoutant Karin Redinger, façon duo Delerm/Voulzy. Une autre histoire d'amour un peu ridicule, sur un bateau, une histoire qui n'a pas lieu d'être. Une fille qui laisse devant montrer ses jambes en douceur ; une histoire qui fait pleurer dans son lit, heureusement pas trop longtemps. Petite conne, musical comedy. Et le saucisson est mal barré.
A 18h20 la fille laisse couler une larme ; à 4h30 le chat fait la gueule.
L'attachée de presse est attachante. A nouveau. C'est une chouette histoire, mais je me méfie des attachées de presse, il faut toujours se méfier des attachées de presse, elles vendraient n'importe quoi, question d'habitude, là elle a juste mal aux pieds, regrette ses converses, elle dit qu'elle a les pieds en compote, ce n'est pas très élégant, c'est mignon, tout de même.
C'est quand on ferme les yeux que ça fait le plus mal.
J'ai ramené la fille qui fait du cinéma chez son copain. Sur le bureau, deux cocas vides, deux nestea, une leffe, une tasse de café, un cendrier qu'il faudrait vider et un reste de saucisson. J'ai pris une décision, alors, un coup de folie. Pas repris le périph. Tout droit : Clichy, St Lazare, Madeleine, Concorde, St Germain, Raspail, Denfert. 20 minutes. C'est chouette, Paris, la nuit, rouler la fenêtre ouverte, et du punk entraînant dans l'autoradio. Devant le Lutetia, croisement Raspail rue de Sèvres, je pense à elle, la fille à l'origine de tout ça, qui s'en fout bien de tout ça. Version Karin Redinger.

Aux environs de04:47 AM

mars 12, 2004

NS

4h25, un point.
Trier les 800 photos m'a pris un peu moins de deux heures, 140 retenues. 1,6Go au départ, 7Mo à l'arrivée. J'ai pris la 20.000ème ce soir. Je ne suis plus si amoureux de l'attachée de presse, mais il en reste d'autres, beaucoup d'autres. La jolie blonde que je ne connaissais pas il y a un an et qui faisait la couv du magazine télé de la rentrée. L'autre blonde qui ressemble à celle d'un été - il ne faut pas toujours être précis, ça n'a pas d'intérêt. L'hôtesse que je vois passer avec une flûte de champagne, celle-là, surtout. Une maquilleuse. D'autres aussi, mais à 4h29 la mémoire s'étiole. Rien de grave.

La fille qui fait du cinéma tient sa caméra. A 00h30 nous sommes coincés dans un parking de la banlieue parisienne qui n'accepte que les pièces. A 00h32, je ne vois pas de solution, impossible de sortir par l'entrée de ce parking. A 00h33 j'hésite à supplier le conducteur de la voiture qui approche de nous donner quelques pièces. A 00h33 et quelques secondes, je fonce derrière lui, alors que la barrière se referme. A 00h34 la fille qui fait du cinéma est soulagée, admirative, elle dit "ouah", quelque chose comme ça. A 00h40, elle me demande mon âge, à 00h48 c'est moi qui lui demande si elle vit en colocation, non, avec son copain, à 00h52 je la laisse en bas de chez elle, devant un restaurant chinois.

4h34, rien de grave, il reste 8 sujets à monter, quelques articles à écrire. La fille qui fait du cinéma tourne parfois de chouettes plans. Parfois.
Rien de grave mais les nuits se vivent dehors.

Aux environs de04:39 AM

février 24, 2004

Nuit américaine

Quatre heures du matin, une défaite, l'abandon face à une nuit loin d'être finie, un lendemain foutu. Quatre heures du matin c'est le milieu de rien. Inutile d'aller jusque là pour s'y arrêter, non. Quatre heures du matin, c'est la pire des heures pour rentrer. Il faut tenir jusqu'au matin, passer la frontière de six heures, entre la nuit et le jour.
A deux heures rue Pierre Lescot il s'agit de terminer les Long Island, le bar ferme, Paris est désert, ici ce sont des américains. A quatre heures dans les bars il n'y a plus que de la musique, trop forte, trop chaud, un couple, petite brune, un autre à gauche, deux blonds, entre deux au milieu de nulle part. Le barman tient une discussion absurde sur la composition du Long Island. Il abandonne et laisse une bouteille pour doser. Ca ne ressemble à rien. Les heures passent, lentement. On parle et c'est impossible de répéter ça ici. Les bières descendent. Six heures du matin dans les jardins des halles à chercher un dernier bar. Six heures du matin devant une soupe à l'oignon, il est trop tôt, les bières se servent en bocks. Strasbourg Saint Denis les taxis remontent vers le nord et ses banlieues, ils ne descendent plus rive gauche, trop tard. Il faut changer d'avenue, de boulevard, changer de sens.
La nuit est finie. La nuit ne ressemble à rien et c'est le mieux. La nuit évite de vivre les lendemains.

Aux environs de12:16 AM

février 18, 2004

Mulholland Drive

Tout au long des boulevards de chaque côté de la ligne jaune, l'ombre ridicule des palmiers beaucoup trop hauts. Tout au long des boulevards, des dinners en tôles ondulées et des serveuses grimées en blondes montrent leur nombril, attendant le rôle, sourient, rangées de dents blanches et mèches blondes à peine forcées. Sur les décapotables la poussière de béton s'accroche, des garçons à la peau mate caressent leur barbe de trois jours, les yeux plissés les mains crispées, attendant le rôle. La ville s'étend enfin, les interstates bordées de lumières, la route s'enfonce, panoramique sur la vallée, la ville s'étend, infinie. Dans la nuit deux filles perdues échangent un baiser. Dans la ville qui n'existe pas elles disparaissent à leur tour, noyées sous la lumière des projecteurs. Dans la ville qui n'existe pas, elles s'endorment, peut-être. Au loin, des taxis roulent, tout le long des boulevards. Les chaufeurs, qui ne dorment plus, ont remplacé leurs rêves par des films.

Aux environs de01:00 AM

février 05, 2004

Post in translation

Le principal est d'aller écouter la chronique de Nicolas Rey, sur la radio...

Un jeudi matin comme un autre et c'est en cela qu'il est particulier. Les jeudis, dorénavant, ne sont plus ces affreuses rentrées hebdomadaires qui jouxtaient prétentieusement les mercredis. Non, depuis que les mercredis ne sont plus comme des journées de vacances volées, les jeudis, eux, sont redevenus comme tous les autres jours, peut-être un peu plus près du week end que les autres, avec la permission de se coucher un peu plus tard, parce que la semaine se termine, parce que le vendredi ne compte pas vraiment.
Le jeudi matin, il fait beau, et, à 9h50, alors que l'émission de Pascale Clark est presque terminée, c'est au tour de Nicolas Rey, le chroniqueur vaguement sportif d'intervenir. Nicolas Rey qui sonne comme le réalisateur de films américains. Chroniqueur sportif, et aussi écrivain, critique littéraire, à la mode, dans les soirées. Nicolas Rey a l'aventure amoureuse précoce, lycéenne et perverse, un établissement provincial, la grande pelouse qui ressemble juste à un champ, et toutes les histoires d'amour et désespérées, entre la cafétéria aux grandes baies vitrées et le bâtiment H2, derrière lequel se fume un peu n'importe quoi, derrière lequel se prépare de grands plans d'évasions diurne, d'invasions nocturnes, allez savoir.
Ce matin, il fait beau, le son si particulier de France Inter, toute la vie d'un ingénieur du son, qui passe ses journées derrière des racks d'effets et des consoles, pour donner ce son si particulier, ce léger écho qui rend les voix encore plus légères, l'identifiant de France Inter, que l'on prend l'habitude de reconnaître, le matin, pour savoir s'il s'agit de la revue de presse d'Europe 1 ou de France Inter, s'il est 8h30 ou 8h40. Le matin, chaque radio de chaque pièce est réglée sur une station différente, et dans chaque pièce on parle d'un autre sujet, alors il faut avoir des repères précis, le son, les minutes, les voix.
A 9 heures, une à une, il faut caler les radios sur France Inter, pour Tam Tam, etc. l'émission quotidienne de Pascale Clark, qui se cache derrière des micros et des caméras, que l'on ne croise qu'aux projections de presse. Pascale Clark à qui il faut dire non, qui cherche les toilettes et à qui il faut dire non, les toilettes sont fermées, la preuve, sinon on lui dirait autre chose, sinon on ne serait pas non plus là, devant cette porte bêtement fermée.

Il faut, ce matin, écouter la chronique de Nicolas Rey, l'histoire formidable de Bruno Murray devant un match Saint Etienne - Sochaux, l'apparition troublante de Caroline qui porte un pantalon blanc à faire mourir Britney Spears, les bouts de moquettes qui transitent dans les centres postaux, et surtout, aller jusqu'à la fin, où l'on apprend pourquoi dans les palaces les oreillers sont plus grands ; pour pleurer.
Je déteste Nicolas Rey.

Aux environs de11:14 AM

février 03, 2004

Blackout

Tu te souviens ? Il reste des traces, la brume de turboréacteurs dans un ciel bleu. Je lui dis que cette fois c'est évident, on ne sait plus où l'on va. Le soleil s'enfuit par derrière et l'on ne sent plus rien, pas même le vent qui file avec nous, siffle, vers devant. Je me souviens des images. On y est presque, l'instant.
L'écran dans le noir, ce sont les images d'un mauvais film, ça stroboscope contre les murs, flopée de flashs multicolores, lumière blafarde et angoissante. La musique étouffée, il n'y a plus un son. La voilà qui revient, l'image d'un matin, le soleil qui se lève et coure sur une terrasse en teck, comme un accéléré l'ombre qui laisse place.
Une voiture file dans Paris dans la nuit, les feux scotchés au vert. Sur l'écran de la caméra DV, défilent les images. La fille en rose ne fait que passer, elle sort du cadre et alors il n'y a plus que le ciel bleu et l'herbe verte, le haut rose et les cheveux blonds effacés, barrés. Je fast forward, pause, play, boucle la séquence de deux secondes, à peine plus de cinquante images, par la vitre ouverte, par delà le bras qui tend la cigarette, Paris est ivre de lumières. Les filés autour n'impriment pas la pellicule. Le vrombissement de la vitre que l'on remonte se mélange à celui de la caméra qui continue de tourner, de montrer, de rappeler l'image absolument nette.
Le temps s'étire comme un ralenti sur une station de métro extraordinaire, succession de plans larges, des rames se rangent les unes à côtés des autres sur des voies parallèles, des superstructures alambiquées et tarabiscotées reliées par de massifs escalators en bois. La lumière plonge, à travers la verrière, un bleu de ciel. C'est, ce matin-là, une fille tout aussi extraordinaire qui descend d'un wagon, frôlant d'une main le levier à actionner, jetant un regard à gauche d'abord, à droite ensuite. La fille extraordinaire est comme camouflée et personne ne sait que je connais dans les moindres détails tout ce qu'elle cache ; se trouvent, entre autre et à peu près, sous cet ample duffle coat beige, un minuscule tee-shirt blanc et une longue jupe noire, des chaussures rouges ; tout ça de haut en bas, et si l'on remontait on découvrirait une écharpe multicolore aussi longue que la fille elle-même, qu'elle enroule sans fin autour de son cou. Elle porte les cheveux encore mouillés et déjà emmêlés, ramène sa frange qui cache des yeux surlignés de fatigue, une bouche entrouverte, la fille soupire, baille, met une main et son gant blanc devant sa bouche, lèvres ourlées, roses de froid et de sommeil, nez qui se plisse et sourcils qui se froncent, elle n'en finit pas de descendre de cette porte jusqu'à ce que le signal retentisse, sonore, que les portes se ferment en rideaux, encadrant cette fille extraordinaire sur une histoire courte.
Sur les murs continuent de danser ces images, ce si mauvais film n'est toujours pas fini. Les images n'en finissent pas de s'enchaîner, à l'arrière de taxis en tarif de nuit, sur des routes défoncées, autour des immeubles à moitié effondré et pendant ce temps-là dans des appartements on attend, dans le noir, on entend passer les taxis, on attend et ce n'est que la lumière des phares qui lèche les murs, à travers derniers rideaux c'est une lumière tamisée, juste une impression fugitive.

Aux environs de11:45 AM

novembre 17, 2003

Contagion

Cette odeur de peinture fraîche se répand doucement. Deux nouvelles pièces sont atteintes : la coursive babord et le fumoir. C'est génial.

Aux environs de07:17 PM

octobre 26, 2003

1952

Et cette histoire, évidente, que je ne sais par où commencer.

Ce bar, en 1952, à New York, la ville vient de finir de grandir. Que s'est-il passé en 1952 ? Ce sont les chiffres qui sont importants, la date a de la gueule, ça suffit. Ce bar en sous-sol où l'on joue du jazz, murs de brique, plancher de chêne noir, craque sous les pas, les nuages de fumée au dessus des tables s'arrêtent sous les arcades. Le smoking blanc derrière le bar, les noirs accoudés lui tournent le dos. L'odeur des cigares, les verres renversés, la contrebasse qui n'en finit pas.

Cette nuit, les nuages de fumée, le piano, impro. Les deux ventilateurs du plafond qui ne brassent que l'entêtante fumée, les portes entrouvertes, le piano qui joue doucement, quelques heures du matin.

La caipirinha servie en long drink, la meilleure caipirinha de tout Paris, et même plus loin, peut-être jusqu'aux abord du Brésil, ne pas s'engager plus loin. Le citron à peine écrasé, juste un peu de sucre, une, deux. trois. la serveuse l'amène et cligne de l'oil. C'est toute l'histoire, qui commence fort.

La serveuse, blonde, mais cheveux frisés et attachés, pour changer. Grande et mince et tout en noir mais pas si recouverte, ventre dénudé, tee-shirt aux épaules. Son clin d'oil, son oil droit.
Ce matin elle demande quelle heure il est et je suis incapable de lui répondre, elle conseille d'allumer la radio, début d'après-midi mais le ciel est gris, hier plein de nuages, blanc sur bleu, puis orange puis rose, sur le ciel nuit. Elle prend sa douche et moi son oreiller, je n'ai pas encore fait attention à son odeur, inquiet au matin de l'odeur âcre des cigarettes refroidies, elle sort de sa douche, les cheveux mouillés à peine frisés qu'elle n'attache pas.

Dans le bar je lui ai demandé si elle ne chantait pas, elle a rit en demandant pourquoi, c'était après la deuxième caipirinha et le deuxième clin d'oil, oil droit. Parce que si elle chantait elle devenait irrésistible. Je lui ai avoué ce matin le faible pour les filles qui chantent et les serveuses. Hier soir elle a proposé un marché : un troisième verre et elle se mettait à chanter, j'ai accepté, enchanté, elle a chanté en anglais. Revenue et dit : alors ? Irrésistible, j'ai souri, il va falloir compter avec vous, j'ai dit. Ne pas trop réfléchir, elle a répondu, c'est mauvais.

Plus tard dans la nuit, chez moi, d'autres verres, cette fois c'est moi qui la sers. On a parlé de ce bar de New York, elle ne s'en souvenait pas, trop jeune. Elle a demandé quand c'était, j'ai dit je ne sais pas, il n'y a plus d'heure, juste une année : 1952. Tout est parti de là je lui dis, d'une chanson jouée ce soir-là et poursuivie depuis, rejouée, d'un endroit à l'autre, de soir en soir, jusqu'à elle. Elle sourit, demande si c'est vrai. Je lui dis que non, bien sûr, mais ça n'a pas d'importance. Elle a précisé qu'elle irait bien à New York, tout de même, juste avant de s'endormir, juste après avoir fait l'amour ; entre les rideaux j'ai aperçu le ciel et les nuages n'étaient plus gris mais orangés sur le bleu foncé du ciel de nuit, et tout d'un coup c'était comme un ciel en négatif, les nuages devenaient un ciel clair empli de taches sombres, je lui aurais bien montré mais elle dormait, il n'était déjà plus d'heure.

La jeune fille interdite aux longs cheveux blonds et aux verres de caipirinha est restée et je la vois pas loin, en face, sur le canapé. Elle somnole, les yeux mi clos, la radio allumée, elle chantonne. Je la regarde, par dessus l'écran. Sur les genoux elle a des pages et dessus est écrit, gros titre de lettres noirs et capitales : New York, 1952. Elle se réveille c'est déjà le soir, à nouveau, elle dit qu'elle doit y aller, me demande si j'ai l'intention de passer. Peut-être, je réponds, elle passe la porte et je referme derrière elle, j'entends les battants et l'ascenseur descend.

Aux environs de10:54 PM

octobre 24, 2003

Entre 2

Musique d'ascenseur. Il y a ce moment, qui n'est ni un avant ni un après, un présent continu, une seconde si longue, ce moment avant que les portes ne se ferment. Il y a ces quelques secondes terribles qui ne correspondent à rien, le dernier moment d'un avant ou déjà le premier d'un après, alors il n'est pas encore temps de regretter, il n'est déjà plus temps d'effacer. Juste après au revoir, juste avant de ne plus voir, quand les battants d'aluminium ou de fer ou de bois se sont refermés et que le moment est passé.
La porte qu'on ferme, quelques pas dans le couloir, l'ascenseur qui monte, c'est le moment de promesses, le moment d'embrasser, promettre un week-end à la mer et embrasser les lèvres sucrées, avant l'ascenseur, la lumière des néons, l'arrêt à ne pas rater. Est-ce qu'on se regarde, elle qui appuie sur le bouton, se détourne, gênée, et alors parfois la lumière du couloir s'éteint et l'on serait mieux à deux, coincés dans l'ascenseur qui ne va qu'en bas et pas du tout au bord de la mer, tant pis pour les promesses mais le baiser dure tant que l'ascenseur descend.
Le temps de cette descente, le temps de 27 secondes, elle est contre, tout contre. C'est encore la veille et dans l'ascenseur le temps s'étire, avant le lendemain, dans la cabine, deux mètre carrés au plus, ce n'est pas grand mais tout est là, suspendu. Après ce soir, avant demain, pas encore de regard gêné, et si. les questions, doutes, etc. Tout est simple et un ascenseur n'évolue que dans une dimension, haut ou bas, ça ne laisse pas de question pour les interrogations, juste un va et vient incessant et imperturbable, inutile de s'embarrasser du moindre détail. 27 secondes, lui dire que c'est bien qu'elle soit là, le temps qu'elle réponde enfin quand je l'embrasse, le temps qu'elle trouve et ses cigarettes et ses clés et son téléphone, le temps pour les portes de se fermer, puis 27 secondes après, de s'ouvrir. Dans l'ascenseur qui vrombit et tire sur ses freins, tend son câble, je sens son cour qui bat, ou qui s'affole, ou le mien qui résonne. 27 secondes, le temps de remettre un élastique dans ses cheveux, cette façon qu'ont les filles de se ramener les cheveux en arrière, l'élastique glissé autour du poignet, puis, un mouvement, l'élastique qui passe du poignet droit à la main gauche et vient s'enrouler autour de la poignée de cheveux, ramenés sur le dessus, elle tire un peu, remonte, 27 secondes et combien de battements de cour ? 27 secondes et l'ascenseur est en bas et cette fois elle sort et le temps se remet à filer, et ce n'est plus le soir mais déjà le lendemain et le temps a basculé de l'avant à l'après, définitivement, tout se remet en marche, et l'ascenseur servira à nouveau à d'autres, et demain, dans quelques heures, entre 7H et 9H, il sera bondé et le temps ne s'arrêtera plus et les 27 secondes ne seront plus que 27 secondes entre l'intérieur et l'extérieur, l'ascenseur sera redevenu frontière, ne sera plus cette machine à voyager dans le temps, la plus extraordinaire d'entre toutes, celle qui se contente d'arrêter le temps, de voyager dans le présent, indéfiniment, presque, 27 secondes.

Aux environs de02:39 AM

octobre 14, 2003

Isophase

Toi aussi tu veux des histoires, c'est finalement toujours la même chose.
Il n'y a finalement que la notre que je n'aurais pas raconté. Pas excitante.
Tu vois, même là, cette simple phrase, elle est chiante. Je ne sais même pas quoi inventer pour la rendre un peu plus intéressante/amusante/émouvante. Petite fille en C. Les minutes passent mais bien sûr dans le texte ça ne se voit pas. Peu importe que je passe des heures ou quelques instants seulement là-dessus pour toi au final ça ne change rien.
Je trouve toujours quelque chose à reprocher à l'une ou l'autre, croisée. Celle-ci pourrait être un peu plus grande, celle-là un peu plus blonde, ou je n'aime pas cette bouche, ou je n'aime pas ce cul. Toujours une raison de couper court, d'abandonner, d'attendre. C'est assez peu intéressant, accordé, mais autant assumer de ne rien avoir de mieux à dire, non ? Ce matin, cet après-midi, très jolie fille, regards appuyés, j'aime beaucoup sa peau claire. Alors je me vois lui proposer un café / pas de bière avec les jolies filles, au début / cette fois il n'y a aucune raison de ne pas y aller, de ne pas essayer. Sauf que je me rends compte que je n'aurais rien à lui dire. Qu'il faudra recommencer, encore, raconter et raconter. Et c'est trop, même si la fille est jolie, même si le temps est devant, je pense à quoi bon et plus aucune envie, je préfère passer une heure encore à explorer la nouvelle formule de libé que la jolie fille. Est-ce une figure de style, même genre que celle qui dit prendre le bus et un café ? Quelle importance ?
Tu t'en fous, tu veux une histoire.
Là c'est terrible. De pouvoir te raconter n'importe quelle histoire, une autre, tu ne verrais pas la différence, après tout.
Tu ne connais pas le Maine, mais ça s'y passe. C'est un garçon, il vient, il rencontre une fille. Sauf que la fille est morte. Là tu dis que je vais un peu vite, que la fin si près du début, ce n'est pas une histoire, c'est une juxtaposition de faits. L'histoire, ma jolie, elle tient entre les deux. Ce n'est pas logique, mais ce n'est pas une histoire très logique. Je ne t'en dis pas plus, j'ai tous les droits dessus.
Tu peux oublier ce paragraphe. Et je ne t'ai toujours pas raconté ton histoire.
Baseline. Un garçon et une fille, j'aime bien commencer par là. Sur une île ? Oui, pourquoi pas, ça limite les possibilités, très peu pour moi les ramifications et les retournements de situation, non, dès le départ il faut savoir où l'on va, nul part, oui, c'est toi qui le dit. Autour d'une île, la mer, c'est déjà bien assez vaste, champ de possibilités infini, ou presque. S'ils sont sur cette île, ils se connaissent. Ce qui rend plus compliqué la naissance d'une intrigue, à moins de jouer sur l'aspect famille, mais là ça devient chiant, et pas le temps, tu attends ton histoire pour demain, bien sûr, délai de bouclage à respecter sous peine d'exclusion. Aider un peu la situation à prendre forme. Elle n'est venue que pour huit jours, déjà ça instaure un peu de suspens, non ? On peut imaginer qu'elle soit venue en avion et qu'elle ait peur de la mer, ce serait un début d'intrigue, mais bof, non ? J'aimerais mettre un train, sur cette île, si tu m'y autorises. Bien sûr le train serait modeste, parcours d'une dizaine de kilomètres, d'un bout à l'autre de l'île, deux gares. Lui s'occupe du train, toujours le même parcours. Tu peux trouver ça étrange, l'idée du train, parce que sur une si petite île, vraiment, quel besoin d'avoir un train ! Mais tu as tort. D'abord le train est ancien, il a été construit quand il était inenvisageable d'avoir des voitures sur cette île. Et il faut connaître le relief de l'île, aussi, c'est comme une montagne aux pentes abruptes. La ville est en hauteur quand le port se trouve en contrebas, et les pentes sont bien trop raides pour un autre véhicule, d'où le train. C'est important que tout soit crédible, même pour une petite histoire d'une page. Donc elle n'est pas venue en avion mais en bateau. Elle a pris le train - encore une histoire de train, tu vas me dire, oui, désolé ! - avec ses bagages, il l'a aidée à tous les mettre dans ce qui ressemble à un grand wagon. Et lui sait qu'il ne la reverra qu'une fois, quand elle redescendra de la ville pour rejoindre le port, deux jours plus tard. Bien sûr la fille est très jolie et elle est venue seule - trop facile ? oui mais sinon il n'y aurait pas d'histoire, tu t'es déjà dit en regardant un film : c'est trop facile, une si jolie fille, évidemment, c'est n'importe quoi ! non, il faut partir du principe que dans les (bons) films les filles sont jolies, c'est tout. Est-ce qu'elle l'a remarqué ? Je ne sais pas encore, entre nous je ne pense pas. De toute façon lui ce n'est que le garçon qui s'occupe du train, rien de plus. Elle a un chapeau, aussi, je ne sais pas si ça aura de l'importance, mais c'est comme ça, tout ne peut pas non plus toujours être nécessaire, il faut laisser un peu de place à l'imprévu ! La vraie question qu'il faut se poser et qui aura forcément une incidence sur l'histoire est celle de savoir pourquoi la fille est venue sur l'île. Connaître son prénom, aussi, parce qu'il faut commencer à connaître un peu ces personnages qui sont encore un peu brouillons. J'ai une méthode infaillible pour ça, il suffit de choisir un titre de chanson. Je vois Chloé, ou Clémentine, deux chansons de Duke Ellington. J'aurais bien pris Chloé mais c'est très utilisé en ce moment. Clémentine, c'est mignon, après tout, ça me permet de continuer des jeux de mots comme fille en C, ce qui me comble. C'est une histoire d'amour. Forcément, c'est ça qui marche le mieux, il n'y a que ça qui importe. Plus une histoire est simple et plus elle touche. Les plus belles sont les plus simples. Déjà entendu ça quelque part ? Ce qu'il faut à présent c'est un événement perturbateur - ça a un nom savant mais on s'en fout un peu, on sait simplement qu'il faut qu'il se passe quelque chose. Alors ce pourrait être la neige, par exemple, mais je préfère l'histoire en été, pour que Clémentine puisse mettre des jupes et se promener sur les hauts rochers - il y a un très joli phare sur l'île, qui surplombe un à pic rocheux, aussi joli que dangereux. Clémentine pourrait y tomber, bien sûr, mais ce serait un peu triste. Par contre elle peut être passionnée de phares, ou elle pourrait venir faire des repérages pour un film. Quoiqu'il en soit, il y a une histoire avec ce phare. Je pense que lui aussi a quelque chose à voir avec ce phare, je ne sais pas encore quoi au juste, cela dit. On avance. Il se trouve que le phare se trouve sur une pointe, on l'a déjà dit, à l'extrême ouest de l'île, avertissant les bateaux non seulement de la présence de l'île mais aussi de dangereux récifs, un peu plus au large. Lorsque le soleil se couche, vu du phare, il descend juste entre deux rochers et ça doit être vraiment quelque chose à voir, si tu veux mon avis. Ne me dit pas que ça fait un peu beaucoup, tu savais à quel genre d'histoire t'attendre en me demandant de t'en raconter une, non ? Peu importe. Le spectacle est connu, évidemment, et c'est même un des must see de l'île, il est indiqué sur toutes les brochures touristiques de l'île, et celle que Clémentine trouve en arrivant dans sa chambre (d'hôtel ? bonne question !) n'échappe pas à cette règle. Elle décide d'aller voir, ça ne coûte pas grand chose, l'île est petite et le phare presque à côté de sa chambre - c'est d'ailleurs pour cette raison qu'elle a pris cette chambre, souviens-toi, on a dit qu'elle aimait les phares. Elle s'assoit, au pied du phare, face au soleil qui descend, de plus en plus vite. Elle se dit qu'elle a de la chance, il n'y a pas de nuages, le spectacle devrait être splendide. La lumière baisse et elle aperçoit le faisceau du phare qui balaye la mer. Elle se retourne et elle voit le garçon du train. Elle est surprise, lui dit qu'elle ne s'imaginait pas qu'il existait encore des phares qui n'avaient pas été automatisés. Lui répond qu'il l'est, mais qu'il vient chaque soir, vérifier qu'il n'y ait pas de problèmes, comme si c'était encore lui qui le mettait en marche, comme il le faisait quelques années auparavant. Elle lui dit qu'il a de la chance, de profiter du spectacle tous les soirs. Elle se retourne, regarde le soleil qui descend sur les rochers. Clémentine lui dit qu'ils ont l'air dangereux, les rochers, qu'ils effleurent à marée haute, qu'on doit mal les voir lorsque le soleil se couche à contre jour. Il lui répond que le phare a été construit pour ça, bien sûr, maintenant, avec les GPS et tout ça c'est un peu dépassé, mais beaucoup de gens se servent encore du phare comme repère. Quand on quitte le port il ne faut jamais qu'il passe sur le côté babord du tableau arrière. Sinon on prend le risque de s'éventrer sur les rochers. Clémentine lui demande si c'est déjà arrivé. Plusieurs fois, oui, la dernière c'était dix ans auparavant, le phare ne s'était pas mis en route, il venait d'être automatisé pourtant, au coucher du soleil, un soir comme celui-là.
Tu as remarqué comme l'histoire se met en place ? Il reste encore quelques détails à voir, à régler, mais je crois que l'on tient la trame principale, même la fin. Tu me pardonneras de ne pas te la dévoiler tout de suite, je n'en suis pas encore assez sûr pour ça. Si c'était une vraie histoire on décrirait davantage Clémentine, lui aussi, on irait presque même jusqu'à lui donner un nom. Mais il ne s'agit que d'un résumé, je te raconte une histoire, je t'ai dit qu'elle était jolie et lui amoureux d'elle, ça me semble suffisant, il faut aussi faire travailler son imagination. Et nous ne disposons pas d'autant de temps qu'on l'aurait souhaité, n'est-ce pas ?
Le soleil vient de se coucher, Clémentine lui demande si elle peut visiter le phare. Il répond bien sûr, mais il fait nuit, il faudrait revenir demain. Clémentine a l'air déçue, même dans le noir il le voit à son air, quand le faisceau du phare passe sur son visage. Alors il rajoute que c'est joli aussi, la nuit, et que rien ne l'empêche de revenir le lendemain. C'est joli, là-haut. Clémentine lui demande si c'est à lui, ce sac de couchage, et ces affaires. Il est un peu embarrassé, mais oui, il dort parfois ici, quand il fait beau, pour profiter des étoiles, de son phare. Il la laisse partir, elle le remercie. Et le lendemain, elle revient, le matin, et elle revient à nouveau, dans l'après midi. Elle lui explique qu'elle a voulu voir toutes les lumières de la journée. C'est une passionnée de phares, alors dès qu'elle veut partir quelque part, elle vérifie qu'il y ait un phare, c'est la seule contrainte qu'elle s'impose. Elle se fiche de partir au soleil ou sous la neige, dans des endroits surpeuplés ou déserts, tout ce qu'elle demande est un phare. Et lui ? Il vit dans le phare en fait, s'il ne lui a pas dit c'est parce que souvent ça fait peur aux gens, elle ne le trouve pas un peu étrange ? Clémentine rit. Non, au contraire, elle adorerait vivre dans un phare, elle aussi ! Alors il l'embrasse.
Est-ce qu'elle se laisse faire ? Ca peut changer toute l'histoire. Elle peut être un peu séduite, elle est un peu séduite, c'est sûr. Mais peut-être n'a-t-elle pas plus envie, ou alors elle s'en fiche, et pourquoi pas, elle est bien, dans ce phare baigné d'un soleil d'après midi. Alors ? Alors je vais t'avouer que ça ne change pas grand chose, je crois, de toute façon, puisqu'elle repart, quoi qu'il en soit. On l'a décidé, on ne va pas changer ça maintenant, c'est trop tard, il y a un contrat implicite quand on commence une histoire : l'interdiction de retourner en arrière. Donc on peut se faire plaisir, on ne changera pas le cours du temps, crois moi. Alors ? Alors il l'embrasse, et elle se laisse faire. Et ils font l'amour, aussi, et c'est agréable sur le plancher de chêne chauffé par le soleil, personne ne les voit de leur observatoire mais ils dominent et quand elle tourne la tête sur le côté elle voit la mer.
Ce n'était pas prévu mais puisqu'ils sont dans ce phare autant qu'ils y restent. Au moins jusqu'au coucher du soleil, ils sont tous les deux allongés sur la petite passerelle qui entoure les lentilles, et le faisceau les couvre quand il passe au dessus d'eux, ils dorment l'un contre l'autre.
Le lendemain il est le premier à se lever, quand le phare cesse de tourner. Il la regarde dormir, n'a pas envie de la réveiller, il est amoureux, c'est aujourd'hui qu'elle part. Elle finit par s'éveiller et elle lui sourit, peut-être pas amoureusement mais avec douceur, c'est joli une fille qui sourit comme ça. Il lui dit de rester. C'est tout ce qu'il lui dit de la journée. Elle demande en riant, dans son phare ? Elle l'embrasse sur le front et descend les escaliers en courant, quand elle est sortie du phare elle se retourne, agite sa main et lui dit à tout à l'heure. Il la regarde.
Tu te souviens que lui, son métier - qui ne lui prend pas tellement de temps - c'est de s'occuper du train, qui permet de faire le trajet de la ville au port, pour ceux qui sont lourdement chargés, tous les jours, sauf le dimanche, comme la veille. C'est la raison pour laquelle il a pu rester avec elle dans le phare, je tiens toujours à une certaine logique, tu vois !
Elle monte dans le petit train qui descend doucement la côte. Elle est la seule passagère et elle trouve ça un peu étrange, parce qu'elle le voit de dos, à l'avant, s'occupant de sa machine, comme s'ils ne se connaissaient pas alors que la veille encore ils faisaient l'amour. Par la fenêtre elle voit le phare. Elle se dit que ça aurait été une drôle d'idée de rester un peu, avec lui, dans cet endroit étrange. Elle sait qu'elle le regrettera un peu, mais pas longtemps.
Et le train arrive - il était temps, l'histoire commence à devenir un peu longue ! - à quelques mètres de son bateau. Il descend ses bagages, elle le remercie. Elle l'embrasse, rapidement, simplement, c'est presque amical, il ne dit toujours rien. Il remonte dans son train et elle ne peut s'empêcher de sourire en se disant que c'est tout de même un drôle de garçon, lui aussi, qu'il va bien avec son phare.
Quand le bateau part il fait presque nuit. Clémentine est contre le bastingage, à l'avant, c'est un petit ferry. Elle regarde le soleil qui se couche, dans les rochers, devant. Le ferry file, au moins vingt nouds, elle sera sur le continent d'ici deux ou trois heures.
Il est dans son phare, il regarde le ferry qui s'éloigne, il se dit que c'est dommage qu'elle ne soit pas restée. Alors il descend les escaliers, lentement. Et il coupe le courant. Il n'entend pas le cri de Clémentine lorsqu'elle aperçoit les rochers juste sous l'étrave. Il se dit simplement que si elle s'était mise à l'arrière, que si elle avait regardé son phare à lui et pas ce coucher de soleil, elle aurait vu que l'alignement était passé sur bâbord.

Bien sûr tu vas me dire que c'est encore une histoire triste, tu vas peut-être même penser que ça ne vaut pas l'histoire d'Anna. Mais ça, vois-tu, ça ne dépend pas que de moi, je ne l'ai pas faite tout seul, cette histoire.

Aux environs de01:54 AM

septembre 23, 2003

Bribes

- J'ai l'impression que vous aimez un peu trop les aventuriers.
- Jeune fille trop bien élevée, je rêve d'être enlevée. Les hormones, rien de plus.

Aux environs de10:56 PM

août 28, 2003

Amazing title

Tout de même ; parfois ; rien ne se passe comme on aimerait.
Ecouter On your own à fond et toute une liste du même genre - qui bouge (sur l'autouroute et de préférence vers le soleil) - à officialiser un jour. Juste se dire qu'il y a un an c'était mieux, qu'il y a dix mois pire, pareil 6 mois plus tard - et donc plus tôt - et que ce sera l'inverse dans autant de temps, plus tard. Ca a quelque chose à voir avec la relativité. Mais quoi ? Fucking coïncidences et relativité etc. Essayer de se poser et d'arrêter de vivre dans l'instant ? Mmmh. Fucking années qui passent.

"Then he blew all his money away,
Blew it all away.
So take me home, don't leave me alone
I'm not that good, but I'm not that bad
No psycho killer, hooligan guerilla
I dream to riot, oh you should try it
R. E. Perot, get gold card soul
My joy of life is on a roll
And we'll all be the same in the end"

(Penser à prendre des billets pour l'Olympia en octobre. )

On connaît la chanson (Part III)

"Saoul d'écumes de filles
De déboires d'un soir
D'histoires qu'on deshabille
Pour ton reflet dans leur miroir"

Ca se précise, merci Louise,
Pour la Guinness.

Questions existentielles du jour : BDDO ou DDB, pâtes au saumon ou pâtes aux poivrons. (A : Saumon, moins de vaisselle)

J'aime pas août, le pire ;
Vivement septembre, en attendant.

L'appart est envahi de fantômes,
Mais comme des vampires,
Je les ai fait entrer.

Dédicace à Mr B.
"Sainte Trinité, tout a commencé avec cet amour de trois ans, en voilà un de trois jours, pour un duel sur trois minutes je passe mon tour, pas de taille."
C'est Anna qui serait contente.

"One way or another , I'm gonna win ya
I'm gonna get cha, get cha get cha, get cha
One day mayber next week I'm gonna meet cha,
I'm gonna meetcha , I'll meet cha
I will drive past your house
And if the lights are all down
I'll see who's around"

(Blondie, One way or another)

Tintin est mort.
London's calling.
I wanna be a rock star. Fucking shooting star, même.

Aux environs de10:48 PM

août 25, 2003

Nuit américaine

Hier soir, l'envie de raconter la première rencontre, avec Anna, sur le ponton d'une maison en bois blanc, les pieds dans l'eau, mi douce, mi mer, une histoire de fantôme, une rencontre improbable. Anna qui débarque le soir et repart au matin, Anna dont j'entends les pas dans l'escalier avant de connaître le son de sa voix, Anna qui gueule What the fuck are you doing here avant même que je ne me sois retourné, que je vois son visage. Anna qui parle des soirées entières, avec qui j'aurais aimé m'engueuler, impossible, rien à faire.

Mes histoires me saoulent, j'ai regardé Citizen Kane, à nouveau, en Anglais cette fois et sans sous-titres, pour découvrir toute l'image. C'était le conseil que je donnais parfois à ceux qui voulaient comprendre un film : éteignez le son, ne regardez que l'image, vous remarquerez alors l'enchaînement des plans, le travail du cadre, le jeu des mouvements, le dialogue de l'image, plus inconscient que les paroles, la mise en scène. Citizen Kane, le meilleur film de tous les temps à sa sortie, je me demande s'il ne l'est pas resté. Ouverture, le reportage sur la mort de Kane et Xanadu. Welles, dont c'était le premier film, a-t-il inventé le procédé consistant à commencer par la fin ? Déjà utilisé en littérature mais qui prend toute son importance dans le cinéma, dont l'histoire est davantage concentrée dans le temps. Quand la fin est forte mais ne présente pas d'intérêt dans le récit, commencez par la fin - on se croirait dans un séminaire de scénario. C'est ce que fait Cameron, dans Titanic. C'est ce que fait Fincher, dans Fight Club. Et Tarentino, évidemment, et d'autres Français, je n'ai pas de nom, si, Kassowitz, dans La haine ? Je ne m'en souviens plus, à revoir. Noë dans Irréversible, mais c'est de l'esbroufe. Bref, Welles a-t-il été le premier à utiliser le procédé ? Les séquences s'enchaînent, même interrogation sur le plan des journaux qui apparaissent les uns derrières les autres avec leurs gros titres, tous les films américains utilisent le procédé, est-ce un hommage ? Plan sur Welles enfant, trois quart et petite contre-plongée, on dirait furieusement le plan sur Doinel de Truffaut, dans Les 400 coups. Truffaut admirait Welles, Citizen Kane était le film qui avait tout changé, faut-il y voir un hommage ? Welles a 25 ans quand il réalise le film, un budget presque illimité, on est en 1941. Il ne fera plus jamais aussi bien. Beaucoup de plans sont truqués, énormément. Presque un film d'effets spéciaux à une époque où le moindre fondu est un travail considérable, Welles en abuse, mais ne lasse pas, génie de l'image quand n'importe quel film qui enchaîne plus de deux fondus se voit rangé parmi les navets. Les dialogues, le personnage de Kane imposent la puissance : If the headline is bigger, the news is bigger. Fondu entre une photo et la réalité, encore une fois, quand a-t-on vu ce genre d'image avant ? Chez Lang peut-être, qui aimait tout autant innover, à vérifier. Génie de l'éclairage, chaque plan est un noir et blanc et une multitude de gris, c'est qu'à l'époque les pellicules étaient moins sensibles encore que les bombes qui ravageaient l'Europe. Kane, lui, est en noir ou en blanc, ses acolytes profitent de cet étalage de gris, restant dans l'ombre du géant. Si l'on faisait un remake de Citizen Kane, il suffirait de copier le film plan par plan. Il continuerait de correspondre au credo de la logique hollywoodienne. Pas un plan de trop, pas une longueur, Welles va à l'essentiel, s'autorise l'humour, l'histoire, la satire discrète.

Quelques heures avant Welles, ou quelques jours, sur Paris Première (?) Bernard Rapp invite Lelouch - de nombreuses blagues courent sur Lelouch, une amusante, des Cahiers, dans les années 60 : "Claude Lelouch. Retenez bien ce nom parce que vous n'en entendrez plus jamais parler" - dans son émission pastiche de l'Actor's Studio, rarement intéressante, il faut l'admettre - encore que l'originale n'a pas non plus d'intérêt, si ce n'est par élitisme ou je ne sais quoi ; j'adore les digressions. Lelouch, dont j'aime le cinéma, même quand il n'est pas très bon, ce qui est souvent le cas, que j'adore quand il est bon, exceptionnellement, qui est capable du pire, le dernier And now, Ladies and Gentlemen. - ridicule au possible, auto-dérision, Lelouch aurait du écrire un livre, comme le Comédie de BHL après son Big Bide - l'expression est de lui. Lelouch a des remarques intéressantes. Le premier plan du cinéma - la Ciotat certainement ? - est un plan séquence, le plus beau et le plus difficile, celui auquel aiment à s'essayer tous les cinéastes - deux remarques, en vitesse, le plus grand, le plus impressionnant, LE plan séquence, celui d'Alexandre Sokourov dans L'arche Russe, mais ça en devient un exercice, à la fois de style et technique ; seconde remarque, un épisode de X-Files, tourné par Chris Marker lui-même, dans lequel un long plan séquence montre Scully courrant dans les locaux de Quantico pendant vingt minutes, la difficulté est autre, mais le plan est magistral, notamment lorsque Marker parvient à lui faire prendre l'ascenseur (il faut un peu d'imagination pour visualiser la scène). Après ces balbutiements séquentiels, le cinéma a compris l'importance du montage dans la narration, de l'ellipse. Intervention temporelle dans la narration, quand la caméra était déjà une intervention subjective en cadrant l'histoire. Remarque intéressante de Lelouch, bis, il ne parle pas que de lui, dans sa distinction entre plan général et gros plan, il ne passe plus par le plan moyen, le rythme entre les deux types de plan, l'un plus objectif (le plan général, qui laisse le spectateur choisir son cadre), l'autre davantage subjectif (le gros plan, qui impose la vision du metteur en scène au spectateur), faisant le talent d'un raconteur d'histoire (je suis sûr qu'il préférerait ce terme à celui de réalisateur, il se dit auteur, après tout).
Toujours à propos de Lelouch. Une légende court depuis 40 ans. A la sortie d'Un homme et une femme, Lelouch était ruiné, ses films précédents ayant été des échecs. Il aurait tourné avec ses acteurs et son équipe technique le film très vite (vrai, quelques semaines) et gratuitement (la légende) contre des parts des RNPP (recette, Revenu Net Part Producteur.) Le film présenté à Cannes, Lelouch, sentant le vent tourner aurait appelé la veille de la remise de la Palme tous les acteurs et tous les techniciens pour leur dire qu'ils seraient finalement payés et qu'il récupérait les parts producteur. Le film recevant le lendemain la Palme d'Or, deux Oscars (Meilleur scénario et Meilleur film étranger) quelques moins plus tard, sa fortune était faite. La légende est malheureusement fausse, même si tous ceux qui ont travaillé avec le réalisateur parlent de la difficulté du personnage, à cause d'un ego etc. personne ne souligne sa malhonnêteté.
A propos d'Un homme et une femme, toujours. J'adore deux plans, entre autre, trois en fait. Le premier, l'image du chalutier passant derrière le pier en bois (le long ponton, ou la jetée, près de Deauville). Pourtant le travelling est tremblotant, saccadé. Le troisième, celui de Trintignant dans la Mustang (!) rentrant à Paris et en proie intérieurement à des interrogations vis à vis du télégramme d'Aimé.
Le second, parce qu'on y vient : le plan sur le vieil homme et son chien qui marchent sur les planches (avec une anecdote sur Giacometti, un peu moins intéressante : la vie est plus belle que l'art etc.) Lelouch, dans son entretien avec Rapp, parle de sa façon de tourner, justement nouvelle vague à cette époque : tous les rushs servent, pas d'argent, pas de pellicule, hors de question de laisser le moindre rush inutilisé. Donc le montage s'en trouve facilité, l'histoire est en boîte, suffisante. Discussion avec un assistant de Lelouch de l'époque, à propos de ce plan. Lelouch, au contraire, laissait tourner sa caméra en permanence, vidant des kilomètres et des kilomètres de pellicule. Justement, l'image de cette homme marchant avec son chien, capturée presque par hasard, alors que la caméra tournait. Il y a d'ailleurs dans le film deux plans dans la séquence. Dans le premier plan l'homme est loin et s'éloigne. Dans le second il est plus proche et marche vers la caméra. (Le plan est superbe, noyé dans un brouillard à contre-jour). Le second plan aurait été tourné justement après que le premier ait été capturé par hasard. Crédible. Peu importe, certes, le résultat est là, qu'importe le procédé, etc. De toute façon Lelouch crache sur la nouvelle vague et ces cinéastes qui, selon lui, n'ont rien inventé. Les Cahiers le lui ont bien rendu, à peine reconnaît-il, dans la discussion avec Rapp, A bout de souffle ou Les 400 coups. Peu importe, encore une fois.

Je ne sais pas ce qui est le plus difficile, la (les) voir online sur msn et ne rien savoir, ou, au contraire, les voir offline toute la journée. C'est terrible ce truc, pire que les SMS encore.
Il y a dix ans, quand on appelait les filles au téléphone, elles pouvaient ne pas répondre, impossible de spéculer, ou si peu. Avec les SMS, elles pouvaient toujours faire croire qu'elles n'avaient pas eu le message, ou plus tard, je sais, l'accusé de réception, mais qu'importe, le doute laissait place aux suppositions les plus fantasmagoriques. MSN n'offre aucune échappatoire du genre, on sait même si la personne s'absente plus de cinq minutes, c'est un instrument de torture qui n'aide en rien. Très intéressant.

Anna s'ennuie, elle soupire, hausse les épaules, tourne la tête sur le côté et je vois son profil sur le mur découpé par la lumière de l'écran, elle lit un peu, ce que j'écris, ça ne l'intéresse pas, moins non plus, je réponds, ne t'inquiète pas. Anna s'ennuie, moi aussi, l'emmener au cinéma, deux heures dans le noir, l'un à côté de l'autre, j'aurais le temps de tergiverser et si le film est assez long, peut-être de l'embrasser.

Aux environs de01:10 PM

août 13, 2003

Virée

La trainée était au volant, je m'étais installé à ses côtés. Derrière l'aubergiste gardait les minutions et rechargeait. J'ai eu peur, en passant une troisième fois devant les cars de CRS qui bordent le Palais de Justice qu'on se fasse repérer. Choisir une petite cylindrée était une bonne idée, on serait sans doute passé moins inaperçu avec une grosse allemande. De toute façon, il faisait nuit, et, suite à différentes opérations de chirurgie plastique réparatrice, j'étais difficilement reconnaissable.
J'avais retrouvé les deux autres un peu plus tôt, dans un ancien quartier chaud, aujourd'hui fréquenté par des étudiants en manque d'idéal. La virée n'était pas prévue. Mais quand ils m'ont appellé l'ordure, j'ai senti l'adrénaline remonter à nouveau et tout est allé très vite. On est allé vidé un chargeur sur Paris Plage. On tirait les promeneurs du haut des quais, il fallait aller vite, changer de position pour ne pas se faire remarquer. Les cibles étaient presque trop dociles, c'est là qu'on a décidé de changer de coin. On a fait le plein à Châtelet, suffisament de munitions pour tenir la nuit. On a tiré un peu dans les rues, au hasard, pour s'entraîner. Dans des vitrines et sur des bagnoles. Dans les petites rues du VI°, les passants ne s'attendaient pas à nous voir débouler à fond. Les armes silencieuses les prenaient par surprise, on les voyait s'étonner, essuyant le liquide frais avant même de réaliser qu'ils venaient de se faire tirer dessus.

Des anges passèrent. Malko se demanda comment il allait faire pour retrouver la piste des tchétchènes. Il ne les connaissait que sous leur noms de code, La trainée, l'ordure et l'aubergiste.

J'ai senti la pression quand la trainée m'a laissé devant ma planque. Il m'a dit de laisser l'arme, alors, à regret, j'ai posé le gros pistolet à eau et son réservoir d'un litre sur le plancher de la Traban. Et c'est là que cet enfoiré qu'on appelle la trainée en a profité pour me tirer dans le dos. Je n'ai pas pu lui en vouloir, il faut toujours éliminer les témoins dans une mission vraiment clean.

Aux environs de01:50 PM

juillet 30, 2003

Temps à tuer

Sur la liste longue
J'ai mis en haut
Arrêter d'écrire
Et les filles
Et les rêves
Et tout en bas
A la toute fin
L'alcool
Comme s'il fallait y voir
Une condition, tout arrêter
Pour oublier de boire.

Sur ta liste de films
J'avais mis des courses
Automobiles et des télégrammes,
Des explosions de bleu et jaune,
Des légions d'Indochine
Et des fêtes hollywoodiennes.
J'aurais dû choisir
Des films de 24h
Pour que l'histoire dure encore.

Sur la liste des matins
T'as pas la première place
Mais t'es loin de la fin
Perdue entre deux
Souvenirs
Entre les étoiles assombries
Et le soleil brûlant
Dans tes cheveux emmêlés.

Sur la liste à oublier
Déchirée en papiers sans sens
J'ai vu ton nom une dernière fois
En passant par dessus bord
Sur l'eau les morceaux mouillés
L'encre s'est effacée
Et la liste s'est noyée.

Je me souviens avoir écrit ça en revenant d'un concert de Noir Dez. Putain d'histoire.

Aux environs de11:58 AM

juillet 29, 2003

Depressed

No news from the star(s), pas de nouvelles des étoiles, j'attends je ne sais quoi, confirmation d'une obsession ; divertissement téléphoné ; je ne sais quoi, vraiment. Je me souviens de mots violés sur un ticket de métro violet ; je cherche des phrases toute faites mais l'imagination ne s'apprivoise pas ; je regarde inlassablement l'écran lcd ; je vide les dernière gouttes à présent chaudes d'une canette de coca en aluminium. J'attends, une cigarette se consume, elle porte le numéro 4, elle s'éteint et meurt, une autre monte au front et à mes lèvres. J'esquisse des situations, des histoires, qui se déroulent au bord de la mer, dans des pays loins, des rencontres. Le soleil traverse doucement, le temps défile au ralenti et les perforations de la pellicule créent un effet stroboscopique aveuglant. Les minutes se perdent en heures.

Je me retrouve pris à mon propre piège, trop de monde ici, je ne peux plus rien dire, il faudrait tracer un à un les passages, élaborer des stratégies de plus en plus complexes, à quoi bon ? Les contournements deviennent des détours sans fins, comme une déviation qui aurait l'absurde et dérisoire goût de tourner en rond. Les distances s'allongent, de plus en plus.

J'appelle Anna au secours, mais sa messagerie laisse penser qu'elle est occupée ailleurs. Je l'imagine à un déjeuner, à une réunion, dans un parc elle lit un livre, dans un bus elle rêve aux promesses oubliées, elle ne dit jamais ce qu'elle fait, ne raconte rien, me laisse ce soin.


Elle a mis dans son agenda,
Et juste en dessous un numéro
Rendez vous et trois points
De suspens.

Assertions sans fins.

Aux environs de05:43 PM

juillet 08, 2003

Ref.

Dans la nuit ou presque, le soleil au cul se lovait dans la mer, l'aiguille affichait 4800 tours/min, une fois de plus j'aime faire cette route, même si le soleil j'aurais préféré l'avoir devant, dans l'autre sens, tenter de le rejoindre. Trois heures plus tard il fait nuit, c'est le bordel dans cet appart, et les fringues lavés, ou non, qui traînent, dans la cuisine et dans la chambre et entre les deux, et le lit plus que défait, et les lumières que j'ai oublié d'éteindre en partant.
Sur la route, je pense à ce qu'il faudrait raconter.
Qu'il est définitivement impossible de prendre le périph intérieur à la porte de Gentilly et que toute tentative de biaiser la DDE en empruntant la sortie A6 ne mène qu'à Orly (20 mins). Que ces 20 minutes au retour furent consacrées à un demi tour pour récupérer un chargeur oublié.
Après tout je peux me passer de rentrer à Paris. Je n'ai plus de monnaie pour acheter un café à une station service. Personne sur l'autoroute.
Sur le dictaphone du portable j'enregistre des phrases : les amours éperdus font les amoureux perdus. Je me marre.

Je me demande de quelle couleur sera le spi, et si on le lancera. Il ne fait que 120m². Quand je lui avais montré les photos, elle l'avait trouvé moche, ce spi multicolore, pas moi. A ce moment, un an, presque, je lui en parlais comme s'il était évident qu'elle serait toujours là ; elle ne répondait pas, ça semble si évident à présent.
On a bien failli ne jamais revenir de ces grottes, mais qu'est-ce qu'on a ri. Attaqués par ces saloperies de goëlands qui n'appréciaient pas qu'on dérange leurs petits, entourés des bruits des vipères qui font comme les cigales, en moins fort et plus sec, coincés sur ces parois à ne plus savoir quoi faire, à se demander s'il ne faudrait pas rentrer à la nage.
Sur un bout de sable, perdu entre deux rochers, une crique hypothétique et inaccessible, s'amuser à écrire encore et à nouveau un prénom, effacé quelques heures après, pour rien, comme ça.
C'est sûr, le grand moment sera celui de démarrer le moteur et de gueuler, un peu solennellement, "tout est bon", ou "on y va" ou encore "larguez les amarres", oui, c'est bien ça, ça doit se préparer un moment comme ça.

Des comme ça il y en a encore. Ca me laisse des repères, ca préparer la nostalgie à venir - j'attends avec impatience une histoire un peu con, tout bien préparer et en prévoir l'après.

Aux environs de02:24 PM

juin 03, 2003

Technique

Le mois dernier j'écrivais un article sur un film que je n'avais pas vu, exercices que je trouve particulièrement délicieux.

Etant finalement allé le voir hier, à la fois parce que j'aime le travail de Boyle, les films d'horreur de série B et parce que j'étais curieux de savoir ce qu'il en était vraiment par rapport à ce que j'en avais dit, je me livre maintenant à un petit exercice de précision...

Le britannique et déjanté réalisateur Danny Boyle signe un nouveau film aux atours intéressants. Alchimiste reconnu, la plupart de ses incursions cinématographiques semblent avoir transformé quelques pences en millions de dollars. On se souvient avec plaisir de la claque Trainspotting qui avait donné un sacré coup de jeune au cinéma européen, et avait ouvert la voie des écrans internationaux au cinéma britannique. Petits meurtres entre amis¸ réalisation antérieure révélée par le succès de Trainspotting marqua les esprits en offrant un thriller attachant et rondement mené sans le moindre effet. La récupération du trublion par les américains fit grincer les dents et La plage fut rapidement relégué au rang des erreurs de parcours. Peut-être un peu trop vite puisque le film, certes mauvais, confirmait toutefois le talent de Danny Boyle dans sa maîtrise de l'image.
Avec 28 jours plus tard¸ Danny Boyle renoue avec les petits budgets qu'il semble affectionner. A peine 15 millions de dollars, une broutille qui n'égale pas le simple budget marketing des 3/4 des productions U.S.
La volonté de tourner en D.V. correspond certes à cette logique de film économique mais aussi à une volonté artistique. De même que George Roméro filmait ses morts-vivants avec des bouts de chandelle, misant tout non sur l'esbroufe de l'image mais sur l'efficacité de la mise en scène pour créer son atmosphère, Danny Boyle s'attache à réaliser son film en numérique, sans s'embarrasser de lourdes Panavision et des techniciens en tout genre qui les accompagnent. La caméra digitale permet au réalisateur de plonger le spectateur au plus près de l'action, jouant sur l'horreur d'un décor urbain dévasté à la manière d'un John Carpenter. Danny Boyle convainc de l'utilité de la petite caméra dans ce genre de film, jouant sur le hors-champ qu'il dramatise par une utilisation judicieuse de la bande son. La dimension technique maîtrisée, le réalisateur semble pouvoir alors se concentrer sur son sujet.
Le parallèle avec le travail de Roméro n'est pas que technique et l'allusion est évidente dans le film, hommage en filigrane au maître de l'horreur, réalisateur de la série des Morts vivants et autre Zombie. S'il n'est pas ici question de morts vivants à proprement parler, les zombies du bouillonnant Boyle, apparus à la suite de la propagation d'un virus terrifiant, rappellent avec bonheur les décérébrés de Roméro. Dans un Londres apocalyptique et diablement photogénique, les quelques rescapés de l'épidémie affrontent les zombies contaminés. Souvent inégal, le film semble pêcher par quelques situations rocambolesques dignes des séries B les plus fendarts. Ainsi dans Londres massacré on cherchera en vain la présence du moindre corps ou du plus petit véhicule abandonné. La population mondiale annihilée par un virus foudroyant, on se serait attendus à un champ de bataille plutôt qu'à cette ville en ordre comme après une évacuation en règle. Mais ces quelques défauts participent au charme du film, rappelant une fois encore avec humour les productions rayon fantastique et horreur des années 70.
Une nouveauté apportée par Danny Boyle au genre est l'humour. Tandis que ses prédécesseurs ne prêtaient à rire qu'à leurs dépends, le réalisateur intègre des éléments de comédie dont il sait jouer, comme il l'avait déjà fait dans Petits meurtres entre amis.
On se délecte alors avec plaisir, ressentant à la fois les frissons d'un film d'horreur de série B et la mise en scène du réalisateur virtuose. Tandis que le genre semble regagner l'intérêt des spectateurs et que l'on voit de plus en plus de nouvelles productions, plus ou moins réussies (Le règne du feu ou Resident Evil), Danny Boyle frappe un grand coup en démontrant que ce cinéma là peut lui aussi être apprécié d'un public beaucoup plus large que celui auquel on le restreint souvent. Et à la vue du résultat, on en redemande !

La suite avec un peu de spoilers...

La DV de Boyle est effectivement géniale. Dramatiquement, comme déjà dit, parce qu'elle lui permet une proximité avec son sujet et une légèreté bienvenue, mais aussi graphiquement. Il s'agit apparemment d'une DV haute def, les lumières et les ombres ne sont donc pas cramées ou bouchées comme les films du dogme et l'on a droit à une certaine mise au point. Par contre l'image est étrangement numérique, on y retrouve d'ailleurs les aberrations chromatiques des capteurs numériques. Boyle en joue avec succès, se permettant même des retouches grotesques comme le premier venu découvrant les filtres de Premiere s'y prêterait. Du coup le film se sert de la DV pour se placer entre la proximité du documentaire ou du film amateur catastrophe (du genre de ceux qui fleurissent sur les Networks lors de n'importe quel accident incongru) et l'onirisme de l'image, aussi irréelle que séduisante. Seule la fin du film, happy end contestable mais pas indigeste, a recours à un 16mm (voire même 35mm) qui appuie peut-être un peu trop sur l'opposition rêve (cauchemar.)/réalité.

Le parallèle avec Roméro est présent mais pas si évident. Il y a un hommage mais aussi la volonté d'aller plus loin. La première partie du film, qui voit les personnages errer dans le Londres dévasté, y fait directement allusion. Plans larges, errances dans des rues désertes, puis tout de suite après sentiment d'oppression et accélération des mouvements. Même la musique, une gentille pop rock un peu kitch, répond avec réussite avec la fameuse B.O. des morts vivants. Le court épisode façon road movie dans un taxi londonien est particulièrement réussi, pas une longueur et un découpage parfait. On s'éloigne très volontairement de Roméro dans le seconde partie du film et c'est là où l'entreprise de Boyle est la plus séduisante, même si elle est moins réussie. Les rescapés londoniens rencontrent des militaires qui résistent avec succès aux vampires modernes. Boyle répond indirectement à la question de Roméro (et de la plupart des films de ce genre inauguré par le maître) : à quoi bon essayer de survivre alors qu'il ne reste rien ? Les militaires ont une réponse des plus pragmatiques : laissons les zombies mourir de faim, recommençons ensuite à zéro. Malheureusement Boyle s'éloigne vite de la problématique pour foncer dans un autre film d'horreur, plutôt bof, opposant brutes en treillis et gentils civils. Pas plus convaincant que ça sur le fond, passable grâce à la forme toujours aussi enlevée.
Dernière allusion à Roméro, la toute fin du film (celle en celluloïd traditionnelle) hypothèque la possibilité de survivants, ailleurs, d'une épidémie limitée. Séduisante hypothèse : les îles britanniques toutes entières mises en quarantaine en attendant l'extinction du virus.

Casting parfait, comme toujours, mise en scène enlevée, le film fonctionne en grande partie. Seule la deuxième moitié, pourtant davantage rythmée, souffre de longueur, Boyle semblant échouer, comme dans La plage à broder autour de la création d'une micro-société et des tourments du comportement humain. Mais moins ambitieux et plus marqué que son précédent hollywoodien, ce 28 jours plus tard souffre moins de ce petit échec. Danny Boyle a le glauque gai, et son cynisme moderne est une fois encore diablement affriolant. Bref, on en redemande toujours.
Du coup je n'ai pas eu envie de me gâcher la soirée avec un Matrix que je soupçonne ridicule (d'autant plus depuis Le masque et la plume de dimanche dernier, particulièrement savoureux) et me suis délecté d'une autre série B tout aussi réussie, Pitch Black.

Aux environs de01:04 PM

mai 19, 2003

Vigie

Derrière les vitres embuées du Renault de la ligne 21, j'aperçois la pluie qui tombe, les parapluies qui se croisent. Les trottoirs sont noirs. L'air est humide, chargé des averses des derniers jours. Je me souviens de la féerie de la pluie en mer. D'un coup, l'averse vient et en quelques minutes la mer s'aplatit, sous l'action cumulée des millions de gouttes. La mer devient d'huile, lourde et visqueuse, à peine rugueuse des ondes qui s'entrechoquent. Sur le pont, la pluie mouille différemment des embruns, les deux se mêlent et se confondent, la pluie est froide et légère, les embruns piquants. Le vent tombe alors, de grosses gouttes perlent sur la voile et s'écrasent bruyamment sur le panneau de descente en plexiglas. Le temps est suspendu, il n'y a plus ni soleil ni vent ni mer, juste la pluie qui tombe, irise l'horizon et rafraîchit l'air. Le ciel se confond au loin avec la mer, des nuages dansent, traînant derrière eux leur suite d'averse, rayons argentés et fantomatiques. Les bruits habituels ont changé. Les sons sourds de l'étrave se vautrant dans les vagues ont disparu, les claquements de la voile qui se dévente puis se gonfle brusquement aussi. Il n'y a plus que le bruit des gouttes qui tombent, comme des doigts qui claquent, sans cesse.
Dans le bus sur la ligne 21 je lis des aventures de marins, des équipées aux Kerguelen sur des 60 pieds. Je me plonge dans le gréement dormant, fais un tour dans la cambuse, calcule les quarts de chacun, imagine l'amarrage du doris sur le pont. Je retrace la météo des dernières heures, l'arrivée de la tempête, calcule en Beaufort et en nouds, le temps perdu, le bateau en fuite, à la cape, prends des ris dans la mâture, la pluie tombe aussi, à moins qu'il ne s'agisse d'embruns qui volent. La coque en bois trempée au matin, un poisson visqueux, les écoutes froides font mal aux mains. On reporte le point estimé sur la carte, des grosses gouttes perlent des cheveux et s'écrasent sur les traits au crayon. Après une escale à Madère on se dirige vers Rio de Janeiro, page 34, en plein Atlantique Sud. Six bretons du début du siècle, avides d'aventures et de grand large, partis sur un ketch acheté 60 livres. Il a fallu refaire le gréement, acheter les victuailles, trouver le matériel de navigation, finalement offert par l'amirauté à Cherbourg. Deux sextants, des cartes imprécises, un baromètre, plusieurs thermomètres, des lignes de sonde, deux compas. Seulement un demi litre de vin par jour et par personne, faute de place, du rhum pour les malades.
Je manque de descendre à Opéra. J'évite les parapluies qui se disputent les trottoirs et veulent à tout prix m'éborgner. Et je me demande ce que je fous là.

Aux environs de02:06 PM

avril 29, 2003

Grand quotidien

Je consens parfois à prendre le métro, quand les journées sont chargées et qu'il faut se rendre d'un point à un autre plusieurs fois dans la journée, rapidement.
Privé de radio et de paysages qui défilent, coincé à quelques mètres sous terre, le plaisir est alors de se plonger dans le journal que j'achète à dessein dans le kiosque kouxtant l'entrée de l'aérien, méprisant presque les distributeurs humains des gratuits.
J'achète invariablement Libé, que je commence tout aussi invariablement par la fin. D'abord le portrait, quand il ne laisse pas sa place à une publicité, toujours drôle et attendrissant, écrit avec un soin extrême, illustré d'une photo léchée. Puis je lis la chronique télé - l'après coup - beaucoup moins savoureux depuis que Sorj Chalandon a remplacé la plume acérée de David Dufresne dont je garde magnétisées sur mon frigo quelques papiers émouvants sur le premier loft. Puis vient le tour de l'autre chronique, celle de Louis Skorecki, des papiers intimistes sur le cinéma, qu'il présente scénarisés, dans lesquels évoluent des personnages récurrents à la manière d'un vieux Renoir. Ce pourrait être un blog mais il a tellement plus de talent ; j'y pense chaque fois qu'Anna apparaît.
Parfois la chronique d'un documentaire diffusé sur arte ou une chaîne du cable retient l'attention.

Les pages se comptent à rebours, je plonge dans la page média et enchaîne sur l'économie qui me semblent toujours avoir un côté people et ragot savoureux. Je me demande à chaque fois ce que viennent faire dans ce journal les graphiques boursier, non par conviction politique mais parce qu'il me semble que tous ceux qui pourraient être intéressés lisent des journaux autrement plus spécialisés que le vulgaire (au sens latin) libération. J'assume alors le côté ridicule de celui qui ferait semblant de s'intéresser au domaine, comme celui qui lirait Paris Match pour la page politique tout en voulant se donner des airs d'énarque.

Je zappe la plupart du temps la page sport sauf lorsque j'y vois un article sur la voile. Et attérit sur les annonces, les fameuses "entre-nous" et "transport amoureux" dont je me délecte en pensant aux petites bouteilles à la mer remplies d'espoir que ces annonces représentent, illusoires messages qui sont autant de façon de se consoler tout en s'offrant à coût modique le droit de rêver encore un peu. L'éphémère de ces textes réfléchis en est le plus joli, j'avais imaginé un temps monter un site web qui les reprendrait inlassablement jour après jour, leur donnant ainsi une nouvelle vie et une chance plus grande d'être un jour lus par leur destinataire.

Les pages société regorgent de brèves savoureuses, parfois dissiminées ailleurs dans le journal, dans des colonnes roses, la chronique judiciaire, toujours terrible mais attachante et les petites histoires des "gens". Parfois un reportage emmène ailleurs, pas loin mais dans l'inconnu. Judicieusement les pages politiques les précèdent de peu, comme annonçant ce qui va suivre, lien de cause à effet avéré. Suivant le sujet leur lecture peut s'avouer amusante, l'intérêt étant bien plus souvent de décrypter le point de vue et l'engagement confessional du journaliste qui les signe.

La moitié du journal entamé, celui-ci prend une allure plus amusante, les pages perdent leur pliure parfaite, se déchirent un peu, le noir de l'encre s'étale un peu, reste parfois un peu sur les doigts, le papier se froisse et se grise, le jeu est de garder le journal suffisament en ordre pour en tourner les pages presque sans aucun effort tout en le gardant plié en 4 - en ce qui me concerne.

Les pages restantes sont lues à l'envie : il m'arrive souvent de repartir alors du début, reprenant l'"événement" du jour, souvent sur 4 pages, parfois sur plus, suivant les guerres et leurs protagonistes. Les pages Monde et France découlent alors de la pagination des premières, leur intérêt étant forcément lié à l'actualité. Le plaisir - pervers - est alors de comparer le traitement de l'information du journal avec les nouvelles fraîches entendues le matin même à la radio, s'amuser au rôle de chef de rubrique avec la facilité de l'après, jugeant le placement des articles, leur thème, leurs connexions.

Il est plus rare que je me plonge dans la lecture des pages "Rebonds", droits de réponse et analyses souvent alambiquées et empoulées, frisant parfois la masturbation intelectuelle.

Il reste la quotidienne, souvent juste. Les éditoriaux dépendent à la fois du sujet et du journaliste qui les signe, parfois véhéments, parfois creux, il n'y a pas de règle générale.

Suivant les trajets, il me reste quelques pages à terminer pour le soir, la lecture complète variant entre trente et soixante minutes, suivant la proximité de l'actualité. En bus la lecture prend plus souvent une heure, je ne peux m'empêcher de jeter un oeil au Jardin du Luxembourg, à la Pyramide du Lo